PREMIERE PARTIE
dans l’atmosphère, cette couleur devient moins brillante. La clarté qu’elle répand diminue avec la densité de l’air qui la réfléchit, et sur le sommet d’une haute montagne, ou dans un aérostat fort élevé, le ciel parait d’un bleu presque noir.
« L’air n’est pas lumineux par lui-même, car il ne nous éclaire point pendant l’obscurité. La lumière qu’il nous envoie lui vient du soleil et des astres. Sa couleur prouve qu’il réfléchit les rayons bleus en plus grande quantité que les autres ; car on sait par expérience que la lumière est composée de rayons différents qui produisent sur nos yeux la sensation de diverses couleurs, et ce qu’on nomme la couleur d’un corps n’est que celle des rayons qu’il nous réfléchit. L’air est donc autour de la terre comme une sorte de voile brillant, qui multiplie et propage la lumière du soleil par une infinité de répercussions. C’est par lui que nous avons le jour lorsque le soleil ne paraît pas encore sur l’horizon. Après le lever de cet astre, il n’y a pas de lieu si retiré, pourvu que l’air puisse s’y introduire, qui n’en reçoive la lumière, quoique les rayons du soleil n’y arrivent pas directement. Si l’atmosphère n’existait pas, chaque point de la surface terrestre ne recevrait de lumière que celle qui lui viendrait directement du soleil. Quand on cesserait de regarder cet astre ou les objets éclairés par ses rayons, on se trouverait aussitôt dans les ténèbres. Les rayons solaires , réfléchis par la terre , iraient se perdre dans l’espace, et l’on éprouverait toujours un froid excessif. Le soleil, quoique très près de l’horizon, brillerait de toute sa lumière, et immédiatement après son coucher nous serions plongés dans une obscurité absolue. Le matin, lorsque cet astre reparaîtrait sur l’horizon, le jour succéderait à la nuit avec la même rapidité.
« On peut juger de ces conséquences par ce que l’on éprouve déjà sur les hautes montagnes, où cependant la densité de l’air n’est pas même réduite à la moitié de ce qu’elle est à la surface du sol. Non seulement la température moyenne annuelle y est déjà froide, mais à peine y reçoit-on d’autre lumière que celle qui vient directement du soleil et des astres. La clarté que l’air raréfié réfléchit est si faible que, lorsqu’on est placé à l’ombre, on voit, dit-on, les étoiles en plein jour. »
L’effet étrange de l’absence d’atmosphère serait bien plus complet et bien plus saisissant, s’il nous était donné de nous transporter sur notre satellite. Essayons d’y suppléer par l’imagination et par l’art, et comparons le riant spectacle que nous offre la terre, en partie couverte de son manteau humide et ondoyant, sillonnée de fleuves, parée d’une riche végétation, peuplée d’une multitude d’animaux, embellie et animée encore par l’industrie de l’homme, enveloppée enfin de ce brillant voile d’azur brodé de nuages argentés; comparons, dis-je, ce spectacle à l’aspect morne de la lune, avec son sol de pierre ou de métal déchiré, crevassé, perforé même, dit-on, en certains endroits, avec ses volcans éteints et ses pics semblables à de gigantesques tombeaux; avec son ciel noir dont aucune vapeur ne voile la sombre profondeur, et sur lequel apparaissent, comme des myriades de taches lumineuses, des étoiles qui ne scintillent point. Là les jours ne sont en quelque sorte que des nuits éclairées par un soleil sans rayons. Point d’aurore le matin, point de crépuscule le soir. Les nuits sont absolument noires, hormis
L’AIR
lorsque la terre renvoie à son satellite cette lumière grisâtre que les astronomes appellent lumière cendrée. Le jour, les rayons solaires viennent se briser, se couper aux arêtes tranchantes, aux pointes aiguës des rochers, ou s’arrêter court
aux bords abrupts des abîmes, dessinant çà et là de bizarres figures noires aux contours anguleux et tranchés, et ne frappant les surfaces exposées à leur action que pour se réfléchir et se perdre aussitôt dans l’espace. L’humidité, et avec elle la végétation et la vie animale, sont absentes. S’il existait de l’eau à la surface de la lune, elle y serait à l’état de glace aussi dure que la pierre; le mercure même y serait solide; car la température de cet astre privé de vie est celle des espaces