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L’ÉLECTRICITÉ ET LE MAGNÉTISME

Nous verrons bientôt quelle «action souveraine la chaleur exerce sur les mouvements de l’atmosphère, sur la lormation des nuages et leur résolution en pluie ou en neige, en un mot, sur tous les phénomènes météorologiques dont l’ensemble constitue ce qu’on appelle communément le beau et le mauvais temps. Deux autres agents physiques, X électricité et le magnétisme , ont aussi, dans la production de plusieurs de ces phénomènes, une part considérable. L’électricité et le magnétisme sont, comme la chaleur et la lumière, des causes dont la nature intime échappe à nos recherches , et ne comporte que des définitions conjecturales. On ne les connaît réellement que par leurs effets. Il en est de même, au surplus, de la pesanteur, et en général de toutes les forces physiques, chimiques et physiologiques. Mais, pour se rendre compte des phénomènes, pour distinguer les uns des autres et en déterminer les caractères, on a recours à un artifice qui est connu dans la science sous le nom d’hypothèse ou de théorie. Faute de connaître en son essence la cause d’un certain ensemble de phénomènes, on la suppose. Quand on dit, par exemple, que la pesanteur est la force en vertu de laquelle les corps pesants sont attirés vers le centre de la terre en raison directe de leur masse et en raison inverse du carré des distances, cela ne signifie point que cette force existe réellement, — on l’ignore, et l’on ne sait même pas ce que c’est qu’une force, — mais cela veut dire simplement que les choses se passent comme si cette force existait.

Ainsi entendue, une hypothèse est bonne tant qu’elle suffit à l’explication et à la démonstration d’un ordre donné de phénomènes. Le jour où l’on constate des phénomènes nouveaux qu’il est impossible de rapporter logiquement à la cause jusqu’alors admise, celle-ci est abandonnée, et l’hypothèse ancienne fait place à une hypothèse nouvelle qui pourra un jour, elle aussi, être remplacée par une autre. C’est ainsi qu’en physique l’hypothèse des ondulations s’est substituée depuis quelques années à celle de X émission , qui ne se prêtait plus d’une manière satis-

L’AIR

faisante à l’explication des phénomènes de chaleur et de lumière. Cette théorie, nous l’avons exposée au chapitre ix. Toutefois elle semble n’avoir fait jusqu’ici que peu de progrès dans l’enseignement classique. J’ouvre, par exemple, un traité de physique publié par deux savants professeurs de l’Université. J’y retrouve, aux chapitres Électricité et Magnétisme, les mêmes procédés de démonstration, les mêmes théories en usage dans les collèges il y a trente ans. J’y retrouve la distinction des deux électricités statique et dynamique, celle du fluide positif et du fluide négatif : — une étrange invention que celle-là; car je défie bien qu’on me dise ce que c’est qu’un fluide qui existe en plus et un fluide qui existe en moins, et comment de la combinaison de ces deux fluides en peut résulter un troisième, qui existe à la fois en plus et en moins, ou qui n’existe ni d’une façon ni de l’autre!... J’y retrouve les courants, les attractions, les répulsions, les pôles magnétiques, etc. De l’éther et des ondulations, pas un mot. Pourquoi? Parce que les auteurs, admettant la théorie des ondulations comme vraie pour la chaleur et la lumière, la regardent comme fausse pour l’électricité et le magnétisme? non sans doute; mais, je suppose, parce qu’ils ont pensé sagement que cette théorie, ainsi que toutes les théories générales, est à la science ce qu’un toit est à un édifice, et qu’on se hâte trop de vouloir donner ce couronnement à une science dont les matériaux sont encore insuffisants et mal assemblés. 11 faut dire pourtant que les mots qu’on emploie ainsi dans la science ne sont souvent que de simples images indépendantes de toute notion précise sur la nature intime des choses; seulement il est évident que pour les élèves, pour le vulgaire, ces artifices de langage sont propres à fausser l’esprit et à donner des idées inexactes de ce qui est en réalité.

Quoi qu’il en soit, et sans nous attarder davantage dans ces considérations abstraites, examinons les propriétés de l’air dans ses rapports avec l’électricité et le magnétisme. Très perméable, comme on sait, à la lumière et à la chaleur, en d’autres termes, très transparent et très diathermane, mais très mauvais conducteur de la chaleur, qui ne se propage dans sa masse que par le déplacement des molécules, l’air paraît se comporter, à l’égard de l’électricité et du magnétisme, d’une façon particulière, mais sur laquelle on ne possède jusqu’ici que des données fort incomplètes. On peut dire, en thèse générale, qu’il conduit très mal l’électricité, et aussi qu’il s’électrise difficilement, et d’ordinaire faiblement. Les observateurs qui ont étudié la constitution électrique de l’atmosphère l’ont trouvée tantôt électro - positive , tantôt électro- négative lorsque le temps était nuageux, et toujours électro -positive lorsque le ciel était serein. La saison, la température, l’humidité ou la sécheresse sont autant de circonstances qui influent d’une manière très marquée sur son état électrique. En dehors de la relation directe qui existe entre les phénomènes électriques et les changements de température, on sait que l’évaporation des liquides, et en particulier de l’eau, est toujours accompagnée d’un dégagement d’électricité d’autant plus intense que l’évaporation est plus rapide et plus abondante. Aussi la plupart des physiciens pensent-ils que l’évaporation de l’eau à la surface de la terre est une des principales sources de l’électricité atmosphérique. Et comme la formation des vapeurs est d’autant plus active

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