‹ L'air et le monde aérienChapitre 47 sur 210 · PREMIERE. PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE. PARTIE

que la température esl plus élevée, il s’ensuit que c’est pendant les fortes chaleurs qu’il s’accumule dans l’atmosphère le plus d’électricité.

Cette électricité ne tarde pas à être reprise par les nuages, qui, en se formant, commencent par être électrisés positivement; ces premiers nuages agissent par influence sur ceux qui se forment ensuite, et qui, n’étant que faiblement électrisés, perdent le fluide positif qu’ils avaient emprunté à l’atmosphère pour ne conserver que le fluide négatif. « Qu’un nuage faiblement électrisé, disent MM. Boutan et d’Almeida, se trouve au-dessous d’un nuage très fortement chargé, des phénomènes d’influence auront lieu : l’électricité positive du nuage le plus faible sera repoussée tout entière; puis une décomposition du fluide neutre se fera, et sur le nuage le plus faible se développera du fluide négatif. Alors, que par une cause quelconque ce nuage ainsi influencé soil en communication avec le sol, que, par exemple, il touche le flanc d’une montagne, il perdra son électricité positive libre, et se trouvera chargé d’électricité négative. Voici une preuve de la vérité de cette théorie : quand par un jour serein on lance un jet. d’eau à une grande hauteur dans l’atmosphère, les gouttes qui tombent, sont chargées d’électricité négative; on le constate en les recevant sur un électroscope1. »

L’air, n’étant point conducteur de l’électricité, oppose à la reconstitution du fluide neutre entre deux corps, - — deux nuages, par exemple, diversement électrisés, — une résistance qui ne peut être vaincue que par une certaine tension existant de part et d’autre : tension qui doit être d’autant plus forte que la distance entre les deux corps est plus grande. Le rapport entre la densité de l’air et la résistance qu’il oppose au passage de la décharge électrique n’a pas été exactement déterminé; mais plusieurs physiciens, et en dernier lieu M. de la Rive, ont établi que l’air, comme les autres gaz, atteint, à un certain degré de raréfaction, son maximum de conductibilité, et que cette conductibilité va ensuite de nouveau en diminuant jusqu’au vide absolu, à travers lequel la propagation n’a plus lieu.

La question de savoir si et dans quelles limites la force électrique diminue à mesure qu’on s’élève dans l’atmosphère est loin jusqu’à présent d’être décidée, bien qu’un grand nombre de savants aient tenté de la résoudre par l’observation.

Robertson el Lhoest, dans l’ascension aérostatique qu’ils firent à Hambourg, le 18 juillet 1803, crurent remarquer qu’à une hauteur où leur baromètre ne marquait plus que 12 pouces TJ-, ce qui correspond à une altitude d’environ 4,300 mètres, les phénomènes d’électricité statique étaient sensiblement affaiblis, le verre, le soufre et la cire à cacheter ne s’électrisant presque plus par le frottement. Gay-Lussac et Biot, dont l’ascension, exécutée l’année suivante sous les auspices de la classe des sciences de l’Institut, avait pour objet, de contrôler les observations recueillies par Robertson relativement à la diminution des forces électrique et magnétique dans les régions supérieures de l’air, trouvèrent, au contraire, une électricité résineuse (ou négative) « croissant avec les hauteurs ». « Résultat conforme, dit Biot, à ce que l’on avait conclu par la théorie, d’après les expériences de Volta et de Saussure. » Enfin M. Glaisher a constaté, dans une

1 Cours élémentaire de physique, liv. III , chap. IV.

1 vol. in-8°. Paris, 1864.

L’AIR

de ses ascensions, que l’air était chargé d’électricité positive, et que la quantité d’électricité diminuait, à mesure qu’on s’élevait, jusqu’à 7,000 mètres.; au delà de ce point elle était trop faible pour être observée. Ce dernier résultat, d’accord avec ceux que MM. Gassiot et de la Rive ont obtenus, donne raison à M. Robertson contre Riot et Gay-Lussac, et même contre Saussure et Yolta, ce qui du reste ne doit point surprendre, si l’on songe combien la science de l’électricité était encore peu avancée au commencement de notre siècle.

Nous ne pouvons nous arrêter en ce moment aux phénomènes que produit l’électricité au sein de l’atmosphère. On sait qu’elle se manifeste par des effets qui peuvent parcourir presque le cercle entier des phénomènes naturels : physiques, mécaniques, chimiques, physiologiques. L’électricité est une source de lumière, de chaleur, de magnétisme ; elle est susceptible de produire des effets mécaniques très puissants; elle paraît être l’agent spécial des compositions et des décompositions chimiques, des mouvements nerveux et de la circulation organique. Les effets lumineux de l’électricité sont des plus remarquables : la lumière électrique ne ressemble ni à celle du soleil et des astres, ni à celle qu’on obtient par la combustion des huiles, des graisses ou du gaz. Elle a un éclat qui lui est propre, et peut acquérir une intensité extrême. La lumière électrique qu’on obtient artificiellement en faisant passer un courant voltaïque par deux cônes de charbon juxtaposés, par deux fils de platine, par deux lames de kaolin (terre à porcelaine), etc., jouit d’un pouvoir éclairant supérieur à celui de toutes les autres sources lumineuses dont nous disposons. On a trouvé que quarante-huit couples à charbon faibles éclairent autant que cinq cent soixante-douze bougies; et quarante-six couples plus forts ont donné une lumière équivalant au quart de celle du soleil. La lumière électrique est si vive, qu’avec cent couples elle peut donner des maux d’yeux très douloureux, et qu’avec six cents un seul instant suffit pour occasionner des maux de tête et d’yeux violents, et pour brûler le visage, comme le ferait un fort coup de soleil.

Les liens étroits qui rattachent le magnétisme à l’électricité, la simultanéité constante des effets directs de celle-ci avec les manifestations de celui-là, sont de nature à faire supposer que ces deux agents ne sont que des formes différentes, mais inséparables, d’une même force, d’un même principe.

Tous ceux qui possèdent quelques notions de physique savent ce que c’est qu’un aimant et les pôles d’un aimant. On sait aussi que, de même que les électricités de même nom se repoussent, et les électricités de nom contraire s’attirent; de même aussi les pôles magnétiques de nom contraire s’attirent, et les pôles de même nom se repoussent; de telle sorte que, si au. pôle austral d’un barreau aimanté on présente l’extrémité d’une aiguille également aimantée, et suspendue de façon à pouvoir tourner librement autour de son centre dans un plan horizontal, cette extrémité sera attirée ou repoussée suivant qu’elle sera, qu’on me passe cette expression surannée, chargée du fluide boréal ou du fluide austral. Mais maintenant éloignons le barreau aimanté, et laissons l’aiguille prendre spontanément son équilibre : nous la verrons osciller pendant quelque temps, puis s’arrêter dans une certaine position; et si nous essayons de l’en écarter, elle y reviendra

Page 1