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CE QU’IL Y A DANS L’AIR

Depuis que les hommes ont commencé, si je puis ainsi dire, à contempler l’univers avec les yeux de l’esprit, à réfléchir sur ce qui se passe autour d’eux, ils ont dû être frappés de ce fait, que l’aspiration et l’exhalaison de l’air est, chez tous les animaux, l’acte essentiel et caractéristique de la vie; que tout être privé d’air succombe au bout de quelques instants; que l’air même altéré, mélangé de certaines émanations, de certaines vapeurs, devient malsain ou mortel. Cela est si vrai que, dans les langues les plus anciennes, respirer et vivre, expirer ou cesser de respirer et mourir , sont des expressions absolument équivalentes.

Un autre fait non moins remarquable, qui n’a pu échapper aux hommes les plus ignorants, c’est que faute d’air toute flamme, comme toute vie, s’éteint étouffée. Les peuples anciens avaient parfaitement saisi l’analogie étroite de ces deux phénomènes ; ils avaient deviné que le feu et la vie sont au fond une seule et même chose, et le premier était pour eux, ainsi que pour nous, l’emblème de la seconde.

Et pourtant des milliers d’années se sont écoulées, des générations sans nombre ont passé avant que, même parmi ceux qui s’étaient donné pour tâche d’interroger la nature, quelqu’un songât à rechercher ce que c’était en réalité que l’air, à quel principe merveilleusement actif il devait cette propriété unique d’entretenir la vie et le feu.

Ce fut seulement au xvii0 siècle que l’attention des chimistes se porta sur ce grave problème. A cette époque, JohnMayow prouva qu’il existe dans l’air un gaz qui est l’agent spécial de la combustion et de la respiration, et qui se fixe sur les métaux calcinés. Mais les expériences de ce chimiste, — dont à peine encore on sait aujourd’hui le nom, — passèrent inaperçues, tandis que la fameuse théorie du phlogistique , imaginée par G.-E. Sthal, était adoptée comme une révélation d’en haut par le monde savant. Voici sommairement en quoi consistait cette théorie célèbre, qui pendant plus d’un siècle régna sans partage et sans opposition dans la science.

L’AIR

Selon Stahl, le phlogistique était un fluide contenu dans toutes les matières combustibles, et qui s’en échappait sous l’influence d’une température élevée. D’après cela, un corps qui brûlait, un métal, qui se changeait en chaux ou en terre (on appelait ainsi les oxydes métalliques), perdaient leur phlogistique. Stahl ne pouvait ignorer cependant que les terres sont plus pesantes que leurs radicaux métalliques, ce qui prouve bien évidemment qu’au lieu de contenir quelque chose de moins , elles contiennent quelque chose de plus. Mais ni lui ni personne ne vit là une difficulté, et plus dard, lorsque les novateurs français s’avisèrent de cette objection, les disciples fidèles du chimiste allemand ne craignirent pas de répondre que « le phlogistique possédait le singulier privilège d 'ôter du poids aux corps avec lesquels il était uni ».

Le succès de la théorie du phlogistique s’explique pourtant par ce qu’elle avait, malgré sa fausseté, de large et de séduisant, et par le peu qu’on savait alors de la constitution de l’air, et en général des propriétés des gaz. En 1731, Stahl écrivait que, « dans aucune circonstance, il n’était possible de faire prendre à l’air une forme solide en le combinant et en le fixant sur certaines matières. » Une assertion aussi catégorique, émanée d’un homme qui jouissait d’une aussi grande autorité, ne pouvait manquer d’exercer sur les recherches des chimistes une fâcheuse influence; aussi s’écoula-t-il encore plusieurs années avant qu’aucun d’eux se hasardât à rien tenter en dehors des données de cet axiome magistral. Cependant, vers 1770, le chimiste anglais Haies osait soutenir que « l’air de l’atmosphère, le même que nous respirons, entre dans la composition de la plus grande partie des corps; qu’il y existe sous forme solide, dépouillé de son élasticité et de la plupart des propriétés que nous lui connaissons; que cet air est en quelque sorte le lien universel de la nature, le ciment des corps ; que, même après avoir existé sous forme solide et concrète, et avoir passé par des épreuves de toute espèce, il peut, dans certaines circonstances, redevenir un fluide élastique semblable à celui de notre atmosphère; qu’en un mot, véritable Protée, tantôt fixe, tantôt volatil, il doit être compté au rang des principes chimiques, et occuper comme tel le rang qu’on lui a toujours refusé. »

A la même époque, la découverte de l 'air fixe (acide carbonique) par Black, et celle de Y air inflammable (hydrogène) par Cavendish, ouvrirent aux études chimiques un nouvel horizon , et l’on se décida enfin à secouer le joug des doctrines de Stahl, auxquelles. la découverte de l’oxygène ne devait pas tarder à porter le coup fatal. C’est encore à un chimiste anglais, Priestley, que revient l’honneur d’avoir inauguré cette révolution mémorable.

« Il y a, je crois, dit-il, peu de maximes en physique mieux établies dans tous les esprits que celle-ci : que l’air atmosphérique, abstraction faite des diverses matières étrangères qu’on a toujours supposées dissoutes et mêlées dans cet air, est une substance élémentaire simple, indestructible et inaltérable au moins autant que l’est l’élément de l’eau. Je m’assurai cependant bientôt, dans le cours de mes recherches, que l’air de l’atmosphère n’est pas une substance inaltérable, puisque le phlogistique (Priestley croyait encore au phlogistique) dont il se charge par la combustion des corps, par la respiration des animaux et par différents

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