PREMIÈRE PARTIE
procédés phlogistiques, l’altère et le déprave au point de le rendre totalement incapable de servir à l’inflammation des corps, à la respiration des animaux et aux autres usages auxquels il est propre... Mais j’avoue que je n’avais aucune idée de la possibilité d’aller plus loin dans cette carrière, et d’arriver au point d’obtenir une espèce d’air plus pur que le meilleur air commun...
« Le 1er août 1774, je tâchai de tirer de l’air du précipité wr se (notre oxyde rouge de mercure), et je trouvai sur-le-champ que, par le moyen de ma lentille, j’en chassais l’air très promptement. Ayant recueilli de cet air environ trois à quatre fois le volume de mes matériaux, j’y admis de l’eau et trouvai qu’elle ne l’absorbait pas ; mais ce qui me surprit plus que je ne puis l’exprimer, c’est qu’une chandelle brûla dans cet air avec une vigueur remarquable ; un morceau de bois y étincelait exactement comme du papier trempé dans une dissolution de sel de nitre, et s’y consuma très rapidement. »
Ayant ensuite calciné du minium (composé d’acide plombique et d’oxyde de plomb) , Priestley obtint de nouveau le même air si propre à activer la combustion, ce qui le confirma dans l’idée que le mercure calciné « doit emprunter de l’atmosphère la propriété de fournir cette espèce d’air, le procédé de cette préparation étant semblable à celui par lequel on fait le minium ».
Une fois engagée dans cet ordre de recherches, il fallait que la chimie eût à tout prix le mot de l’énigme : nul respect des paroles d’un maître , nulle autorité de doctrine ne devait plus l’arrêter. A peine Priestley avait- il publié ses recherches, que le pharmacien suédois Guillaume Scheele décrivait, dans son Traité de é air et du feu, publié en 1777, l’expérience par laquelle il avait séparé l’air commun en deux éléments, dont l’un s’était fixé sur le foie de soufre alcalin (sulfure de calcium), et l’avait transformé en gypse (sulfate de chaux) ; tandis que l’autre, demeuré dans le vase, manifestait, par son inaptitude à entrer dans les combinaisons chimiques, ses propriétés en quelque sorte négatives. Il indiquait aussi le procédé très simple à l’aide duquel il avait obtenu artificiellement Y air de feu (c’est l’oxygène qu’il appelait ainsi) , procédé qui est encore employé dans les laboratoires pour préparer ce gaz.
Malheureusement Scheele ne comprit nullement la portée de ses expériences, qui sont pour nous aujourd’hui si claires et si concluantes. Il se perdit. , pour les expliquer, dans un dédale de considérations confuses, où il fit intervenir le phlogistique, la prétendue combinaison de ce principe avec l’air, et je ne sais quelles autres chimères, qui ne firent que l’éloigner de la vérité. Il était réservé au plus grand des chimistes français, à l’immortel Lavoisier, de débrouiller ce chaos, de déterminer d’une manière simple, nette, lumineuse, la véritable composition de l’air atmosphérique et les rôles respectifs des éléments dont il est essentiellement formé. J’emprunte aux Mémoires de ï Académie des sciences les principaux passages de la note dans laquelle Lavoisier rend compte de l’expérience admirable qui le conduisit à la détermination, non plus seulement hypothétique, mais positive et palpable, de la composition de l’air.
« J’ai renfermé, dit-il, dans un appareil convenable cinquante pouces cubiques d’air commun; j’ai introduit dans cet appareil quatre onces de mercure très pur,
L’AIR
Découverte de la composition de l’air. — Expérience de Scheele.
une portion assez considérable, et que j’ai évaluée à environ quarante-cinq grains, de mercure perse (oxyde rouge), autrement dit de chaux de mercure.
« Cet »air, ainsi diminué, ne précipitait nullement l’eau de chaux; mais il éteignait les lumières, et faisait périr en peu de temps les animaux qu’on y plongeait...; en un mot, il était dans un état absolument méphitique... Il paraissait donc évident que, dans l’expérience précédente, le mercure, en se calcinant, avait absorbé la partie la meilleure, la plus respirable de l’air, pour ne laisser que la partie méphitique ou non respirable. L’expérience suivante m’a confirmé de plus en plus cette vérité.
« J’ai soigneusement rassemblé les quarante- cinq grains de chaux de mercure qui s’étaient formés pendant la calcination précédente; je les ai mis dans une très petite cornue de verre, dont le col, doublement recourbé, s’engageait sous une cloche remplie d’eau, et j’ai procédé à la réduction sans addition. J’ai retrouvé,
et j’ai procédé à la calcination de ce dernier, en l’entretenant pendant douze jours à un degré de chaleur presque égal à celui qui est nécessaire pour le faire bouillir... Au bout de douze jours, ayant cessé le feu et laissé refroidir les vaisseaux, j’ai observé que l’air qu’ils contenaient était diminué de huit à neuf pouces cubiques, c’est-à-dire d’environ un sixième de son volume. En même temps il s’était formé