‹ L'air et le monde aérienChapitre 8 sur 210 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

cessamment dans cette prodigieuse fournaise, dans cet immense Phlégéton. Des courants ascendants et descendants s’établissent de la masse centrale à la photosphère, et réciproquement ; des tourbillons, des explosions, des précipitations agitent cet océan de feu, essentiellement formé, comme le voulait Arago, de gaz enflammés qui répandent des torrents de chaleur, et le remplissent, en outre, de particules solides qui le rendent lumineux, comme les particules solides du charbon rendent lumineuses les flammes du gaz d’éclairage, de nos lampes et de nos bougies; tandis que le noyau purement gazeux est relativement, sinon même complètement obscur. Cette hypothèse, je l’avoue, me séduit beaucoup; elle rend bien compte des phénomènes visibles à la surface du soleil, c’est-à-dire des taches, des facules, etc.; elle est d’accord avec ce que les théories de Laplace et d’ Ampère nous ont appris touchant l’origine physique des mondes; enfin elle s’applique non seulement à notre soleil, mais à toutes les étoiles, qui sont, comme chacun sait, autant de soleils.

Parmi les planètes dont la constitution physique est assez connue pour qu’on puisse affirmer l’existence, à leur surface, d’atmosphères comparables à celles de la terre, je citerai : Mercure, la plus voisine du soleil; Vénus, dont les dimensions sont à peu près celles de la terre, et qui se montre environnée d’un si brillant éclat, qu’à certaines époques elle est même visible en plein jour; Mars, où l’on a pu constater la présence de neiges et de glaciers polaires; Jupiter, la plus volumineuse des planètes circumsolaires , dont le disque est en partie obscurci par des bandes nuageuses, ne variant de forme et de position qu’à d’assez longs intervalles; enfin Saturne, avec son triple ou quadruple anneau et son magnifique cortège de huit satellites. Le disque de Saturne est parsemé de taches, les unes obscures, les autres brillantes, mais très variables d’éclat, et dont la forme rappelle beaucoup les bandes de Jupiter. « Il est impossible, dit encore M. Guillemin, de ne pas conclure de l’observation de ces taches qu’elles sont dues à des phénomènes atmosphériques. Vers les pôles, on a constaté, comme pour Mars, l’apparition et la disparition successives de taches blanchâtres, dues probablement à l’invasion des neiges et des glaces. » Quelle est la composition des atmosphères de ces planètes? quelles sont leurs propriétés? On l’ignore. Des êtres semblables ou analogues à nous, aux animaux et aux végétaux que nous connaissons, peuvent-ils y vivre, et y vivent-ils en effet? Il y a tout lieu de le croire, bien que l’observation ne puisse rien nous apprendre de positif à cet égard. Il n’est même pas toujours aisé de savoir positivement si une planète ou un satellite a ou n’a pas d’atmosphère; et si les astronomes ont pu se prononcer pour la négative en ce qui concerne la lune, c’est grâce à la faible distance qui nous sépare de ce globe, et qui a permis de dresser des cartes très exactes de la face qu’il nous présente. Nous verrons plus loin, en nous occupant du rôle de l’atmosphère dans les phénomènes lumineux, comment on a pu s’assurer que la lune est dépourvue d’enveloppe gazeuse.

Mais revenons à l’atmosphère terrestre, et cherchons à nous former une idée de son origine et des transformations successives qu’elle a dû subir avant de se constituer telle qu’elle est aujourd’hui.

L’AIR

Si nous prenons pour point de départ la célèbre hypothèse de Laplace ou celle d’Herschell, qui s’en éloigne peu, nous nous rappellerons que, d’après ces hypothèses, la terre ne fut, dans l’origine, qu’une immense atmosphère, une masse de gaz et de- vapeurs incandescents et prodigieusement dilatés. Le refroidissement de cette nébuleuse amena peu à peu la condensation des substances les moins volatiles, qui formèrent au centre un noyau liquide. Ce noyau, successivement grossi par de nouvelles condensations, finit par absorber toutes les matières que l’élévation de la température maintenait seule à l’état gazeux. Mais il est impossible de ne pas voir que ces premières périodes de l’existence de notre planète durent être signalées par des phénomènes extrêmement complexes, dus aux réactions mutuelles des éléments, réactions qui nécessairement modifièrent à plusieurs reprises la composition du noyau liquide et surtout celle de son enveloppe gazeuse.

Le rôle capital des affinités chimiques dans la formation et les révolutions du noyau terrestre et de son atmosphère est indiqué d’une manière très ingénieuse et très satisfaisante par A.-M. Ampère, dans une théorie cosmogonique qui complète et rectifie en certains points celle de Laplace et d’Herschell, et qu’on trouve résumée avec beaucoup de clarté dans une note ajoutée aux Lettres sur les révolutions du globe, d’Alexandre Bertrand. Ampère considère d’abord, d’une manière générale, le cas d’une nébuleuse quelconque passant, par le refroidissement de ses éléments les moins volatils, de son état primitif à celui de corps stellaire ou planétaire proprement dit. 11 fait remarquer que, si les affinités chimiques n’existaient pas, la condensation s’opérerait nécessairement par couches concentriques, homogènes, régulières, nettement distinctes, et dont l’ordre de superposition à partir du centre représenterait exactement la gradation ascendante des températures de liquéfaction des substances condensées.

Cette manière de voir, disons-le en passant, pèche en un point important. Ampère oublie de tenir compte des densités, qui ne correspondent nullement aux températures de liquéfaction ou dê solidification, lesquelles sont ainsi entre elles dans des rapports très variables; et ce sont là deux circonstances qui, dans l’hypothèse, troubleraient singulièrement l’homogénéité et la régularité prétendue des dépôts concentriques. Mais il serait superflu d’insister sur cette objection, qui nous écarterait de notre sujet, et qui d’ailleurs ne s’applique qu’à une hypothèse pure ment gratuite.

« Ce n’est pas ainsi, dit, en effet, la note à laquelle j’emprunte le résumé du système d’ Ampère, ce n’est pas ainsi qu’est composé le globe terrestre, ce n’est pas ainsi que doivent l’être les planètes et les soleils répandus dans l’espace. Pour voir ce qui a dû arriver, rendons aux couches successives les propriétés chimiques dont elles sont douées, et cet ordre si régulier sera aussitôt détruit par d’immenses bouleversements.

« Lorsqu’une nouvelle couche se dépose à l’état liquide, soit que la précédente existe encore à cet état, soit que déjà elle ait passé à l’état solide, il doit se manifester entre elles une action chimique résultant de l’affinité entre les deux substances ou entre leurs éléments. De là formation de nouvelles combinaisons, explosions, déchirements, élévation de température, et dans le cas où l'une des couches

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