‹ L'air et le monde aérienChapitre 9 sur 210 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

au moins contiendrait des éléments divers, retour à l’état de gaz des éléments qui seraient séparés par l’effet de ces combinaisons.

« ... Ce ne serait qu’ après beaucoup de bouleversements, et en vertu d’un refroidissement ultérieur, que pourrait se former une croûte continue assez solide pour mettre obstacle à de nouvelles combinaisons chimiques. Mais quand la température se serait abaissée de manière à permettre que sur cette couche solide vint se déposer une nouvelle substance à l’état liquide, susceptible de l’attaquer chimiquement, on verrait se produire une série de phénomènes analogues à ceux dont nous venons de parler. C’est ainsi qu’on peut rendre compte des révolutions successives qu’a éprouvées le globe terrestre. Maintenant que la température est tellement abaissée que, parmi les corps susceptibles d’agir chimiquement avec violence, il n’y a plus que l’eau qui soit à l’état de vapeur, ce n’est plus que de l’eau qu’on peut craindre un nouveau cataclysme. » L’eau étant, comme on sait, composée de gaz hydrogène et oxygène, Ampère suppose qu’en se précipitant sous forme de pluie abondante sur des métaux tels que le potassium, le sodium, le baryum, le calcium, le magnésium, le manganèse, le fer, le nickel, le zinc, etc., encore incandescents ou du moins à une température très élevée, elle dut être décomposée, transformer ces métaux en oxydes et déterminer une immense conllagralion, non seulement dans les couches supérieures de la masse condensée, mais au sein même de l’atmosphère, qui subit alors une de ses plus violentes révolutions. Il ajoute :

« Au surplus, il reste un grand monument des bouleversements qu’a produits sur le globe la décomposition des corps oxygénés par les métaux. C’est l’énorme quantité d’azote qui forme la plus grande partie de notre atmosphère. Il est peu naturel de supposer que cet azote n’ait pas été primitivement combiné, et tout porte à croire qu’il l’était avec l’oxygène, sous la forme d’acide nitreux ou nitrique. Pour cela, il lui fallait huit ou dix fois plus d’oxygène qu’il n’en reste dans l’atmosphère. Où sera passé cet oxygène? Suivant toute apparence, il aura servi à l’oxydation de substances autrefois métalliques, et aujourd’hui converties en alumine, en chaux, en oxyde de fer, de manganèse, etc. »

Quant à l’oxygène qui existe dans l’atmosphère, ce n’est qu’un reste de celui qui s’est combiné avec les corps combustibles, joint à celui qui a été expulsé des combinaisons dans lesquelles il entrait, par du chlore ou des corps analogues.

Il y aurait donc eu, à un certain moment, précipitation d’acide nitrique, dissolution des métaux, et dégagement de gaz nitreux ou hyponitrique : le tout accompagné d’une effervescence et d’une élévation de température formidables, qui auraient transformé l’atmosphère en une mer bouillonnante, surchargée de vapeurs corrosives dont les énergiques réactions produisaient une mêlée indescriptible. Puis, le refroidissement s’opérant avec le temps, la précipitation recommença; la terre fut envahie de nouveau par un océan acide, moins acide toutefois que le premier, et donnant lieu, par conséquent, à des réactions moins énergiques. Les eaux s’adoucirent aussi graduellement, après des précipitations et des vaporisations répétées, ou plutôt elles se chargèrent de sels, et la prédominance du sel marin donne lieu de penser que, parmi les gaz qui entraient dans la composition de

L’AIR

l’atmosphère primitive, le chlore n’était pas le moins abondant. « Il arriva enfin, continue Ampère, qu’après un refroidissement nouveau, une nouvelle mer s’étant formée, elle ne recouvrait plus toute la surface du noyau solide; quelques îles apparurent au-dessus des eaux, et la surface de la terre fut entourée d’une atmosphère formée, comme la nôtre, de fluides élastiques permanents, mais dans des proportions probablement fort différentes. Il semble, en effet, résulter des ingénieuses recherches de M. Brongniart, qu’à ces époques reculées l’atmosphère contenait beaucoup plus d’acide carbonique qu’elle n’en contient aujourd’hui. Elle était impropre à la respiration des animaux, mais très favorable à la végétation. Aussi la terre se couvrit-elle de plantes qui trouvaient dans l’air, bien plus riche en carbone, une nourriture plus abondante que de nos jours; d’où résultait un développement beaucoup plus considérable, que favorisait en outre un plus haut degré de température.

« ... Cependant les débris des forêts s’accumulaient sur le sol, s’y décomposaient, et l’hydrogène carboné qui résultait de cette décomposition se répandait dans l’atmosphère. Là il était décomposé par des explosions électriques alors beaucoup plus fréquentes en raison de la plus grande élévation de la température. Un monument de cette époque nous est offert par les houilles, immenses dépôts de végétaux carbonisés.

« A chaque grand cataclysme, la température de la surface du globe s’élevant considérablement, toute organisation devenait impossible jusqu’à ce qu’elle se fût abaissée de nouveau... L’absorption et la destruction continuelles de l’acide carbonique par les végétaux rendaient l’air de plus en plus semblable en composition à ce qu’il est maintenant. Cependant l’atmosphère n’était pas encore propre à entretenir la vie des animaux qui respirent l’air directement. Ce fut,' en effet, dans l’eau qu’apparurent les premiers êtres appartenant à ce règne : des radiaires et des mollusques. La première population des mers fut uniquement composée d’invertébrés; puis vinrent les poissons, et plus tard les reptiles marins... Après l’époque des poissons, après celle des reptiles et des oiseaux, vinrent les mammifères, et enfin, l’atsmosphère s’étant suffisamment épurée, la terre étant capable d’entretenir une plus noble génération , apparut l’homme, le chef-d’œuvre de la création. »

L’hypothèse que nous venons d’exposer sommairement n’a rien, on le voit, que de très admissible, au moins dans ses données principales. Elle est conforme à ce que la chimie nous apprend sur les affinités réciproques des corps réputés simples et de leurs composés, et à ce que l’on peut rationnellement présumer des compositions successives de l’atmosphère actuelle.

L’oxygène, l’azote, l’hydrogène, le chlore, le carbone, tels sont évidemment les corps qui, à raison de leur prodigieuse abondance et de leurs puissantes affinités, ont dû jouer dans les révolutions de l’enveloppe gazeuse de la terre les premiers rôles. L’action du soufre, du sodium, des métaux combustibles (métaux alcalins et terreux), n’a pu être que secondaire. Celle des agents physiques, chaleur, électricité, magnétisme, lumière, ne doit pas être oubliée. La chaleur, tour à tour cause et effet des réactions chimiques et des bouleversements qui tant de fois ont

renouvelé la face du monde, a puissament contribué à prolonger la tumultueuse mêlée des éléments. On en peut dire autant de Y électricité, qui intervient également soit comme cause, soit comme effet dans les combinaisons et les décompositions chimiques, dans les variations de température, dans les changements d’états des corps, dans les frottements, dans les pressions, dans la séparation brusque des molécules, etc. Quant à l’action du magnétisme, il est très difficile de la conjecturer. Il est probable quelle a été, à l’origine des choses, beaucoup plus intense et plus générale que de nos jours ; qu’elle s’est combinée, confondue peutêtre avec celle de l’électricité et de la chaleur; qu’en un mot, ces trois principes ont été, avec la lumière, les agents essentiels de la création; qu’ils ont exercé surtout une puissante influence sur la formation et le développement des organismes. Qu’on veuille bien, à ce sujet, se reporter à ce qui a été dit, dans nos Mystères de l'Océan de la constitution probable de l’atmosphère à l’époque où les premiers êtres prirent naissance au sein de l’Océan universel. Alors la température du globe était encore très élevée. Les eaux chaudes, saturées de matières en dissolution et en suspension, exhalaient d’épaisses vapeurs qui surchargeaient l’atmosphère. Celle-ci enveloppait le sphéroïde de sa masse volumineuse, divisée peut-être en couches distinctes, comparables à la triple atmosphère attribuée au soleil. Les rayons de l’astre vivifiant ne pouvaient la pénétrer; mais, selon toute apparence, les combustions dont elle était le siège, les courants électriques et, magnétiques qui la parcouraient et la haute température entretenue par tant de causes diverses déterminaient dans ses régions supérieures un embrasement général, dont nos aurores polaires peuvent donner une idée. Les lueurs changeantes de ce ciel de feu éclairaient les scènes grandioses et sauvages de la nature en travail. Puis cette lumière alla s’affaiblissant à mesure que l’atmosphère se purifiait et que s’apaisait la lutté des éléments. Les nuées moins denses et moins pressées livrèrent passage aux rayons solaires; le jour, le vrai jour se leva sur le monde. Le chlore ayant été absorbé à l’état de sel par la masse des eaux, les îles et les continents soulevés s’étant couverts de végétaux qui peu à peu fixèrent l’énorme quantité de carbone à laquelle une partie de l’oxygène était unie, les vapeurs aqueuses enfin continuant de se précipiter, l’atmosphère se trouva réduite à peu près au mélange d’oxygène et d’azote qui la constitue actuellement. Dès lors les révolutions qui devaient encore, à plusieurs reprises, remuer et déplacer l’océan liquide cessèrent de bouleverser l’océan aérien. L’immense rideau de nuages qui naguère enveloppait le globe tout entier se déchira, s’éparpilla en lambeaux; les clartés magnéto -électriques, éteintes dans la zone moyenne, furent refoulées vers les pôles, où elles ne brillèrent plus que comme les dernières lueurs d’un vaste incendie. Les alternatives du jour et de la nuit, le cours des saisons, la distribution des températures changèrent en une circulation régulière les fluctuations tumultueuses de l’atmosphère. Partout s’établit ce calme qui n’est ni l’inertie ni l’immobilité, mais l’équilibre des forces et l’harmonie des mouvements, et la vie put prendre son essor au sein des éléments pacifiés.

1 Un volume grand in -8°. — Tours, Alfred Marne et fils, éditeurs.

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