‹ L'air et le monde aérienChapitre 81 sur 210 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

partout et toujours d’une façon identique. Ces phénomènes varient , dans de certaines limites, d’une contrée à l’autre. D’après le médecin anglais Boyle, qui a séjourné sur la côte occidentale d’Afrique, les tornados de ces parages s’annoncent par une petite tache claire, de couleur argentée, qui apparaît d’abord à une grande hauteur dans le ciel, puis descend avec lenteur vers l’horizon en grandissant. A mesure qu’elle approche, cette tache s’entoure d’un anneau noir qui s’étend dans toutes les directions, et finit par l’envelopper d’une obscurité impénétrable. « A ce moment, dit le docteur Boyle, la vie semble suspendue sur la terre et dans l’atmosphère; une inquiète attente oppresse tous les êtres. L’esprit resterait abattu sous le coup d’une terreur anticipée, s’il n’était relevé par l’éclair d’une large flamme électrique, par les grondements de la foudre qui se rapproche rapidement, et dont les éclats deviennent formidables. Alors un tourbillon terrible se précipite avec une incroyable violence de la partie la plus sombre de l’horizon, enlevant les toits, brisant les arbres et désemparant les navires qu’il surprend. A ce tourbillon succède un déluge de pluie, qui tombe à torrents et termine cette affreuse convulsion. »

Le caractère essentiel commun à tous les cyclones, c’est la vitesse extraordinaire du vent, vitesse qu’aucun instrument ne peut mesurer, et qu’on n’évalue à peu près que par ses effets. On l’a comparée à celle d’un boulet de canon, au quadruple de celle d’une locomotive lancée à toute vapeur. Ces comparaisons ne semblent point hyperboliques, lorsqu’on songe à la force effrayante que l’air, ce fluide si léger, d’une si faible masse, acquiert par la seule rapidité de son mouvement.

Dans l'ouragan qui dévasta la Guadeloupe le 25 juillet 1825, des maisons solidement bâties furent renversées, et un édifice neuf, construit aux frais de l’État avec la plus grande solidité, eut une aile entière complètement rasée. Le vent avait imprimé aux tuiles une telle vitesse, que plusieurs pénétrèrent dans les magasins à travers des portes et des volets très épais. Une planche de sapin qui avait un mètre de long, vingt-cinq centimètres de large et vingt-trois millimètres d’épaisseur, se mouvait dans l’air avec une telle rapidité, qu’elle traversa d’outre en outre une tige de palmier de quarante-cinq centimètres de diamètre. Une pièce de bois de quatre à cinq mètres de long et de vingt centimètres d’équarrissage, projetée par le vent sur une route empierrée, battue et fréquentée , pénétra dans le sol de près d’un mètre. Une belle grille de fer , servant de clôture à la cour du palais du gouverneur, fut descellée et rompue. Enfin trois canons de vingt-quatre furent poussés par le vent jusqu’à la rencontre de l’épaulement de leur batterie.

L’année 1874 a eu à enregistrer un des plus violents phénomènes de ce genre que l’on eût encore étudiés. Une des missions envoyées en Asie par notre Académie des sciences pour observer le passage de Vénus sur le soleil , au mois de décembre 1874, était dirigée, comme on sait, par M. Janssen, membre de l’Institut. Cette mission, se rendant à Yokohama, au Japon, s’embarqua le 16 août 1874, à Marseille, sur YAva, paquebot des Messageries maritimes, et arriva en rade de Hong-Kong le 22 septembre. Quelques heures avant, un typhon furieux avait complètement dévasté cette ville, le port et les environs. Cinq navires à

PHÉNOMÈNES DE L’AIR

vapeur et un grand nombre de bâtiments à voiles avaient péri dans ce désastre, qui a coûté la vie à plus de mille personnes. Par bonheur, les bâtiments des Messageries et ceux de la Compagnie péninsulaire et orientale avaient échappé, sans avaries graves, à ce terrible sinistre.

On avait un moment conçu de vives craintes sur la mission conduite par Janssen, surtout après la réception d’un télégramme adressé le 22 septembre par le savant astronome à l’Académie des sciences , et dont voici le texte :

Éprouvé grand typhon, rade Hong-Kong. Désastre. Personnel, matériel saufs. Repartons.

Le point ayant été mis par erreur après le mot personnel, au lieu d’être placé après désastre, la dépêche avait un sens tout différent et fort alarmant. Heureusement une autre dépêche vint bientôt rectifier la première et dissiper les inquiétudes.

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