DEUXIÈME PARTIE
En résumé, les lois qui régissent les cyclones, les signes qui les précèdent et les symptômes qui les caractérisent sont aujourd’hui assez bien connus pour qu’on ait pu tracer aux marins, avec certitude, la conduite à tenir, les manœuvres à exécuter, soit pour éviter le météore, soit pour diminuer notablement les périls dont il menace ceux qui n’ont pu s’écarter à temps de son chemin. On distingue, en effet, dans le cyclone un côté dangereux et un côté maniable: le côté dangereux est celui où la vitesse du vent est égale au mouvement de rotation plus le mouvement de translation ; le côté maniable est celui où la vitesse est égale au premier mouvement diminué du second. D’où il suit que si l’on n’a pu éviter le cyclone on doit, s’il est possible, se jeter dans le côté maniable.
11 existe donc des règles pratiques de manœuvres qui mettent les navires à même d’éviter, dans une certaine mesure, les dangers de ces tourmentes atmosphériques : ces règles, formant ce qu’on appelle la loi des tempêtes, sont dues à Piddington, Ricd et Redfield ; elles ont été souvent mises en doute, et M. Faye, membre de l’Académie des sciences, qui depuis plusieurs années s’occupe activement de cette question, a pris leur défense dans Y Annuaire du Bureau des longitudes pour 1875.
Mais quelle est la cause qui produit au sein de l’air ces effroyables convulsions? Nul encore n’a pu trouver à cette question une réponse vraiment satisfaisante. Il est certain que cette cause est fort complexe ; qu’il faut la chercher dans un concours de circonstances dérivant à la fois de la constitution météorologique des zones tropicales, et du régime des vents pendant la saison chaude dans ces régions. Mais ce sont là des données vagues, dont il est bien difficile de tirer une explication précise. On n’a pas beaucoup avancé le problème en disant que les cyclones sont engendrés par les courants d’air qui, de points opposés, se précipitent vers les endroits où l’air est fortement échauffé par les rayons du soleil, et qui, dans leur parcours, rencontrent la surface de l’Océan où l’évaporation et, par suite, la tension électrique sont très intenses. Cette théorie générale s’applique également à toutes les tempêtes, à tous les vents : elle ne rend point compte des propriétés spéciales des cyclones et du double mouvement qui leur est propre. Il serait superflu de discuter une question à laquelle la science n’a fait jusqu’ici que des réponses hypothétiques. Nous nous en tiendrons, en conséquence, après les quelques observations ci-dessus, à l’étude du météore considéré en lui -même et dans ses plus remarquables effets.
Les cyclones se produisent toujours, ainsi que je viens de le dire, dans la saison la plus chaude. Aux îles Mascareignes, où ils sont si fréquents et si funestes, ils surviennent ordinairement en décembre, janvier ou février; jamais plus tard qu’en mars. Ils sont souvent doubles ou triples, c’est-à-dire qu’ils se composent de deux ou trois cyclones qui se meuvent presque parallèlement. Meldrum, directeur de l’observatoire de file Maurice, a découvert qu’un cyclone n’est pas seul; il est suivi d’un anticyclone de sens contraire, lequel peut être lui-même suivi d’un cyclone de sens direct, et ainsi de suite. En outre, cet auteur pense que le mouvement de l’air est en spirale et non circulaire, comme l’a dit M. Rridet , officier de notre marine. De là, d’après Meldrum, un changement dans
PHÉNOMÈNES DE L’AIR
la règle que les marins doivent suivre pour fuir le centre; celle de Bridet est encore usitée; elle n’est pas sûre quand on est trop près du centre. Dans les hautes latitudes, les cyclones perdent de leur intensité, et se transforment en tempêtes, ou coups de vent rectilignes : leur côté appelé dangereux , — celui où les vitesses de rotation et de translation s’ajoutent, — se faisant seul sentir. Le commandant Maury a le premier fait remarquer que les perturbations atmosphériques, et notamment les cyclones , sont surtout fréquentes aux abords des grands courants
Cyclone sur la côte de Mozambique.
océaniques, et que le Gulf-Stream, par exemple, joue un rôle important dans les mauvais temps de l’Atlantique. On observe cependant aussi, quoique plus rarement, des tempêtes tournantes dans la Méditerranée. Il paraît prouvé que le naufrage de la Sémillante, qui périt pendant la guerre de Crimée sur les écueils du canal Bonifacio, entre la Corse et la Sardaigne, fut causé par un véritable cyclone, dont la violence mit en défaut toute l’habileté des excellents officiers qui commandaient ce navire.
Les cyclones sont ordinairement accompagnés de pluies torrentielles et de phénomènes électriques qui se manifestent surtout pendant le passage de la seconde moitié du tourbillon. Quelquefois aussi on voit des trombes apparaître dans leur axe. Cette circonstance explique la confusion que beaucoup d’auteurs ont faite entre ces deux phénomènes, très distincts cependant quant à leur cause, à leur mode de production, à leur aspect et à leur action. Il ne faudrait pas croire, du reste, que les prodromes et les symptômes des tempêtes tournantes se reproduisent