DEUXIEME PARTIE
et qui, bien que beaucoup plus délicat, ne laisse pas de présenter aussi de graves imperfections. Il se compose d’un cadre sur lequel est tendu un cheveu, fixé invariablement par un bout, tandis que l’autre bout s’enroule sur une poulie à double gorge. Sur la seconde gorge de la poulie est enroulé, en sens contraire du cheveu, un fil de soie auquel est suspendu un petit contrepoids, de manière à maintenir le cheveu toujours également tendu. Une aiguille fixée à la poulie décrit sur un cadran des arcs proportionnels aux allongements et aux raccourcissements du cheveu. Il est indispensable que ce dernier, avant d’ètre adapté à l’instrument, ait été dégraissé dans l’éther, puis lavé à grande eau. Il faut, en outre, que le mécanisme de la poulie et de l’aiguille soit extrêmement léger et mobile. Enfin la
Hygromètres populaires.
graduation du cadran doit être faite en prenant le point cent, ou de saturation, dans un vase hermétiquement fermé et contenant une épaisse couche d’eau. Le point zéro ou de sécheresse extrême doit être déterminé dans le même vase, où l’eau est remplacée par de l’acide sulfurique concentré. L’hygromètre à cheveu doit être accompagné d’une table construite pour chaque cheveu en particulier, qui indique la fraction d’humidité pour chaque nombre. Le degré 72 est voisin de la fraction 1/2- C’est que, comme M. Régnault l’a prouvé, malgré toutes les précautions, des hygromètres à cheveu peuvent bien être comparables entre eux lorsqu’ils ont été construits avec des cheveux de même espèce, lessivés de la même manière, et qu’ils ont été réglés dans le même vase; mais il n’en est plus ainsi pour des hygromètres dont les cheveux diffèrent seulement de nature, à plus forte raison quand les points extrêmes n’ont pas été déterminés dans des conditions identiques.
En 1752, Le Roy, médecin de Montpellier, s’avisa le premier, pour mesurer la quantité de vapeur dissoute dans l’air, de condenser cette vapeur sur les parois extérieures d’un vase métallique, contenant de l’eau qu’il refroidissait en y ajoutant successivement de petits morceaux de glace. Un thermomètre plongé dans le vase donnait la température de saturation de l’air ambiant : ce qu’on a appelé le point
PHÉNOMÈNES DE L’AIR „ 157
de rosée. Plusieurs physiciens ont construit depuis des appareils de formes et de dispositions différentes, mais destinés également à mesurer la fraction de saturation de l’air par la condensation de sa vapeur.
La méthode dite psychrométriqae, dont la première idée appartient à Gay-Lussac, se réduit à l’observation comparative de deux thermomètres, dont l’un est simplement exposé à l’air ambiant, tandis que le réservoir de l’autre est constamment humecté par une mèche de coton trempée dans l’eau.
Tout le monde sait qu’il y a des vents secs et des vents humides, et que leur plus ou moins de sécheresse ou d’humidité dépend à la fois de leur température et delà nature des régions sur lesquelles ils ont passé. En Europe, par exemple, les vents de l’est et du nord-est sont toujours secs; les vents de l’ouest, du nord-ouest et du sud-ouest sont toujours humides. On peut dire que la tension de la vapeur d’eau, par les différents vents, suit une gradation descendante depuis le nord-est jusqu’au sud en passant par l’est, et ascendante depuis le sud jusqu’au nord-est en passant par l’ouest et le nord.
L’humidité de l’air par les différents vents varie d’ailleurs selon les saisons. D’après les observations de Ivaemtz, ce sont les vents de l’E. et du N.-E. qui, en hiver, sont les moins chargés de vapeur, et néanmoins les plus humides, parce qu’en raison de leur basse température ils sont aussi les plus rapprochés de leur point de saturation. En été, ce sont les vents d’O. et de S.-O. dont la fraction de saturation est la plus forte. Au printemps, ce sont les vents du N. et du N.-O.; et en automne, ceux du N.-O. et du S.-E. La moyenne hygrométrique de l’hiver est la plus élevée; puis vient celle de l’automne, puis celle du printemps, et en dernier lieu celle de l’été.
Quant aux variations hygrométriques locales, il est évident que, toutes choses égales d’ailleurs, elles tiennent d’une part à l’altitude, de l’autre à la présence ou à l’absence, à l’abondance ou à la rareté des eaux. On sait que la quantité absolue de vapeur dissoute dans l’air va en diminuant avec la chaleur de l’équateur aux pôles; mais on ignore jusqu’à présent si, dans des localités semblables, bien que situées à des distances inégales du pôle, l’humidité relative se comporte de la même manière ou d’une manière différente. Sur l’Océan, à toutes les latitudes, l’air doit être à l’état de saturation. Cependant, comme l’eau de mer est salée, la tension de vapeur est un peu moindre qu’elle ne serait pour de l’eau pure, à température égale; ou, en d’autres termes, elle est la même que si l’eau était pure et que la température fût un peu plus basse qu’elle n’est en réalité.
Sur les côtes, à latitude égale, l’humidité est plus grande qu’en aucun lieu des continents, et elle diminue à mesure qu’on pénètre dans l’intérieur. Cette loi, sauf les irrégularités dues à la présence des lacs ou des cours d’eau, ne souffre point d’exception. Elle se vérifie aussi bien dans la Sibérie que dans les plaines de l’Orénoque, dans l’intérieur de la Nouvelle-Hollande que dans les déserts de l’Asie ou de l’Afrique. Ces déserts, où l’eau manque presque entièrement, ne sont le siège d’aucune évaporation sensible; mais d’autre part, l’ardente température qui y règne, accrue encore par la réverbération du sable, s’oppose aux précipitations aqueuses. L’air qui y afflue des latitudes supérieures conserve donc toute la vapeur