DEUXIÈME PARTIE
dont il est chargé; mais il acquiert une température qui diminue d’autant sa fraction de saturation. Ce n’est donc pas sans raison que les voyageurs parlent du vent « desséchant » des déserts, et l’on peut se faire une idée de l’avidité avec laquelle l’air absorbe l’humidité partout où il la rencontre, après avoir passé ou séjourné dans ces fournaises de la zone torride.
Lorsque l’air est très chargé de vapeur d’eau et que sa température vient à s’abaisser, il arrive souvent que, par le fait de ce refroidissement, son point de saturation est dépassé. Une partie de la vapeur qu’il contenait doit revenir à l’état liquide. Mais elle n’y revient pas toujours sous la même forme. Le plus ordinairement même, avant de se précipiter en eau , elle passe par un état particulier de division qui lui permet de rester suspendue dans l’air, tantôt près du sol, tantôt à des hauteurs plus ou moins grandes, jusqu’à ce que, par l’effet d’une grande accumulation, d’un nouveau refroidissement ou d’une perturbation électrique de l’atmosphère, elle se condense tout à fait ou même se congèle, et tombe en plus ou moins grande abondance. Les divers modes de précipitation de la vapeur contenue dans l’air donnent lieu aux phénomènes de la rosée, du givre ou gelée blanche, des brouillards, des nuages, de la pluie, de la neige, du grésil et enfin de la grêle.
La rosée a été autrefois le sujet de bien des hypothèses erronées, de bien des fables. Ce qui intriguait fort les physiciens (au temps où les physiciens savaient peu de chose de la chaleur et de ses effets sur les corps) , c’est que la rosée se produit toujours la nuit, quand le temps est beau; et cette sorte de pluie tombant sans qu’on la voie ni qu’on la sente tomber, en l’absence de tout nuage, ne leur semblait pas un moindre prodige que les foudres éclatant dans un ciel serein. Plusieurs la prenaient pour la sueur de la terre; d’autres pour une pluie très fine, venue des hautes régions de l’atmosphère; quelques-uns même y voyaient une émanation des astres, et lui attribuaient des propriétés merveilleuses. C’est un médecin anglais, le docteur Welsh, qui a donné enfin de ce prétendu prodige une explication très simple et très satisfaisante. Il a montré que le phénomène de la rosée est le même qui se passe journellement sous nos yeux, lorsque de la buée se dépose sur les vitres de nos appartements, la température extérieure étant peu élevée, ou sur la surface d’une carafe contenant de l’eau fraîche, qu’on apporte dans une pièce chaude; que ce n’est, en un mot, qu’une condensation de vapeur produite par le refroidissement des couches d’air en contact avec une surface refroidie.
Pendant le jour, sous l’action des rayons solaires, l’air s’imprègne plus ou moins de vapeur. Lorsque le soleil a disparu derrière l’horizon, la terre ne reçoit plus de chaleur; c’est elle, au contraire, qui rayonne dans l’espace la chaleur qu’elle a reçue; au lieu de s’échauffer, elle se refroidit, et elle se refroidit d’autant plus que le ciel est plus pur; car si le ciel est voilé de nuages, ceux-ci rendent à la terre une partie de la chaleur quelle leur envoie. Les couches d’air en contact avec le sol participant à son refroidissement, la vapeur qu’elles contenaient se condense, humecte la terre, ruisselle sur les pierres, ou se suspend en gouttelettes limpides aux brins d’herbe et aux pétales des fleurs. Si le temps est assez froid
PHÉNOMÈNES DE L’AIR 159
pour que la température s’abaisse au-dessous de zéro, la rosée se congèle et devient du givre ou de la gelée blanche.
La gelée blanche ne se produit pas seulement en automne ou en hiver, mais aussi au printemps, surtout dans le mois d’avril, époque où souvent, dans nos climats, souffle le vent du nord-est. Les journées sont belles et tièdes, partant l’évaporation est abondante; mais les nuits sont froides et longues encore. Le rayonnement nocturne devient alors funeste aux jeunes pousses, que le froid désorganise et roussit comme si elles eussent été brûlées.
Le vulgaire qui , dans ces nuits claires et froides , voit la lune briller au ciel de tout son éclat, attribue cet effet au pauvre astre, qui n’en peut mais. C’est la lune rousse, dit-il, qui grille les plantes. D’illustres physiciens, Arago entre autres, se sont donné la peine de combattre cet absurde préjugé, qui n’en persiste pas moins parmi le peuple des campagnes. Heureusement ce préjugé-là n’induit pas, comme tant d’autres, les cultivateurs en des actes contraires à leurs intérêts. Tout en attribuant à tort à la lune une action malfaisante dont elle n’est nullement coupable, ils ne laissent pas de prendre des précautions qui atténuent ou empêchent le mal : à savoir, de couvrir pendant la nuit leurs plantes potagères avec des toiles ou des nattes de paille. Ils croient les garantir ainsi des rayons dangereux de la lune; ils les garantissent, en réalité, du refroidissement qui leur serait fatal.
Ce qu’on nomme le serein est un phénomène très analogue à la rosée. Seulement, tandis que celle-ci se dépose pendant toute la nuit et principalement aux approches du matin, le serein ne se produit que le soir, en été, après le coucher du soleil. C’est une petite pluie très fine, qui tombe sans que le ciel soit nuageux, et qui provient de la vapeur condensée au sein des couches peu élevées de l’atmosphère.
Il faut, on le voit, des circonstances particulières, une nuit froide et sereine succédant à une journée chaude ou tiède, un refroidissement brusque du sol et des couches d’air qui l’avoisinent, pour amener directement la précipitation de la vapeur sous forme de gouttes d’un certain volume et d’un certain poids. Ordinairement les choses ne se passent pas ainsi. Avant de se condenser tout à fait et de retomber sur la terre, la vapeur passe par un état en quelque sorte intermédiaire, qui est celui auquel on applique communément — et improprement — le nom de vapeur, c’est-à-dire par l’état de globules très ténus, mélangés de petites gouttelettes, et dont l’agglomération en grandes masses constitue les nuages et les brouillards.
Disons tout de suite que ces deux mots désignent un seul et même phénomène : toute la différence est que les brouillards demeurent à la surface du sol , tandis que les nuages flottent dans les régions supérieures de l’atmosphère. L’aéronaute dans la nacelle de son ballon, le voyageur sur les cimes des hautes montagnes, traversent souvent des nuages qui pour eux deviennent des brouillards ; et lorsque, environnés d’un air limpide, ils abaissent leurs regards vers les contrées placées au-dessous d’eux , ils y voient fréquemment des masses vaporeuses aux contours arrondis et argentés, ayant le même aspect que les nuages qui se meuvent audessus de leur tête, et ne différant, en effet, de ceux-ci que par leur position. Le