‹ L'air et le monde aérienChapitre 92 sur 210 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

voir commun. Si, après cela, le nuage s’éloigne ou s’élève sans avoir occasionné d’explosion, son influence s’évanouit graduellement. Mais supposons que la décharge vienne à s’opérer; en d’autres termes, que la foudre éclate entre le nuage et quelqu’un des corps influencés. Que se passe-t-il alors? Le nuage, tout à l’heure chargé d’électricité négative, a recomposé son fluide neutre aux dépens du fluide positif du corps foudroyé. Son influence sur les autres corps cesse tout à coup ; l’électricité positive qui s’était accumulée sur ceux-ci rentre aussitôt dans le sol, ou bien elle attire brusquement l’électricité de nom contraire, nécessaire pour la neutraliser. Ces corps sont donc foudroyés, eux aussi, bien que , pour ainsi dire, en sens inverse de celui qui a reçu la décharge, et ils- éprouvent une secousse, un choc dont l’intensité dépend de leur distance au nuage et de leur plus ou moins grande conductibilité pour le fluide électrique. Ce choc n’est d’ailleurs jamais accompagné du dégagement de chaleur et de lumière qui caractérise la décharge électrique directe.

La crainte des dangers de la foudre a conduit les hommes à chercher les moyens de garantir eux, leurs habitations, leurs richesses, des atteintes du terrible météore. Mais pendant bien des siècles ils n’ont eu recours dans ce but qu’à des conjurations superstitieuses ou à des moyens empiriques quelquefois nuisibles, toujours impuissants. Il était réservé à Franklin de doter l’humanité du merveilleux talisman qu’elle avait cherché si longtemps en vain. Chacun sait que le paratonnerre est une application de la conductibilité des métaux pour le lluide électrique, et du 'pouvoir des pointes, constaté aussi par le célèbre physicien de Philadelphie.

Cet admirable appareil, — je dis admirable par sa simplicité et son efficacité, — consiste en une barre ou verge de fer fixée sur le faîte des édifices, ou sur les navires au sommet du grand mât, communiquant par sa partie inférieure avec un conducteur (chaîne ou tige métallique) qui pénètre profondément dans le sol ou plonge dans la mer, et terminée à son extrémité supérieure par une pointe en platine, ou mieux en cuivre doré.

On ne construit plus aujourd’hui un seul bâtiment de quelque importance qui ne soit surmonté d’un paratonnerre. Sur la demande du gouvernement, l’Académie des sciences a publié en 1823 une instruction relative à la construction et à la pose des paratonnerres. Un supplémenta été ajouté à cette instruction en 1854, et de temps en temps l’Académie en rappelle les dispositions, complétées ou modifiées suivant les progrès de la science. On admet qu’un paratonnerre protège un espace circulaire d’un rayon double de sa hauteur. Ainsi l’action d’un paratonnerre de huit mètres de hauteur s’étend à seize mètres à la ronde. Il faut donc élever autant de paratonnerres que le bâtiment a de fois trente- deux mètres d’étendue longitudinale.

Les orages semblent engendrer les éléments les plus opposés. Ils n’éclatent guère que pendant les fortes chaleurs de l’été, — au moins est-ce toujours alors qu’ils sont le plus violents, — et un de leurs effets les plus ordinaires est de faire tomber sur la terre une pluie de véritables glaçons, quelquefois très volumineux. Cette pluie déglaçons, la grêle, pour l’appeler par son nom, est encore pour les physi-

PHÉNOMÈNES DE L’AIR

ciens un problème incomplètement résolu. Plusieurs théories ont été proposées pour expliquer sa formation ; aucune n’a pu être acceptée comme entièrement satisfaisante. Elles supposent toutes des circonstances qui accompagnent ordinai-

rement, mais non pas toujours, la chute de la grêle, ou qui ne sont guère accessibles à l’observation.

Ce qu’il y a de certain, c’est que la grêle ne ressemble point du tout au grésil, dont la formation, comme on l’a vu plus haut, s’explique aisément. Outre qu’elle ne se produit que dans la saison chaude, et qu’elle s’échappe exclusivement des nuages orageux, on a remarqué qu’elle accompagne les orages diurnes beaucoup

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