DEUXIEME PARTIE
dessus de sa tète, il entendait distinctement le sifflement des grêlons, ou plutôt un bruit confus forme d’une infinité de petits bruits partiels. Notez que tout cela se passait au sein du nuage, qui ne laissa échapper sa charge de grêle qu’à une demi-lieue au delà du point où se trouvait l’observateur.
Un autre météorologiste, M. Colladon, est venu à son tour apporter à l’Académie les résultats de ses observations sur deux orages de grêle qui se sont produits en Suisse et dans le sud-est de la France le 7 et le 8 juillet 1875. L’auteur a complété et contrôlé ce qu’il a vu de ses yeux, à l’aide des descriptions publiées dans les journaux, des relations de ses correspondants personnels et des rapports officiels destinés à constater l’importance des dégâts. Ces deux orages ont été marqués par des séries d’éclairs muets, de formes très capricieuses, qui se succédaient sans interruption, surtout dans l’orage du 7. D’après les renseignements recueillis par M. Colladon, les grandes nuées électrisées d’où s’échappe parfois la grêle ne sont pas un seul corps conducteur chargé d’électricité. Elles ne forment pas non plus, comme l’avait supposé Yolta, deux couches placées l’une au-dessus de l’autre à une assez grande distance, et se renvoyant de haut en bas et de bas en haut les grêlons comme les plateaux métalliques se renvoient les balles de moelle de sureau dans l’expérience de la danse des pantins. Toutefois la théorie que propose M. Colladon se rapproche beaucoup plus de celle de Yolta que de celle de M. Faye. Selon cet observateur, les groupes orageux se composent d’un grand nombre de centres électriques distincts, assez rapprochés les uns des autres, et pouvant être assemblés diversement. Cette constitution complexe de la masse nuageuse où se forme la grêle est rendue visible par les formes capricieuses des éclairs qui sillonnent tantôt une partie, tantôt une autre de sa surface, et qui dessinent des lignes sinueuses, ou des courbes ouvertes ou même fermées, ou encore des arabesques, ou qui, d’autres fois, se divisent en plusieurs branches. Ces divers éclairs, dit M. Colladon, se montrent dans toutes les parties, mais surtout dans la partie moyenne d’un ensemble de nuages élevés « que des lueurs incessantes semblent parcourir d’une manière discontinue, chaque éclair étant composé de plusieurs lueurs successives ».
C’est entre les foyers électriques multiples dont se compose la nuée orageuse que les grêlons sortiraient ballottés par l’effet de leur énorme tension positive ou négative, et qu’ils s’envelopperaient alternativement d’aiguilles de glace, de grains de grésil et de gouttes d’eau glacée. M. Colladon suppose que la vitesse de leurs oscillations doit se ralentir à mesure que leur volume augmente ; ce qui rend assez bien compte de F épaisseur croissante, du centre à la circonférence, des couches superposées qui enveloppent le noyau central. « En outre, on peut concevoir, ajoute fauteur, que pendant que les grêlons sont ainsi suspendus au sein des nuages et fortement électrisés, plusieurs d’entre eux, pourvus de protubérances, doivent prendre un mouvement gyratoire, comme le feraient des tourniquets électriques; ils grossissent plus rapidement dans le sens du rayon de rotation, et doivent finalement acquérir la forme de grêlons plats et réguliers, comme ceux qui sont tombés en grand nombre le 7 juillet. »
Enfin M. Planté, dans plusieurs notes présentées à l’Académie des sciences en
PHENOMENES DE L’AIR 179
1875 et 1876, s’est appuyé sur des expériences de laboratoire pour affirmer que la cause génératrice de la grêle est surtout l’électricité, qui, par son accumulation dans les nuages et la puissance instantanée de ses décharges, détermine la formation subite et la chute des globules de glace. Les vents, les tourbillons , l’abaissement de la température ont sans doute aussi leur part dans le phénomène; mais cette part, selon M. Planté, est secondaire, ou plutôt préparatoire, car elle consiste seulement à placer dans des conditions convenables les éléments sur lesquels l’électricité doit exercer son action.