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LES TROMBES

Les orages, avec leurs traits de feu et leurs projectiles de glace, sont assurément un terrible fléau; mais l’électricité atmosphérique se manifeste quelquefois par un phénomène plus effrayant et plus étrange encore. Je veux parler des trombes.

D’après Peltier, qui les a particulièrement étudiés, ces météores, heureusement assez rares, n’ont rien de commun avec les tourbillons de vent produits par les courants qui se rencontrent. Ils sont dus exclusivement à une tension électrique extraordinaire des nuages, et c’est cette tension qui engendre, suivant le lieu où elle se forme, selon l’état de l’atmosphère ambiante, les perturbations secondaires qu’on a prises à tort pour les causes du phénomène principal. C’est cette tension du nuage qui le fait allonger verticalement et descendre vers la terre, où son influence développe et attire l’électricité de nom contraire; c’est à cette tension qu’il faut attribuer les actions attractives ou répulsives si irrésistibles que la trombe exerce sur les objets placés à la surface du sol ou sur les eaux de l’Océan.

MM. Becquerel, dans leurs Éléments de physique terrestre et de météorologie, définissent les trombes : « des amas de vapeurs épaisses, animées souvent d’un mouvement rapide de rotation et de translation, ayant la plupart du temps la forme d’un cône dont la base est dirigée le plus souvent vers les nuages, le sommet vers la terre, et quelquefois dans une position inverse. Ces amas font entendre un bruit assez semblable à celui d’une charrette courant sur un chemin rocailleux.

« Ces météores déracinent les arbres, les dépouillent de leurs feuilles, les foudroient, les élèvent et les transportent à de grandes distances. Ils renversent les maisons, enlèvent leur toiture, les carreaux et même les pavés, détruisent ou brisent tout ce qui se trouve sur leur passage; souvent ils déversent la pluie et la grêle; souvent aussi ils sont accompagnés de globes de feu, lancent des éclairs, font entendre le bruit du tonnerre, et se dissipent assee ordinairement après. »

Heureusement les trombes peuvent se former au-dessus de l’Océan, parcourir de grandes distances et se dissiper sans avoir rencontré un navire. Mais sur terre

PHÉNOMÈNES DE L’AIR

elles signalent toujours leur passage par des désastres, et laissent derrière elles le sol jonché de débris, et quelquefois, hélas! de cadavres. Leurs effets, même lorsqu’ils ne sont pas meurtriers, ont toujours ce caractère d’irrésistible violence qui frappe de terreur l’homme et les animaux; ils étonnent aussi, comme ceux de la foudre, par leur bizarrerie, et l’on conçoit que les peuples ignorants, toujours enclins à personnifier les forces de la nature, aient vu, dans ces énormes serpents noirs vomis par les nuées orageuses, des monstres infernaux ou des divinités malfaisantes.

C’est dans la zone des calmes équatoriaux que les trombes marines sont le plus fréquentes. Elles s’engendrent là dans des amas de nuages orageux qui constituent le cloud-ring. Les trombes terrestres se montrent aussi de temps en temps sous les latitudes chaudes et tempérées. Elles paraissent être très rares dans le voisinage des pôles.

La France a été visitée, depuis un demi-siècle, par un certain nombre de trombes, dont quelques-unes resteront tristement célèbres dans nos annales météorologiques.

M. Becquerel cite comme une des plus terribles celle qui se manifesta à Châtenay, canton d’Écouen (Seine-et-Oise) , et qui ravagea une partie de cette commune, le 18 juin 1839.

Il est peu de personnes qui n’aient lu jadis dans les journaux le lamentable récit de la catastrophe qui, en 1845, dévasta les villages de Monville et de Malaunay, en Normandie. Des maisons furent incendiées; une usine importante fut détruite, et un grand nombre de malheureux ouvriers furent ensevelis sous ses décombres.

Plus récemment, le 18 juin 1863, une trombe a parcouru et ravagé plusieurs communes des environs de Loudun.

A la suite d’une journée très chaude, un orage éclatait, vers six heures du soir, sur l’arrondissement dont cette ville est le chef- lieu. Presque aussitôt une trombe se forma au-dessus de la plaine d’Angliers, à droite de l’orage, dont elle suivit parallèlement la marche. « Elle ressemblait, dit la relation publiée par le Journal de la Vienne, à un serpent gigantesque ou bien à une colonne torse, dont les ondulations étaient dues probablement au mouvement gyratoire dont le météore était animé. Elle franchit d’abord la distance qui sépare Angliers de la Roehe- Rigault, et atteignit à ce dernier point toute sa puissance. En passant du plateau de la Roche-Rigault dans la petite vallée de la Rivière, entre Maulay et Chaunay, elle éprouva un affaissement soudain. Les nombreux spectateurs qui, du haut des collines de Maulay, suivaient sa marche avec une anxiété fiévreuse, crurent alors qu’elle s’était évanouie; mais ils la virent bientôt, avec une inexprimable terreur, se relever semblable à un immense jet de fumée, passer à quelques centaines de mètres de l’endroit où ils se trouvaient, enlever et renverser tout ce qui s’offrait sur son passage, puis rester quelques instants comme immobile, pour reprendre ensuite sa marche vers le bourg de Ceaux, où elle exerça ses derniers ravages. »

La question de la nattire et du mode de génération des trombes, que les météorologistes avaient laissé dormir pendant plusieurs années, a été récemment remise

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