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CHAPITRE XVI Conclusion

Plusieurs années se sont écoulées. Léon, revenu de France après avoir terminé son service, s'est marié avec M1,e Ladouceur et, son beau-frère ayant quitté Bon-Espoir, il a pris la suite de son bail.

M. et Mme Lafleur, aidés des conseils de M. Rolland, toujours aimable et bon, ont maintenu La Sapinière dans un état satisfaisant de prospérité.

Quant aux familles Girard et Carpentier, elles ont remboursé entièrement M. Paterson ; puis elles ont acheté la moitié nord de sa section dont le paiement se règle en trois années.

Cinq paroisses françaises grandissent présentement dans la région de la rivière à la Perche, et, comme généralement dans les colonies françaises de l'Ouest canadien, la natalité y est beaucoup plus forte qu'en France ; aussi leur développement est-il rapide et leur avenir assuré.

Ce soir, pour fêter le dixième anniversaire de leur arrivée, M. et Mme Girard ont réuni autour d'eux leurs enfants et leur bienfaiteur. Quel joli spectacle que celui de ces familles unies et heureuses ! de tous ces bambins à l'œil vif: François et Geneviève sont entourés de neveux et de nièces, sans compter les enfants des fils Carpentier tous mariés à cette heure. Comme cette scène respire une paix sereine, une honnête gaieté !

— Eh bien! demande à la fin du repas M. Rolland, en seriez-vous à ce point si vous étiez resté en France et regrettez-vous d'être venu dans l'Ouest canadien ?

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— Non certes! En France, avec le petit capital dont je disposais, je serais resté locataire ou très petit cultivateur, sans grande chance d'améliorer ma position. Voilà dix ans que je suis ici et je possède une ferme de cent soixante acres, bien montée, qui sert actuellement à mon fils à gagner sa vie, tout en constituant pour moi, en cas de nécessité, une retraite sérieuse. Mes deux enfants sont bien établis. De plus, je suis avec mon associé à la tête d'une grande ferme de culture et tout me fait espérer que l'année prochaine nous en serons complètement propriétaires. Cependant, à part les époques enfiévrées des semences, récoltes et battages, le travail est bien moins pénible qu'en France.

Pour mes enfants, c'est V aisance qui vient ; pour moi, elle est venue, et fort largement.

Peu de contrées offrent, au même degré que le nôtre, au colon français, s'il est laborieux, sobre et économe, aussi grande chance de réussite.

Quant à moi, je rends grâce à la Providence d'avoir conduit mes pas sur cette terre bénie. Puisse notre patrie bien-aimée voir prospérer ici un grand nombre de ses enfants ! Puisse, sur ce sol d'Amérique, une forte race de loyaux Canadiens, fils de la France, lui apporter, dans les luttes complexes de la vie mondiale, l'appui précieux de leur inaltérable affection !

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