GÉOGRAPHIE MILITAIRE DE LAISNE
quête de César, Reims avait cherché son point dappui du côté de la Méditerranée et non du côté de la mer du Nord. Quand les tribus gauloises eurent à délibérer, au w siècle, si mieux valait subir la conquête et se rallier à Rome ou bien s'unir à la Germanie, c'est à Reims que fut prononcé le fameux discours de A. Publius Cerealis, rapporté par Tacite, qui les décida à mettre bas les armes et à se transformer de Gaulois en Romains.
Et c'est aussi à Reims que, trois siècles plus tard, la civilisation du Midi absorba, pour ainsi dire, une seconde fois, la conquête venue du Nord, quand les Francs, — éternels ennemis des Germains, — après avoir battu les Aiamans à Tolbiac, résolurent de s'allier pour toujours aux Gallo-Romains et de fonder, tous ensemble, la nouvelle Rome, la Rome du Nord, c'est-à-dire la France. Le symbole de ce grand fait, c'est le baptême de Clovis par saint Rémi à Reims.
Franchissons les siècles, c'est à Reims que Jeanne d'Arc conduit Charles "VII pour consacrer le salut de la France. Ne croyez pas que la brave fille ne comprit pas exactement le grand problème stratégique et politique qu'elle résolvait ainsi. Elle savait qu'en luttant contre le duc de Bourgogne, elle luttait contre la conquête du Nord, qu'elle sauvait et une seconde fois, la France claire et lumineuse, déjà tirée par elle du péril à Orléans : avec l'ennemi éternel, elle ne voulait entendre parler de paix que dans la victoire. Les fauteurs de trêves provisoires, les « pacifistes », les trembleurs lui étaient odieux, et c'est ce quelle écrit, en propres termes, à ses chers amis, les bourgeois de Reims dans une lettre d'une simplicité magnifique et qui est un de plus beaux
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documents de notre histoire parce qu'il exprime, mieux cent fois qu'aucun autre exposé didactique ne peut le faire, la mission profonde et providentielle de toute cette région :
6 août (429.
Mes chers et bons amis, les bons et loyaux François de la Cité de Reims.
Jehannc la Pucelle vous fait assavoir de ses nouvelles et vous prie et vous requiert que vous u'ajiez nul doute au sujet de la bonne querelle qu'elle mène pour le sang royal. Et je vous promets et certifie que je ne vous abandonnerai point tant que je vivrai.
Vrai est que le Roy a fait trêves au duc de Bourgogne quinze jours durant, sous condition qu'il lui doive rendre la ville de Paris sans combat avant quinze jours. Partant, ne vous étonne/, pas si je n'y entre pas si brièvement. Car de ces trêves, je ne suis point contente et ne sais si je les tiendrai ; mais si je les tiens, ce sera seulement pour garder l'honneur du Roy.
Aussi ils ne feront pas honte au sang royal ; car je maintiendrai et tiendrai l'armée royale bien unie et toute prête à la fin desdits quinze jours, s'ils ne font pas la paix.
Four ce, chers amis, ne vous tourmentez point tant que je vivrai. Cependant faites bon guet et bonne garde en votre bonne cité de Reims et s'il y a des traîtres faites-le moi savoir, je vous les ôterai. Donnez-moi de vos nouvelles ; je vous commande à Dieu.
Et la magnifique souscription toute militaire :
Ecrit ce vendredi, sixième jour d'août, emprès Provins, en un logis aux champs sur le chemin de Paris.
Reims, est ainsi consacrée : c'est à Reims que sont couronnés les rois de France ; c'est à Reims que le miracle se renouvelle à chaque changement de règne; c'est à Reims que la Sainte Ampoule descend du Ciel; c'est près de Reims, à Corbeny, que
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les écrouelles sont guéries. Reims devient le palladium de la patrie française.
Voici, de nouveau, les heures tristes, les heures de 1 invasion venant du Nord et venant de l'Est. C'est autour de Reims que Napoléon concentre la campagne qui protège à la fois le Nord et l'Est, la campagne de France.
Et, en 1870. c'est prés de Reims, dans les faubourgs de Reims, au château de Courcelle, que se tient le conseil de guerre, présidé par Napoléon III, qui décide d'abandonner la défense de l'.Aisne et qui porte en avant la dernière armée de la France impériale, pour se faire écraser à Sedan .
N'est-il pas permis de reconnaître, dans Reims, l'e.xpresaion suprême, sinon de la vie française, du moins de la défense française. Et, comme pour affirmer et souligner, dans la joie et dans la beauté, ce caractère si net, cette démarcation si franche qui s'établit, ici, face à l'Est, je n'ajouterai qu'un mot : n'est-ce pas de Reims que la gaieté française se répand sur le monde dans le clair rayon du vin de Champagne •? N'est-ce pas au-dessus de Reims que s'élevait ce miracle de Beauté qu'une jalousie odieuse et la barbarie déflnitive ont détruite : la cathédrale DE Reims!
Reims est notre Boulevard.
Reims a toujours été notre espoir.
La cathédrale de Reims est notre Parthénon !