‹ L'Aisne pendant la Grande GuerreChapitre 8 sur 31 · I GEOGRAPHIE MILITAIRE DE L AISNE V · texte numérisé non relu

I GEOGRAPHIE MILITAIRE DE L AISNE V

pas, d'après des listes dûment enregistrées et selon une volonté compassée et pédantesque, les vieillards, les femmes, les enfants. Aujourd'hui, la barbarie scientifique, pire tfue celle des barbares simples, se livre à des excès que nul siècle n'a connus. Elle accumule contre elle de terribles vengeances. Dieu ne désertera pas sa propre cause. Son bras est levé : « Souviens-toi du vase de Soissons ! m

Laon est l'autre métropole. Je viens de dire la beauté singulière du pays laonnois. La ville, grimpée sur une haute colline, domine, à l'infini, la terre plate, garnie de céréales et de champs de betteraves, 'alonnée d'avenues de peupliers jusqu'aux Flandres. Du haut des remparts qui contournent la colline on a souvent, au loin, le mirage ou l'hallucination de la mer. Laon fut, à diverses reprises, la ressource suprême de nos rois. Quand il n'y avait plus de France, il y avait encore Laon. Le dernier des Carlovingiens fut un roi de Laon.

Aussi la colline, fière et pleine de latitude pour Dieu, n'avait d'autre pensée que de s'offrir à lui et de lui rendre, en quelque sorte, ce qu'il avait fait pour elle. De ses carrières, elle tirait, sans cesse, les pierres qui s'élevaient les unes au-dessus des autres, et elle essayait de superposer une colline de beauté et de prières à la colline de Dieu. Ainsi s'éleva un monument magnifique, rival, par sa puissance et sa sobriété, des monuments égyptiens : la cathédrale de Laon. Ces tout petits bourgeois d'une toute petite bourgade firent ainsi, à force de foi, de privations et de persévérance, une œuvre humaine définitive. Quand la fièche aiguë couronnait l'une des tours du portail, elle atteignait juste la hauteur de la colline elle-même : la gratitude était ainsi l'égale de la foi.

On raconte que, pour élever si haut les pierres de taille énormes qui forment le couronnement de l'édifice, les machines ne suffirent pas. Alors, avec une énergie indicible, les bourgeois de Laon se mirent à l'œuvre et ils construisirent, tout autour de leur colline, un plan incliné qui s'élevait par plusieurs spirales jusqu'à la terrasse des tours ; et les pierres furent traînées par les bœufs jusque-là. La tête des bœufs est sculptée en gargouilles à la terrasse supérieure des tours en souvenir de ce beau miracle de persévérance et de volonté.

Soissons est sur l'Aisne. Laon est projeté en avant sur le front nord du massif; Reims est en arrière sur le front sud du même massif, à l'abri dans le bassin d'une petite rivière secondaire, affluent de l'Aisne, la Vesle.

Il n'est cité que je préfère à Reims ;

C'est l'ornement et l'honneur de la France :

Ainsi s'exptime notre La Fontaine qui, fils du pays, en goûtait et en exprimait si justement et si naïvement le charme.

Il faudrait un volume pour rappeler toutes les grandeurs et toutes les gloires de Reims.

Résumons-les d'un mot : Reims a toujours représenté le point précis où la civilisation du Midi s'est défendue contre les invasions, soit venant de l'Est, soit venant du Nord ; Reims, c'est, par excellence, le « boulevard » et la « marche » contre l'invasion. Reims est le nœud et le cœur : la France antigermanique a son boulevard là.

Remontons aux origines : Reims, par un instinct extraordinairement juste de son peuple commerçant, a toujours été l'alliée de Rome. Même avant la con-

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