L'URNE
du temps que je n'étais qu'une argile informe, dans la colline, sous les ruisseaux , la main du potier me tira de ma nuit d'érebe pour me faire contempler la lumière dorée du soleil — maintenant , je suis une urne aux flancs bruns et luisants , et l'on peut me confier les olives l'huile, la pourpre , les parfums , et la cendre divine des morts.
Gabriel de Lautrec.
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Fantasmagorie par H. Gentil.
Le Gérant : J. DES GACHONS.
Imprimerie Girard, 8, rue Jacquier, à Paris.
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Très seule, en son manoir haut perché sur les roches, d'où elle voit , déchirée par des blocs de granit, couler l'Isère glauque, entre des rives frangées d'herbes maigres, au pied de monts sourcilleux, remparts énormes crénelés sur le bleu du ciel , la dame blanche de Salins pense â son bienaimé qui, depuis des années, guerroie en Palestine pour la conquête du Sépulcre d'où s'échappa, le troisième jour, le Rédempteur.
A son bien-aimé, l'accort et varllant chevalier Bérold, qui, sur son écu échancré à l'allemande, a peint la dame de carnation,, vêtue d'argent, au champ d'azur.
En son manoir aux quatre tours rondes, coiffées de toits aigus, d'ardoises violettes, papelonnées, et que domine, élancée et svelte, la flèche ajourée du clocher.
Au sommet de l'escarpement de roches, cendrées, striées de rouge, brochées de lierres verts, constellées de bouquets de saxifrages, margées à leurs arêtes de
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mousses velouteuses, et çà et là trouées de goulets par où jaillissent des sources.
Depuis des années , car elle vit en recluse, captive volontaire, entre son chapelain dom Felmase , son petit page Odoard , sa chambrière Émérentiane. Captive, elle vit avec eux, n'ayant jamais franchi le seuil, entre les courtines, le pont levis jeté sur la douve, depuis que, blonde épousée de seize ans, elle fut amenée en ce castel par l'époux qui la devait laisser veuve, avant de l'avoir faite femme.
Veuve, et bien triste, hélas! ne connaissant rien de la vie, sinon les caresses de sa douce mère , et les glorieuses fêtes embaumées du parfum des fleurs et de la fumée de l'encens.
Elle erre dans les salles armoriées, de sa chambre de retrait jonchée de branches vertes, tendue de haute lice, aux solives noircies, au réfectoire hérissé de bois de cerfs, de massacres d'aurochs, de crânes de bouquetins, et à la chapelle silencieuse,
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où les verrières ne laissent pénétrer qu'une lumière furtive.
Et ses journées se passent, lentement, — si lentement! — à filer au rouet en écoutant les menus propos de la chambrière, les homélies du chapelain, et les soupirs, qui disent plus que les paroles, du petit page, mélancolique et timide.
Or aux premiers jours de mai , un matin que le soleil s'élance radieux dans un ciel couleur de turquoise, la dame blanche de Salins casse le fil roulant entre ses doigts, jette le fuseau , repousse le rouet.
Elle interrompt l'homélie, insoucieuse du scandale, impose silence à la chambrière, sourit au petit page.
— Çà, dit-elle, quittant sa cathédre sculptée, et rajustant son surcot d'hermine, je veux sortir !
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Et de l'effarement de ses familiers elle sourit, très résolue à faire une fois enfin sa volonté, tandis que son époux guerroie, outre-mer, contre le Sarrasin.
Alors elle se pare des plus beaux atours entassés dans ses coffres : de sa longue jupe de tabis cramoisi violet constellé de quintefeuilles d'or; d'un surcot de drap d'argent, criblé de pierreries. Un voile retenu par un diadème flotte en plis légers sur ses blonds cheveux tressés avec des fils de perle.
Deux archers, l'arbalète sur l'épaule, et deux pertuisaniers, l'esponton au poing la précèdent.
A sa droite, est le révérend, majestueux sous le froc; à sa gauche, la chambrière, glorieuse en sa mante d'écarlate; et le petit page soutient sur son bras replié l'ample traîne étoffée et soyeuse.
Et des serviteurs ferment la marche, portant le parasol, la chaise, l'éventail, et tous les menus objets qu'il faut à une dame
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résolue de braver, à l'ombre des arbres fraîchement feuillus, les ardeurs du soleil de mai.
Le pont-levis, grinçant sur ses chaînes s'abaisse, la herse est relevée, les vigies se postent dans les guettes, et la dame blanche de Salins "s'en va, le long du chemin, bordé de hêtres et de chênes, jusqu'à la prairie qui dévale, en pente, là-bas, du plateau jusqu'à la grève du torrent.
La prairie, d'un beau vert clair, étincelant et tendre, brodée de boutons d'or, de marguerites, de clochettes, de myriades de fleurs délicatement jolies, et dont la plus humble est mieux vêtue que le roi Salomon dans toute sa gloire.
Ces fleurs, si jolies, et cette herbe si fraîche sont foulées par quelques pauvres gens, par beaucoup de pauvres gens, qui, le dos courbé, les arrachent par poignées et les dévorent.
Un peu étonnée, et voyant que ces misérables s'agenouillent à sa vue :
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— Que font-ils? demande la dame de Salins.
— Ils ont faim , répond le chapelain , et ils mangent.
— Ils mangent? mais la nourriture de l'homme, c'est le pain, et l'herbe ne croît que pour les bêtes !
— Ils n'ont pas de pain , et c'est aux bètes qu'ils disputent leur nourriture.
La dame blanche de Salins ressentit une profonde humiliation d'apparaître, vêtue d'or et de soie comme une Bienheureuse du Paradis, à ces pauvres qui paissaient comme pécores et vaches en un pâturage.
Elle eut honte et se mit à pleurer. A pleurer à chaudes larmes sur l'inégal partage des biens de ce triste monde. Et elle alla vers ces indigents que le respect de sa présence empêchait de se rassasier.
— Mes sujets, dit-elle, quittez ce pré , où les fleurs gâtent l'herbe. Venez-vous en devant le manoir de mon seigneur qui est
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le vôtre. Je fais vœu que, durant le mois de mai de tout an à venir, chaque jour, il sera distribué cent livres de pain aux pauvres de ce pays.
Ainsi fut fait, dès le matin même , et l'an d'après, et longtemps encore, chaque aurore du beau mois de mai vit les corbeilles de pain, alignées au long de la douve, et les chemineaux, les vassaux, les tristes hères, défilant devant ces corbeilles, et recevant le pain, généreusement partagé par le chapelain , la chambrière et le petit page.
Le haut baron guerroie toujours en Terre- Sainte. Les années se sont écoulées, nombreuses. Des fils d'argent s'enroulent aux torsades blondes sous l'escophion de la dame blanche de Salins.
Et chaque année au point du jour,
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durant le joli mois de mai, tous les cher-, cheurs de pain ont leur content, à la porte du manoir. Et quand les cent livres de pain ne suffisent pas, on apporte d'autres corbeilles.
Mais un jour que la châtelaine, pour la seconde fois depuis tant d'années, franchit le pont-levis, non plus brillante de parure, au contraire enveloppée de voiles de deuil, et les cheveux blancs sous le bonnet de veuve, les mendiants poussent de cruelles clameurs.
— Elle insulte à notre indigence... La dentelle de sa cornette vaut plus que le pain qu'elle nous jette, pour nous abaisser!... Et pourquoi ne vivrions-nous que de farine et d'eau, gueux que nous sommes?
Et, de toutes parts, les pains et les morceaux de pain que la charité de la dame blanche a servis entre ces mains ingrates, volent sur elle, la frappent, la blessent, la *a tuent...
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Ainsi le premier martyr fut lapidé à coups de pierres!...
Car il y a aussi de mauvais pauvres, Charles Buet.
FLEU%oâMYE
J'ai bu tout le printemps sur la fleur de ton rire; Arômes des lilas, haleines des œillets, C'est un parterre de parfums que je cueillais Avec mes lèvres , dans notre odorant délire.
Le floral souvenir que mon âme respire Évoque les jardins lumineux des juillets OU je vois les éclosions que j'effeuillais Refleurir à nouveau les rives de l'empire.
Et, des senteurs et des fraîcheurs et des clartés, Dans une explosion de rêves enchantés, Tu renais , incarnée en corolles trémières.
Réalisant, divinisant, éternisant
La chair des royaux lys et des roses premières ,
Ton être est un bouquet de joie éblouissant.
George Vanor.
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