‹ L'Album des légendesChapitre 64 sur 86 · RÊVE AUX ÉTOILES · texte numérisé non relu

RÊVE AUX ÉTOILES

A mon cher maître E. GRASSET

Comme je passais près de la prairie,

Ne pensant à rien — mais rêvant un peu —

Je vis rôder par la lande fleurie

Un rayon d'étoile — un beau rayon bleu.

Il allait, filtrant au travers des branches,

Se glissant sous bois, frôlant le gazon,

Jetant dans la nuit une floraison

Fantasque de lueurs et de'clartés blanches.

Où t'en vas tu donc égarer tes pas Au travers de tant et de tant de lieues? O joli rayon, regard des nuits bleues, Quelle étoile d'or t'envoie ici bas?

Pourquoi quitte-tu les cieux de lumière ? Est-ce pour aller emmi les clairières

268 L'Album

Boire la rosée au cœur des bruyères

Te griser de thyms et de serpolets?

Ou bien t'en vas-tu dans le cimetière

Errer doucement sur la blanche pierre

Où Ton voit le soir danser les follets?

Et le rayon m'a dit : « Non ! je suis une fée. »

Il ajouta tout bas — « mais tu n'en diras rien. »

Et la douce chanson de sa voix étouffée

Montait comme un léger murmure aérien!

« Par les soirs de printemps et par les soirs d'été ,

Tandis que je descends, furtive et solitaire

Acccomplir ici-bas mon œuvre de mystère,

Frissonne dans la nuit mon manteau de clarté 1

Infatigablement je sillonne l'espace.

Si doucement je vais que l'on ne m'entend pas,

Tout le monde m'ignore, et pourtant quand je passe,

Les fleurs et les oiseaux s'éveillent sous mes pas!

C'est moi qui chaque soir vais semer la pervenche

Et jeter la rosée au fond des bois ombreux.

J'ouvre de mes doigts fins chaque corolle blanche ,

J'étoile d'une fleur le bout de chaque branche,

Dans le sentier par où s'en vont les amoureux!

Et je fleuris aussi les cœurs. — Si le poète

Qui pleure amèrement son doux rêve envolé

Sent tressaillir son cœur, et relève la tète,

Et sans savoir comment se trouve consolé ,

C'est que mon aile blanche en passant l'a frôlé !

2jo L'Album

Partout où dans la nuit j'entends une prière

Ou des sanglots, j'accours! De mes doigts de lumière

Je jette un rayon rose au fond des cœurs meurtris

Et je sèche les pleurs des pauvres yeux flétris;

Et dans la nuit profonde, autour de moi s'élève

Comme un parfum très doux de jeunesse et d'espoir,

Qui fait ouvrir les fleurs, qui fait fleurir le rêve,

Et chanter les baisers dans la brise du soir!

Toujours, toujours, je vais... je vais... de grève en grève,

Et j'entends, tout le long de mon chemin béni,

Un cantique d'amour monter dans l'infini ! »

Et le rayon, glissant tout à coup dans l'espace, N'est plus à l'horizon qu'un tout petit point blanc, Qui tremblotte, se meurt, renaît... et puis s'efface... Étincelle d'amour qui flamboie et qui passe Comme une vision dans un rêve troublant...

Paul Berthon.

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