SAINT-ROCH DES AULNAIES
Montmagny, le 9 septembre 1782. Monseigneur Plessis, un ami de la famille, confia le jeune Charles-François, à Messire Raimbault, curé de l'Ange-Gardien, chez qui il termina ses études : il fut tonsuré le 7 octobre 1801, et fut nommé précepteur d'histoire et de mathématiques aux enfants du gouverneur Robert-Shore Milnes. Ordonné prêtre, le 21 septembre 1805, chez son protecteur Messire Raimbault, il devint curé de Sainte-Anne en 1815, et jeta, en 1827, les fondements du collége. Par le sacrifice de toute sa fortune, l'aide de ses paroissiens et les dons généreux de quelques amis de l'éducation, il réussit, après deux ans, à le mettre en état de recevoir des élèves. Messire Painchaud réunissait, aux charmes d’une éloquenceentrainante, des connaissances variées et étendues, un grand fond de gaîté et une urbanité de manières, qui le faisait choyer des salons. On conserve religieusement au collège lalettre autographe qu’il reçut du vicomte deChâteaubriand (1).
Ce prêtre dévoué expira le 9 février 1838, à Sainte-Anne, dont il avait été le curé depuis vingt-trois ans. Il fut enterré, d’après son désir, dans son île chérie, l'Ile aux Grues, comté de Montmagny, la même île qui donna le jour au regretté prélat, Monseigneur l'Archevèque G. Baillargeon. Sur sa
(1) M. DE CHATEAUBRIAND À M, C.-F. PAINCHAUD. Paris, le 29 avril 1827.
Si la date de votre lettre est exacte, monsieur, ce n’est qu'après pius d’un an que cette lettre me serait parvenue: je n’ai done pu avoir l’honneur de vous répondre plus tôt. Je ne mérite point sans doute, monsieur, les louanges que vous voulez bien me donner ; mais croyez que je suis infiniment plus touché des éloges d'un pauvre curé du Canada, que je ne le serais des applaudissements d’un prince de l'Eglise. Je vous félicite, monsieur, de vivre au milieu des bois : la prière qui monte du désert est plus puissante que celle qui s'élève du milieu des hommes ; toute pour le ciel, elle n’est inspirée, ni par les intérêts, ni par les chagrins de la terre ; elle tire sa force de sa pureté,
Désormais, monsieur, les tempètes politiques ne me jetteraientsuraucunrivage; jo ne chercherais pas à leur dérober quelques vieux jours qui ne vaudraient pas le soin que je prendrais de les mettre à l'abri: à mon âge, il faut mourir pour le tombeau le plus voisin, ufin de s'épargner la lassitude d'un long voyage. J'aurais pourtant bien du plaisir à visiter les forêts que j’ai parcourues dans ma jeunesee, et à recevoir votre hospitalité.
Agréez, monsieur, je vous prie, avec mes remerciements, l'assurance de ma considération très-distinguée.