‹ L'album du touriste [microforme]Chapitre 110 sur 140 · INSCRIPTION SUR LA TOMBE DE M. PAINCHAUD À L’ISLE-AUX-GRUES · texte numérisé non relu

INSCRIPTION SUR LA TOMBE DE M. PAINCHAUD À L’ISLE-AUX-GRUES

Oui, dors, frère chéri, tendre ami de l’enfance, Dans ces paisibles lieux aimés de l’innocence,

Et que tu n’oubliais jamais, Ministre de l’autel, son ombre te protégo; De ta tombs, jamais une main sacrilége,

Ici ne troublera la paix.

Ile qu’il aimait tant ! solitude champôtre,

Où le sort plaça son berceau ; Il voulut que tes bords, qui jadis l’ont va naître,

Fussent aussi son tombeau.

Mais toi qui fus toujours le but de sa pensée,

Œuvre qu’il vit couronnée, Collége de Sainte-Anne, asile intéressant, Fruits de ses longs travaux, où noble monument! Votre Cher Fondateur, vous a donné pour gage Sa vie, son repos, tous ses biens sans partage. Heureux celui qui peut, à son dernier moment, Léguer à son pays un si bel ornement.

Objet de tous ses soins, jeunesse canadienne, Si jamaisle destin dans ce lieu vous amène, Pour votre bienfaiteur, priez et répétez

Requiem œternam dona ei, Domine.

Jos. PAINCHAUD, M. D.

Capt. A. PAINCHAUD.

el DeGuise, qui a un superbe verger dans les environs, récolte de magnifiques pommes. Si le temps le permettait, j'irais saluer mon ancien confrère, le seigneur de Sainte-Anne. Ce n'est plus és le gaillard enfant de la Bazoche, des gais salons de la capitale, ïe que je rencontrais naguère; mais un grave conseiller légis- FN latif, digérant, au fond de son manoir, les 1077 clauses du Code t Municipal. Courage, mon ami, si vous maîtrisez ce colosse, gi. vous aurez bien mérité de la patrie! Filons vers la Rivièresu Ouelle.

0 collcge !

eur eu,

Déjà je ne vois plus que ton superbe dôme son Voici que nous entrons bientôt dans saint-Pacôme, Nous sommes arrivés—Près de la station

Nous passons un cours d’eau digne d'attention.

Se C7 Miurinuminnneannandinns CORTETETTE CTLTEE TETE LI TES © C’est la Rivière-Ouelle aux replis sinueux ; des L Son cours à l'embouchure est grand, majestueux. a s du VIE.

nte.

aire La Rivière-Ouelle,—Ses Marsouins,—Son Manoir,—Ses Anciens Curés.

Rivière-Ouelle, oh ! viens ! terre du souvenir ! Viens, l'aimable conteur est l’enfant de ta rive. Tu te taisais encore, il a crié qui vive...

Et soudain l'ex voto, s’animant à sa voix,

Lui raconte un miracle inédit d'autrefois...

Puis de rouges guerriers, apparaît une troupe, Ayant une jongleuse au milieu de leur groupe,

Et puis Madame Ouclle avec son tendre enfant... Leurs cadavres scalpés... puis les démons hurlant. Maintenant sans tarder, il faut qu’on mentionne

Le fier Marsouin qui là, près de ces bords, foisonne : Dix louis par tête, hum ! c’est un fort beau poisson |

—(La Grand-Tronciade.) —« Savez-vous bien, me disait un jour un grave personnage du sénat d'Ottawa, que le diable, ou un grand saint, est passé chez nous en raquette et que, pour y perpétuer ses traces dans le roc, il a choisi une saison où il n’y avait pas de neige ? — «Que dites-vous là, lui répliquai-je ? J'ai oui dire que nos députés, une fois à Ottawa, étaient exposés à bien des jongleries et diableries, mais quant à la présence d’un saint ou du diable en raquette dans le voisinage des chambres, si

cela s'est dit, ça s’est jamais vu, C'est là une figure de langage, je présume, que vous employez pour m'intimer les dangers que courent les pieux membres de l'opposition ; et que le diable, sous l'habit d’un ministre fédéral, circule constamment parmi ces agneaux tanquam leo rugiens, quærens quem devoret ;

—(Tas d'histoires que tout cela, me dit-il! Je vous répète, moi, bel et bien que le diable où un grand saint a passé, non à Ottawa, mais à la pointe de la Rivière-Ouelle, en raquettes ;—que vous pouvez, quand vous voudrez, venir voir ses (1) pistes profondément empreintes dans le granit du rivage. »

Je lui promis d'aller voir et j'ai vu : mais les mystérieuses empreintes requerrent une solution que les géologues seuls pourront donner.

La Rivière-Ouelle est le pays par excellence du marsouin, Est-ce que le diable en passant en raquettes, a jeté un sort sur ces blanches cétacées, et qu’elles viennent débarquer loujours au même lieu par un instinct aveugle, une force occulte, surnaturelle ! Voilà encore une thèse obscure à débrouiller, peut-être aussi dangereuse à débattre à la Rivière-Ouelle, que les cas de survenants l'étaient, en 1788, à Sainte-Anne, la paroisse voisine, contre lesquels, le révérend Messire Lefebvre, le curé de Sainte-Anne, invoquait, du Grand-Vicaire Gravé, un mandement. Ce cas de survenants, qui frisait de près la magie blanche, était alors un cas réservé. Il est hors de doute qu'armé des foudres de l'Eglise, Messire Lefebvre sut bien vite mettre à la raison, même les plus endiablés.

La pêche au marsouin à cet endroit, date du commencement du dix-huitième siècle, selon les uns ; selon les autres, elle n'aurait été connue que vers le commencement de notre siècle,

(1) Cos emprointes singulières sont parfaitement distinctes, quoique l’oau de mer et la pluie les altèrent ot les effacent peu à peu. Ces pistes do raquettes sont creusées sur le flanc incliné d’un rocher que baignont les flots pendant los grands vents et los hautes marées, On voyait encore, il y a quelques années, sur le même rocher, l’empreinto très-visible de la partie antérieure do doux pieds, ainsi que les extrémités de deux mains, disposées à pou près comme los traces que laisserait sur le sable un homme appuyé sur ses mains et sur sos

pieds. Mais aujourd’hui les pistes de raquettes sont soules visibles.—(L'abbé H. R. CASGRAIN).

et les Français confondaient les marsouins avec les dauphins, La Rivière-Ouelle est une ancienne et belle paroisse : féconde en souvenirs, en hommes distingués : avocats, marchands, prêtres, évêques, littérateurs, ministres, etc.

Feu M. Baby y a construit une de ces superbes jetées, si utiles aux vapeurs et aux touristes qui fréquentent ces parages.

L'on sait que la paroisse a pris son nom d'un ancien contrôleur général des salines en Brouage : M. Ouel ou Houel, Un de nos littérateurs, abbé EE, R. Casgrain, dont l'enfance entière s'est passée au vieux manoir de son père, l'honorable C, E. Casgrain, à la Rivière-Ouelle, a trouvé dans un incident tragique de la famille de M. Houel, un canevas pour une de ses légendes, la Jongleuse en langue indienne, Matehi Skucou.

La Riviére-Ouelle, la Pointe-aux-lroquois, sont, n'en doutons pas, des sites historiques et légendaires à la fois. Il me sierait fort de choisir l'antique manoir des Casgrain (1), à la Rivière-Ouelle, pour un t\pe, en ces notes prises à vol d'oiseau, mais M. l'abbé Casgrain a peint—-dans l'historique manoir des Laterrière, aux Eboulements,un croquis sicomplet, si beau, que je crois devoir le considérer comme manoir-type, dans nos paroisses du bas du fleuve. La Rivière-Ouelle, en 1808 et pendant plusieurs années subséquentes, avait pour pasteur Messire Bernard-Claude Panet, plus tard évêque du diocèse

(1) ‘“ Le manoir do fou l'honorable Charles-Eusèbo Casgrain, habité aujourd'hui par sa veuve, est une des plus anciennes résidences seigneuriales de la Côte-du-Sud. La partie centrale fut bâtie, il y a plus d’un sièele, par un richo commerçant de l'endroit, M. Florence.

‘“ En 1800, M. Porreault, qui avait acquis la soignourie, fit ralonger le manoir par les doux oxtrémités, l’embellit d’un portique, et d’une espèce de balcon, de forme hexagonale, appelé vide-bouteille, qui sortait du toit au-dessus et en arrièro du portique. Deux petites tourelles, qui n’existent plus aujourd'hui, s'élevaient do chaque côté du manoir, et servaient l’une de bibliothèque à M. Perrault, et l'autre, de boudoir, à Madame Perrault,

‘ Cette propriété fut achetée, en 1827 par M. Casgrain, dont le pèro était devenu possesseur de la seigneurie de la Rivière-Ouelle depuis 1815.

‘ Co vieux manoir, aux formes basses et allongées, au toit raide, percé de fenêtres irrégulières, rappelle uno époque qui est déjà loin de nous. Ajoutez, de chaque côté du portique, deux petits partorres de fleurs, fermés par une palissade; à quelques pas en avant sur la berge de la rivière, un quai, entouré d’une rampe, et qui sert de promenade dans les beaux jours; encadrez le manoir dans la verdure des grands arbres du verger, et vous aurez uno idée du genre d’habi-

tation et de confort dont aimaient à s’entourer, les Canadiens de la génération passée.”

de Québec sous le titre d'évêque de Salde. Je crois aussi avoir lu quelques parts que plusieurs vieux prêtres y fixèrent leur séjour. |

Dans ses commencements, la paroisse fut sans doute desservie par le même missionnaire que les localités comprises entre la Rivière-du-Sud et la Grande-Anse.

QI y avait,» dit le Rév. Messire Paradis, «dès 1685, un missionnaire chargé spécialement de toute cette partie de la côte du Sud comprise entre Saint-Thomas et la Grande-Anse, car on trouve à la Rivière-Ouelle un registre paraphé pour les baptèmes, mariages et sépultures des missions établies depuis la Rivière du Sud jusqu'à la Grande-Anse, y compris l'Isle-aux- Grues.

«C'élaient les prêtres du Séminaire des Missions Etrangères, ou bien les chanoines de la Cathédrale qui faisaient ces missions. Le missionnaire, partant de Québec, parcourait successivement toutes les missions depuis Saint-Thomas, et, arrivé à la Rivière-Ouelle, il dressait les actes de baptêmes, etc., qu'il avait faits en ces diverses missions. Ainsi, on trouve dans les registres conservés à la Rivière-Ouelle, des baptêmes faits au Cap Saint-lgnace, à la Rivière Saint-Jean de la Grande- Anse. Je remarque, entre autre, en 1685, le baptème de Marie -Magdeleine Pelletier et de Magdeleine Migneau, de la Rivière Saint-Jean de la Grande-Anse..............,,.....,.......

«En 1686, il y avait un prêtre résident à la Rivière-Ouelle ; c'était le frère Nicolas Cadard, auquel succéda, en 1686, un autre père récollet, le frère Emmanuel Jumeau.

«Ces bons pères étaient aussi chargésde la Grande-Anse ou de Sainte-Anne. En 1690,jrésidait à la Rivière-Ouelle M. Pierre de Francheville, qui fut remplacé, l'année suivante, par M. Bernard de Requeleyne : ce dernier demeura chargé des missions de Notre-Dame de Liesse et de la Grande-Anse jusqu’en 1715, époque où un prêtre commença à résider à Sainte- Anne et cessa de résider à la Rivière-Ouelle. A cette époque, la paroisse de Sainte-Anne commença donc à payer la dette contractée envers Notre-Dame de Liesse. C’est ainsi que l'on voit MM. Nicolas-Joseph Chasle et Sauvenier-de-Coppin desservir les deux places. Ce dernier, dans un acte fait à la Ri-

vière-Ouelle, prend le titre de Missionnaire de Liesse et curé de Suinte- Anne et de ses dépendances (1).

La paroisse voisine de la Rivière-Ouelle, sur le fleuve, est la jeune paroisse Saint-Denis de la Bouteillerie, démembrée, il y a quelque vingt-cinq ans, de Kamouraska et delaRivière- Ouelle. Saint-Denis est la résidence d'un ministre fédéral, l'hon. JT. CG. Chapais, fameux par ses luttes électorales avec l’hon. L. Letellier de Saint-Just.

Pauvre jeune paroisse Saint-Denis, au milieu de l'averse torrentielle qui nous tenait, ce jour, encloués prisonniers dans l'intérieur des chars, et les stores fermés, tu nous semblais bien pâle, bien monotone !

Pour bannir notre affreux ennui, l'entière Bibliothèque des chenuns de fer n’eûùt pas suffi. Dans un char de seconde classe et où l'on fume, les amateurs de la nicotiane, avaient formé un groupe bruyant : là, s'exhalaient librement leurs noirs pensers en longues spirales de fumée. Nous rejoignimes un instant ce groupe, où brillaient des figures amies et quelques lettrés des villes que nous ne connaissions pas. L'on y débattait plusieurs questions assez scabreuses, bien que fort pratiques pour la jeunesse.

Il s'agissait de savoir quel était le plus sùr moyen pour un littérateur de faire son chemin en Canada. On émit bien des idées hétérodoxes.

Pour changer le sujet dela conversation, autant que pour tuer le temps, je leur dis : «Mes amis, puisque vous aimez tant à discuter, faites-moi le plaisir de m'expliquer ceque l’on entend par un éreintement géométrique. Ma question tomba au milieu de ces gaillards, comme une bombe prussienne, C'était à qui ne se prononcerait pas. Un des plus jeunes, qui avait remporté, l’année précédente, le second prix de mathématiques, se hasarda à suggérer que ce pourrait bien être le problème d'Euclide que l’on nomme Pons asinorum.—« C'est le calcul différentiel, » s’éeria, un autre.—« Les asymptotes, » ajouta uu troisième, C'était à n’en plus finir.

(1) Notes historiques eur les anciens curés de la paroisse Sainte-Anne de Lapocatière, 1869.

« Vous en êtes à cent lieues, » leur dis-je. Je vais vous raconter ce que j'entends par l’éreintement géométrique :

Il y avait dans une certaine ville, que je ne vous nommerai pas, une revendeuse célèbre par son esprit caustique. Elle avait la langue si effilée, si acerbe, que de mémoire d'homme, personne par l'invective n'avait pu la réduire à quia. Elle se nommait par contraste «La mère Tout-doux, » et trafiquait sur les pommes, les pipes, bâtons de crème, cannes, elc.

Passe, un jour, un avocat avec un confrère.

—Je parierai avec vous, un souper aux huîtres, lui dit le confrère, que tout beau parleur que vous êtes, vous n'êtes pas de force à réduire au silence, par vos discours, la mère Toutdoux.

—Soit, dit-il, et il s'avança lestement vers la table de la mégère.

—Combien pour ce gourdin, « Vieille diablésse, » dit-il ?

—Mon nom est « Lamoureux » pour vous obéir. Ça n’est pas un gourdin, mais une canne. Je demande trente sols ; c'est pour rien !

—Diantre, dit-il, trente sols pour une canne qui vous en a coûté huit. Vous n'êtes done qu’un escroc ?

—Au diable, vous et vos huit sols ! Est-ce que vous prétendez que je vole le publie ?

—Oui, vous n'êtes qu’un escroc ; je vous lance le mot à la figure.

—Tenez, filez votre chemin, hâbleur de taverne !

—Parlez un peu plus poliment, vieille diagonale, dit-il !

—Bridez-vous la langue, chien malengueulé que vous êtes, répliqua-t-elle, ou je vous ferez décamper plus vite que vous n'êtes venu !

—Ne vous fâchez pas, la mère, vous êtes un vil rayon ; la colère vous gâte le teint.

—Nom d’un diable! si vous répétez ce mot-là, je vous tannerai la peau, marmiton d'enfer, bien que j'aurais à me salir les mains !

—0Oh, mes amis, quelle noire colère agite la mère Toutdoux. Je proteste en ma qualité de gentilhomme...

—Vous, gentilhomme, mais, c’est plaisant, visage de porte-

manteau, figure de singe ! Est-ce que l'on ne voit pas, dès que vous ouvrez la bouche, que vous n'êtes qu'un rustre, un nouveau déballé !

—Doucement, doucement, répliqua-t-il, avec un sang-froid imperturbable, ce choix d'expressions finira par vous étrangler, parallélogramme, gonflée de whisky !

—(Que m'appelez-vous, relorqua-t-elle, avec des éclats de tonnerre dans la voix, vil assassin, piquée qu'elle était jusqu'au vif ?

—Je vous appelle parallélogramme ; ni juge, ni jury, n’y trouverait un hibelle.

—Grands dieux! saints du paradis! traiter une femme décente et respectable comme moi, de parabellogramme à sa face. Je ne suis pas une parabellogramme, gibier de potence que vous êtes, lâche, grincheux, lèche-assiette !

—Oh ! mais c’est par trop plaisant, la mère. Je suppose que vous allez également nier que vous avez gardé un hypoténuse dans votre maison ?

—C'est un mensonge, maudit voleur, escroc sans vergogne !

—Comme si tous les voisins, la mère, ne savaient pas que non-seulement vous avez gardé un hypoténuse chez vous, mais encore deux diamètres, sous clef dans votre grenier, et même, on vous à vu, le dimanche, vous promener avec eux ; allez, vous n'êtes qu'une heptagone sans cœur.

—Saints du ciel, quel langage, pour un homme qui veut se faire passer pour messieur / Que le diable vous enlève et vous confonde au fond des enfers, vous et votre carcasse damnée !

—Ah ! vous ne désavouez pas l'accusation, triste multiple d'une raison arithmétique !

—Après ces odieuses paroles, s’écria-t-elle, courez vite vous rincer la bouche à la rivière, suppot de Belzebuth !

—kRincez-vous la bouche vous-même, vieille polygone débauchée ; allez chez le diable, intersection vicieuse d'une superficie blasée !

—Insolent, astrologue, vendeur de plomb, si vous continuez de m'abreuver ainsi d’invectives, je... je... je... cours chercher la police ! ! :... et elle tomba sur le carreau suffoquée de rage.

—Allons manger les huîtres, dit, le confrère—le terrible

jeune avocat se nommait Daniel O’Connell. Maintenant, vous savez ce que l’on entend par l'éreintement géométrique, n'est-ce pas ?

Un jeune littérateur, jadis de Sainte-Anne la Pocatière, maintenant de Québec, le Dr. Chs. DeGuise, s’est chargé de décrire ce fameux Cap dit Saint-Denis, «Le Cap au Diable, » en y plaçant le dénouement de son intéressant roman. Le désastre arrivé à la pauvre canadienne, Madame Saint-Aubin, naufragée à cet endroit en 1755, dans le Boomerang, ainsi que l'aventureuse destinée de sa fille Hermine Saint-Aubin, sont des incidents si bien racontés que nos lecteurs désireront les lire, dans le roman même.

Kamouraska.—Le Petit Cap.—Souvenirs de jeunesse.—La Charliboyade,

Tite là, sur les bords du fleuve glorieux,

Règne Kamouraska, la reine de ces lieux,

Sur sa Côte-à-Paincourt trônant brillante ct fière,

De ses nombreux îlots et de sa mine altière.

Chaque été, dans ces lieux, on voit maint citadin Chercher un air plus pur, un zéphyr plus salin.

Puis c’est un tour sur l’eau, puis c’est un pique-nique. À l'Ile à la Corneille ou dans la Martinique ;

Et trois mois au touriste ont paru comme un jour, Tant est pur ce beau ciel! tant est doux ce séjour!

Lecteurs, êtes-vous jamais allés à Brighton, à Biarritz, à Boulogne-sur-mer ?

—Non.

—Ni moi.

—En ce cas, ne vous scandalisez pas, je vous en prie, si j'ose vous soutenir que, pour les bains de mer, Kamouraska est infiniment préférable à ces séjours si vantés du vieux monde. Je ne vous cacherai pas non plus que, depuis l’engouement de nos millionnaires pour Cacouna et la Malbaie, Kamouraska n’ait subi une quasi-éclipse ; mais, à l'instar de

| bien d’autres éclipses, ce n’est que la disparition temporaire d'un astre radieux. La bonne société de l’ancienne capitale y reviendra, tenez-le vous pour dit! Que de visages encore frais, et dont les yeux, lançant quelques-uns de leurs éclairs d'autrefois, s’illuminent comme à leur printemps quand on Jeur parle de Kamouraska, le glorieux Kamouraska de leur jeunesse !

de.

ne.

Franchissons les cinq milles de distance, à travers la montagne escarpée qui nous cache le fleuve entre Saint-Paschal et le grand village de Saint-Louis de Kamouraska.

Bel endroït, Saint-Paschal, par sa croupe onduleuse,

Ses côteaux, ses vallons, sa route sinueuse !

C’est lu Suisse ou l'Auvergne avec leurs gais chalets, Leurs monts, leurs près en pente et leurs jardins coquets, Et pourtant le touriste, à travers ce village,

Passe sans s'arrêter et descend au rivage.

Que ferons-nous d'abord? Irons-nous voir le début, sur le banc judiciaire, du jeune et habile juge (1) que l'Exécutif, dans sa clémence, vient d'octroyer aux Kamouraskaiens ? Irons-nous saluer les hommes de robe, nos amis de l'endroit, causer politique, littérature, agriculture, avec les législateurs et notabilités de toute espèce du lieu ? Ceci serait fort dars nos goûts, pendant les jours sombres de l'automne, mais, comme les dernières ardeurs du temps sec (2), de la canicule, se font encore sentir, nous descendrons nous désopiler la rate dans une des fraîches grottes du rivage, avec ces bouffées de fourire, que la Charliboyade du notaire Martin ne manque jamais de provoquer ; la Charliboyade, dont bien des passages rappel-

lent le Lutrin de Boileau, est un poème héroï-comique qui fait honneur à notre littérature.

Illustre Charlibois, aux fastes de notre âge Inscrivons ta valeur et ton rare courage!

Le mérite toujours a ses admirateurs,

Et la gloire partout couronne les grands cœurs!

(1) En ce moment notre confrère au barreau de Québec, N. Casault, écuyer, résignait son mandat de député et une lucrative clientèle, pour prendre sa place au banc des juges de la cour supérieure.

(2) VARIATIONS SUR LA SECHERESSE, (Monorimes.) Il fait sec, il fait trop sec, Le chef de gare du Pec, Chacun a ce mot au bec: Tous se plaignent du temps sec,

Il fait sec, il fait trop sec.

Les blonds froments de Lubeck,

Les bois vierges de Québec,

Les vallons de Caudebec,

Les polders croupis d’'Utrecht,

Tout souffre de ce temps sec.

Dans son minaret le cheik,

Qui vous dit : Salamalec,

Le turfste dans son breack, L’Anglais mangeant son rumsteack,

Tous disent: Le sol est sec Comme un lot de vieux varech, Comme un philosophe grec, Comme une ville en échec, Comme un jour sans copeck, Comme le cœur d’Amalec, Comme l’archal d’un rébec, Comme le rasoir d’Heindreck.

Que deviendrons-nous avec Un temps qui reste aussi sec ?

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