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MALBAIE

Tel est le Saguenay esquissé pour le touriste ; il se pré-

sente (out autrement, sous son aspect historique, agricole et utilitaire.

La Malbaie.—La Pointe au Pic.—Le Cap à l'Aigle.Le lac Gravel.

Les rivages à pie descendent à la mer,

Leurs sommets, rafraichis par un zéphir amer, Portent tout un fouiilis de grands bois ou d'arbustes ; Lentisques, châtaigniers, pins verts, chênes augustes La uature a sculpté, le long du vieux granit,

Une corniche étroite où jase plus d'un nid,

Le vent, d'un arbre à l’autre, y berce la liane; L'iris y germe auprès de la valérinne.

La mer brisant au bas, le son des fluts chanteurs Arrive par moments jusques à ces hauteurs,

Le vif scintillement des ondes radieuses,

En été, frappe l'œil à traver: les yeuses,

Et l’on peut voir au loin, dans lo cristal qui dort, Des îles et des caps trembler les reflets d'or.

—AUTRAN: Les poëmes de la mer,

De toutes les pittoresques paroisses, sur le littoral de notre grand fleuve, où vont s'abattre, chaque été, nos innombrables essaims de touristes, pour prendre les eaux, nulle plus que la Malbaie ne sauraitintéresser Fmant des paysages srandioses. C'est à la Malbaie qu'il faut aller, pour jouir de l'âpre, de la grande nature, des larges horizons. Ce ne sont plus les beaux champs de blé de Kamouraska, les coquets et verdoyants côleaux de Cacouna où de Rimouski, où le langonreux cit va retremper ses forces pendant la canicule ; c'est une nature sauvage, indomptée, des points de vue encore plus majestuenx que ceux que présentent les côtes et les murailles du Bic.

Précipice sur précipice : gorges impénétrables dans la saillie des rochers ; pies quise perdent dans la vue, où grimpe, en juillet l'ours noir en quête de bluets ; où broute, en septembre, le raribou ; où le solitaire corbeau, l'aigle royale vont faire leurs nids en mai; bref, des paysages alpestres, les impratiquables highlands de V'Ecosse, une nature byronienne, tourmente, entassée dans le nord, loin des sentiers de l'homme civilisé, dans le voisinage de certain volcan, qui de temps à autre se réveille, secoue les environs de manière à causer de piquantes

surprises, mais sans danger aucun pour les romanesques habitants.

Selon les uns, pour jouir en toute plénitude de ces austères beautés, il faut être à une époque privilégiée de la vie. Si donc vous voulez savourer à grands traits la rèveuse solitude des plages, des grottes, des grands bois de la Pointe au Pie ou du Cap à l'Aigle, ou capturer par centaines les fretillantes truites du lointain lac Gravel, il faut avoir bon œil, bras nerveux, jambe souple ; posséder les roses illusions de la jeunesse, «l'age des longs espoirs où tout chante en dedans de nous.» Vous pouvez toujours, avant, pendant el mème aprés la lune de miel, séjourner sans danger, sur

RD III ET DIE III ces rivages,

{! Où ie cristal des eaux reflète un ciel si pur,

! Où la terre embaumnée abonde en ficurs sauvages,

Vivre à deux, dans cette ombre et dan. cette lumière ;

Fouler à deux la sauge etle thym du côteau ;

Se bâtir, au penchant de l’inculte bruyère,

Une demeure, un nid, soit palais, soit chaumière, Qu'importe, en lieu si beau !

Et là, des mois entiers, se donner à l’extase; Dans ie bleu sans limite à loisir voyager ;

Voir l'aube qui vous rit en soulevant sa gaze :

Voir, au soleil couchant, sur la mer qui s'embrase, Les Iles d'Or nager;

Humer à pleins poumons cet air qui réconforte, Qui rend une jeunesse au cœur du défaillant ;

Vivre des fruits du sol, dr butin que rapporte Le pêcheur familier—qu il jette à votre porte Encor tout frétillant ;

S’abriter, à midi, dans l’antre basultique | Qu'ombrage la liane accrochée aux palmiers ;

Leniisques, aloës, colonie exotique!

S’asseoir auprès de vous, rêver du iorde antique

Et des amours premiers!

F Conduire l'adorée à l’umbre des grands chônes, Se coucher dans îes fleurs, le front sur ses genoux ; | '} Croire que tout finit anx montagnes prochaines, k | Que le monde n’est plus, que la vie et ses chaînes | | N'existent plus pour nous.

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