‹ L'album du touriste [microforme]Chapitre 128 sur 140 · MALBAIE · texte numérisé non relu

MALBAIE

mieux conditionnée ; mais le chantre de la mer, Autran, fourni une autre recette pour l'âge mûr.

ds ra6 son ose dd il est doux d’errer sur un rivage,

De suivre, le matin, la lisière des bois,

Et d'écouter longtemps la musique sauvage Des vagues et des pins qui chantent à la fois :

De contempler, du bord, ie calme et la tourmente, Et, promeneur perdu dont nul ne se souvient, De voir, sur une mer orageuse ou dormante,

La voile du vaisseau qui part ou qui revient ;

De n’avoir pour amis que les divins poêtes Qui vous chantent tout bas leurs vers mélodieux,

Et pour enivrements, et pour uniques fêtes,

Que les songes dorés qui descendent des cieux!

Tenons-nous à cette dernière,

La Malbaie fut ainsi nommée par Samuel de Champlain, lorsqu'il y passa en 1608, après avoir quitté Tadousae, le 30 juin de celte année, La rivière, qui assèche au loin parmi les sables, y reçut le nom de Rivière Platte.

Un ancien Ulre, l'acte d'achat (D), qui réunit ce territoire au domaine de ia couronne, le 29 octobre 172%, le décrit comme suit: «la terre, fief el seigneurie de la Malbate, consistantprimilivementenviron, en six lieues de front, sur quatre de profondeur, joignant d'un côté à l'ouest aux terres des ferniers du Roy vulgairement appelés les fermes de Tadousae, et ensemble avee les moulins à scies et à blé,» Les propriéaires d'aiors, M, Thierry Hazeur, prêtre, et M. Hazeur Deorme, aussi prêtre et chanoine de Paris, rendirent le tout au roi de France, moyennant une somme de 20,000 livres. La Malbaie avat été anciennement concédée par lPintendant Talon, le 7 novembre 1672, au sieur de Comporté.

Celte vaste étendue de terre fut, plus tard, savoir, le 27 avril 1762, concédée de nouveau par là couronne britannique en deux concessions du mème jour, par l'entremise du général James Murray (2) : la partie est, Mount Murray (3), au sieur

(1) “L’avons nommée la rivière Platt u Malle Bave, d'autant traver d'icelle, la marée y court merveilleusement, et bien qu'il fa calme, elle « toujours tort émue,.”"—- Voyage de Cham plai tome 1V, p. 154,

(2) Concession vonfirmée le 23 mai 1815,

@) Mount Murray conti toute cette étendue de terre, sur | ve nord du

fleuve Saint-Laurent, à partir du côté nord de la rivière Malbaie, Noire, sur trois lieues de profondeur, avec foi et hommage et au paiement d'u éeu d’or de la valeur de dix chelins par forme de reconnaissance.

| hi | |

Malcolm Fraser ; la partie ouest, où Murray Bay, au sieur John Nairn, tous deux officiers distingues des Highlanders. La rivière Platte, qui alors prit le nom de rivière Murray, laquelle coujait au centre, servit de borne naturelle aux deux seigneurs, aux deux voisins. À l'ouest du manoir Nairn, le sol tourmenté semble dans ses convulsions avoir pris des formes inusitées. H s'élève en mouticules où mamelons ; le caprice prétend y voir des tombeaux indiens. Est-ce encore là des traces de Ja graude convulsion de 1663?

C'est à cetle époque que se rapporte l'établissement à la Malbaie, des ancèices de plusieurs nombreuses families, maintenant toutes françaises de langage et de mœvurs, et portaat des noms écossais, les Harvev, les Warren, les MeXeil, les Blackburn. L'auglitication s'est fait sentir chez eux, à rebours.

La Malbaie ne parait pas avoir joué un rôle bien marquant pendant le siége de 1759, bien qu'il y eùl une descente. D'après une entrée dans le Journal de M. James Thompson, déjà cité, et plus tard employé au bureaa du génie, il paraitrait que la Malbaie fut choisie en 1776 comme lieu de détcotion des prisonniers américaius. M. Thompson fit alors ériger un corps de logis convenable pour ces messieurs ; les prisonniers y travaillérent eux-mêmes.

Le site était près du manoir du colonel Naïen. On assure qu'il en existe encore aujourd'hui des restes, près du manoir de Madame Nairn.

Les prisonniers trouvèrent moven de s'évader en traversant dans des bateaux plats à Kamouraska ; mais Les Canadiens de la côte ramenèrent tous ces prisonniers à Québec, el furent récompensés pour ce serviée rendu aux autorilés et au gouvernemenl.

Les étrangers paraissent presque prendre posses on, de la Malbaie, à l'exclusion des indigénes, tant que dure Ja belle saison. Au siècle prochain, les touristes parleront des anciens habitants, des descendants des Highlanders de Fraser, comme d'une race éteinte, dont les savants teuteront peut-être de tracer la complexe généalogie, —perdue dans la nuit des

@) Extrait du /owrnal de M. J. Thompson, publié dans la brochure intitulée “The Sword of Brigadier General Montyomery.

ee ES

MALBAIE. 359 in temps,—à celle des Pictes ou des Lapons. {n’y aura qu'un a re rejeton qui fleurira vivace jusqu'à la fin des siècles : la tribu QU- des charretiers, race démoralisée, par ses exactions et sa soif bo, homérique pour les spiritueux.

At Qui sait, si, au siècle prochain, quelque savant en villégiaru ture à la Malbiae, ne tentera pas de leur appliquer la théorie dy de Darwin sur F «Origine des races » ; el d'expliquer scientifide | quement une ancienne tradition, selon laquelle, le premier charrelier de la côte nord, serait issu d’une Laponne et d'un Ml: marsouin, au Lemps d'Eric le Boux, monarque en renom parmi “at | ces peunlades ?

aitiés Mais on prétend que ceci se serait passé sur la côte sud, au tin. Cap au Diable, et on en expliquerait le nom. Toutefois, en disant que les touristes semblent avoir exelu quant les aborigènes de la Malbaie, eeci ne doit s'entendre que de la D'a- Pointe au Pic; car le village proprement dit, autour de déjà l'église, près du pont et Le long de la rivière Murray, en { que L gagnant | intérieur, est fort vopuleux. des La Malbaie renferme quatre où cinq grands hôtels, capables Sul de contenir 600 à 700 louristes. D'abord l'hôtel renommé de Hière madame Duaberger ; celui de Mme. Micheletli ; ceux des Warren et de quelques autres ; avec palais de Justice, prison, Lite une belle église catholique ; uue chapelle anglicane, un juge aûoit résideet, Fhoo. juze Henri-Elzéar Taschereau ; ua shérif, un greftier, deux médecins.

neo Uae petite colonie d'avocats et de négociants de Montréal et do 4 de Québec s'est établie à Ja Malbaie depuis einq à six ans : rent le premier cottage à l'ouest du quai est celui de M, W. HE. Kerr. aoU- M. Lamb, M. Gibb, M. Heoshaw, M. MeLimont, M. D. C. je Thomson, madame Vannovous et une multitude d'autres perde ds sonnes, se sont bâti de charmantes résidences d'été à cel bail endroit, M. Thomson posséde à lui seul un village de collages ûtis coquets, occupés : par lhon. Alex, Morris, d'Ottawa, par M. LaSET Champion, le Dr. Sewell, M. Bonner, de New-York, et autres. être Le lac Gravel dont l'accès est si laborieux, le petit, le dits grand lac, les Chütes, les parties de chaloupes, les piques-

niques ; voilà la source de jouissances quotidiennes pour les tulée touristes.

Les Eboulements.—Le Seigneur Laterrière.—Un manoir Canadien.—Les

droits seigneuriaux.—Les féserves du Olergé.

‘€ Colligile fragmenta, ne péreant. ”

Bien haut sur la crête des Laurentides, vieilles comme le monde, le touriste aperçoit au nord, en abordant au quai des Eboulements, une jolie église, l'église paroissiale, A un mille à l'oucst, entouré Ge jardins, de rivières, de parcs, s'élève le massif et historique manoir de Sales, dont le respeelé seigneur, «dans son carosse antique, orné des armoiries de famille, trainé par une blanche haquenée rappellent les temps d'autrefois, le siècle de Louis XIV, » vous dit Fabbé Casgrain.

Est-ce là Ja féodalité ? mais nous en avons eu en Canada qu'une pâle copie. A propos de ce manoir-lype, voici la paraphrase que je trouve en mon Journal.

Chaque jour voit disparaitre quelque lambeau de notre passé. Ce qu'une génération, un parlement mème avait regardé comme un dépôt sacré, inviolable, la génération suivante en fera des gorges chaudes ; le parlement suivant, Panéantira d'un trait de plume Ainsi s'est envolé le régime des selgneuries, tout sauvegardé qu'il fat par l'antiquité des siècles, à l'est du Canada ; ainsi s’est dissipé, sous l'haleine des grits haut-canadiens, comme une fumée, le système des Héserves du Clergé, à l'ouest.

«Le lemps sera où nos neveux, les yeux anxieusement fixés sur un passé obscur, seront à se demander ee que pouvaient

être ces incroyables droits et priviléges du seigneur, ces mYystérieuses Réserves du Clergé, qui préoccupèrent st puissamment leurs illustres ancêtres. Bisn que contemporains, nous même,

des débats que ces: questions brülantes ont suscités, nous fümes longtemps avant de pouvoir saisir, dans toute leur r'éalité, Ja plénitude de ces droits seigneuriaux ; et une des plus piquantes explications des Réserves du Clergé anglican, nous fut fournie par le spirituel bibliothécaire et ehapelain de T'ancienne éhambre d'assemblée, le révd. D" Adamson, maintenant décédé,

«J'assistai un jour, » racontait le révérend Docteur, çà un

Page 1