Tenez-vous bon
20. Le soleil s’est levé et le Clyde de 1970 passant à toute vapeur dans le voisignage où jadis était la Baie, découvre à sa place un vaste trou de huit cent mille lieues de diamètre.
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Saint-Joachim.—Le Château Bellevue.—La salle de Liesse.—Le Pactole.— La Chapelle des Hirondeiles.— Le Cabaret.—Une fète d'amis.
« Saint-Joachim est située au pied du Cap Tourmente, dans une prairie très-fertile, borné au nord par une rangée de montagnes escarpées, à l’ouest par la rivière Sainte-Anne, et au sud par le fleuve Saint-Laurent. Plusieurs ruisseaux, qui descendent des montagnes, en formant de jolies cascades, arrosent ces belles prairies, au millieu desquelles ils serpentent et entretiennent une douce fraîcheur. On distingue, entre les autres, la rivière Friponne, qui fait marcher un moulin à scies et coule entre une double rangée de beaux ormes : le ruisseau de la Petite Ferme, qui s'élargit en un élang très-poissonneux ; la rivière Marsolet, sur laquelle on voit encore un débris de pont en pierre construit par Champlain, et enfin la rivière Blondel, qui se vante d'être navigable pour les bâteaux plats jusqu’à une certaine distance de son embouchure. De vastes grèves, que la mer basse laisse à sec, sont couvertes d'une espèce de foin marin, excellente nourriture pour les animaux domestiques. La chasse y est abondante, et certaines saisons de l’année amènent dans les pèches une grande quantité d’anguilles et d'autres poissons.
«Lorsque Jacques Cartier vint, le 7 septembre 1535, mouiller entre l'Isle d'Orléans et la terre du nord, des sauvages vinrent de Saint-Joachim lui apporter de beaux melons, des anguilles et trois boisseaux de gros nul, c'est-à-dire bled-d’inde.
«L'immortel Champlain, fondateur de Quebec, avait remarqué en passant les belles grèves de Saint-Joachim, et une prairie naturelle sur les bords de la rivière Marsolet. Les difficultés qu'il éprouva et les voyages qu'il fit de tous côtés pour reconnaitre le pays, l’empêcha pendant longtemps de se livrer à l’agriculture comme il l'aurait désiré. Entin, en 1623, au mois d'août, il alla visiter lui-même avec le sieur de Caën les prairies nalurelles du Cap Tourmente. La beauté et la fertilité du lieu l'engagèrent à y former un établissement,
« Je choisis, dit-il, un lieu, où est un ruisseau et de pleine mer, où les barques et les chaloupes peuvent aborder ; auquel
joignant, il y a une prairie d'une demie lieue de long et davantage ; dé l'autre, est un bois qui va jusqu'au pied du Cap de Fourmente, lequel est diversifié de plusieurs sortes de bois, comme de chènes, ormes, frênes, bouleaux, noyers, pommiers sauvages, et forces lembruches de vignes, puis, cèdres et sapins ; le lieu du sol est fort agréable, où la chasse du gibier en sa saison, est abondante.
«1 y bâtit encore une étable de 60 pieds sur 29 de large et deux corps de logis, chacun de 18 pieds sur 15, en bois et en terre, à la façon des villages de la Normandie.
«Champlain laissa à ce poste huit personnes avec un P. Récollet pour y avoir soin des établissements de la côte et des sauvages qui fréquentaient ce lieu. Quelques années après (1628), tout fut brûlé et pillé par un envoyé de David Kertk, amiral anglais, resté à Tadousac avec sa flotte.
«En 1632, le Canada fut rendu à la France, ou plutot à la compagnie des Cents associés, qui concéda (15 janvier 1636) la côte Beaupré avec les domaines, au sieur Cheffault de la Regnardière. Ce dernier forma une société dans le but d'établir la côte, mais elle ne réussit pas et négligea entièrement la seigneurie : Mgr. Laval acheta toutes les parts les unes après les autres, ainsi que l'ile d'Orléans, qui était devenue la propriété de la même compagnie. Il commença dès lors à établir la grande ferme, et dans le même temps qu'il ouvrait à Québec, le PeriT SéminaiRe destiné a recruter le clergé, à fondait au pied du Cap Tourmente une espèce de ferme-modèle, où les jeunes gens qui paraisssaient moins propres aux études classiques, apprenaient à lire, à écrire et à chiffrer, tout en s'appliquant aux travaux de la terre et à différents métiers.
«Le zélé prélat comprenait la salutaire influence que ne manqueraient pas d'exercer, dans un nouveau pays, des pères de famille élevés dans la piété et doués d'une certaine éducation, Mgr. de St. Valier, son successeur, voulut (1685) donner plus de portée à cet établissement, et, secondé par le marquis de Denonville, qui accorda 4,000 livres, il engagea le Séminaire à donner une éducation classique à 19 jeunes gens sur 31 qu'on y élevait. M. Louis Soumande, chanoine de Québec, déjà chargé de desservir la côte depuis la Baie Saint-
Paul jusqu'au Château-Richer, en eut la direction et fut assisté par M. Denys, auquel on venait de donner la soutane.
« L'établissement détourné de sa destination primitive, ne répondit pas aux espérances qu'il avait d’abord fait concevoir. Aussi, Mgr. de Laval, étant revenu de la France en 1683, après un séjour de quatre années, chercha-t-il à les remettre sur l'ancien pied. I y rassembla un bon nombre de jeunes gens, la plupart de la campagne, pour les appliquer comme autrefois à des travaux dans lesquels ils montraientune grande dextérité, Leurs jours s'écoulaient paisiblement, partagés entre de pieux exercices, quelques études assez courtes, des travaux des champs ou’de différents métiers les plus nécessaires au pays.
« Tout-à-coup le eri de guerre vint retentir à leurs oreilles : au mois de juin 1690, on annonça qu'une flotte anglaise était en roule pour s'emparer du Canada. Jalouse de témoigner sa vigueur et son intrépidité, la jeunesse du Cap Tourmente, sollicite avec instance et obtient la permission de venir s'opposer aux ennemis de la patrie. Endurcis par les travaux, habitués à la chasse, ils aidèrent le brave M, de Saint-Denis, à empêcher les envahisseurs de débarquer sur les battures de Beauport, et dans un engagement décisif, ils s’'emparèrent de six canons, dont ils emportèrent deux à Saint-Joachim, en laissant trois à Québec et le dernier à M. de Saint-Denis (octobre 1690).
« Hâtons-nous de dire que les écoliers de Québec ne voulurent rester en arrière de ceux de Saint-Joachim, et qu'ils se qinrent au poste où les appelaient l'honneur et la patrie. Mais, moins heureux que leurs frères du Cap Tourmente, qui n’eurent pas de blessés, ils perdirent un de leurs compagnons, qui mourut le 16 novembre, des suites d'une blessure reçue au bras, en harcelant les Anglais, la veille de leur départ. Son nom était Pierre Maulils, étudiant en philosophie, âgé de 23 ans.
«Au mois de février (1691), Mgr. de Laval se retire à Saint- Joachim, pour s’y reposer des fatigues et des inquiétudes que lui avait causées celte guerre. Là, il suivit avec intérêt les travaux et les progrès de cette jeunesse, pour laquelle, il faisait tant de sacrifices. Il s'occupa, durant son séjour, de
faire construire de nouveaux logements et des bâtiments en pierre, dont on peut encore, aujourd'hui, admirer la grandeur et l’étonnante solidité,
«M. de la Potherie, qui visita le Canada vers 1700, donne la description suivante de cet établissement (tome I, p. 212) :
«Le domaine est de deux lieues ; il consiste en prairies et bois, et a une lieue de terres labourables. J'y ai vu un trèsbeau château de pierre de taille (1) de 150 pieds de long, qui a coûté 60,090 livres à bâtir. La grange et les étables sont de la même grandeur. Il paraît une muraille de 600 pieds de face sur deux d'épaisseur, qui n'est pas encore finie (2). Tous ces bâtiments sont estimés à 50,000 écus (150,000 frs.) Les pâturages y sont admirables. On y compte 250 bêtes à cornes.
«C'est là que Cartier reçut l'hommage des sauvages. L'immortel Champlain y cultiva la terre et y bâtit une maison dont on montre encore l'emplacement, Là était, il y a bientôt deux siècles et demi, l'unique ferme destinée à approvisionner Québec, qui consistait alors en deux maisons. Un peu plus loin se voient les restes du vaste établissement fondé par Mgr. de Laval et qui était en même temps une ferme-modèle et une école de tous les métiers dont on avait besoin dans le pays.
«Le château Bellevue, maison à deux étages de près de cent pieds de Jongueur et d'assez belle apparence, s'élève sur le Petit Cap, colline à peu près cireulaire, ayant un rayon d'une douzaine d'arpents, s'élevant de 150 pieds audessus des belles prairies qui l'evironnent et ceinte d'une couronne de chène, d’érables, d'ormes et d'autres grands arbres qui en couvrent toute la pente. De loin, cette colline ressemble à une île, et il est probable qu’elle le fut autrefois; de près, on la croirait entièrement couverte d'arbres, si le pavillon qui flotte
(1) C’est-à-diro, de pierres d’asses grandes dimensions et fondées avec assez de soin pour n’avoir pas besoin d’être revêtues de mortier en dehors.
(2) On ne voit plus que les fondements do cette muraille. Quant à la tradition qui va dire que ce mur avait été interrompu par ordre du Roi de France, qui craignait qu’on voulût faire une forteresse de eotte métairie, elle no parait avoir d’autré fondement que la désapprobation des directeurs du séminaire des Missions Etrangères de Paris, qui jugèrent avec raison qu’une telle dépense étoit entièrement inutile.
au-dessus des cimes les plus élevées ne faisait soupconner une habitation. »
«On monte sur cette colline à pied, par une foule de sentiers, et en voiture, par l'ombreuse avenue au nord-est ; on aperçoit d’abord, un frais et limpide ruisseau : la fontaine à Bouchard, bientôt, au front du château de plaisance, on peut lire :
Eïia age! nunc salta, non ita, musa, diu.
«À quelques cinquante pieds au sud de la maison est la chapelle dédiée à Saint-Louis de Gonzague, patron de la jeunesse. C'est une jolie petite église qui a sacristie, ses fenêtres à évantails, son clocher ; à l'intérieur, ses charmants autels, ornés de chandeliers en bronze argenté ; ses tableaux, son harmonium, et, dans les fêtes, sa parure et ses ornements d’une beauté et d’une richesse qu’on ne s'attendait pas à trouver
« Au nord du château Bellevue, et faisant pendant à la chapelle, est une maison d'une apparence modeste, mais bien chère aux écoliers depuis qu'ils en font le théâtre de leurs plus joyeux ébats; une grande salle de cette maison quiélait autrefois occupée par le billard, a été transformée par eux en un salon, aujourd'hui très-bien orné, grâce aux libéralités des visiteurs de Liesse ; c'est-là que se donnent les soirées et parfois les banquets des écoliers.
«Billard, quilles, balançoir, rien ne manque pour s'amuser : de charmantes allées, pratiquées de ce côté-ci, dans un bois d'érables et de hêtres ; de cet autre côté. dans un bois de sapins, Pèche aux gougeons dans l'étang de la Petit Ferme : à la truite, au Petit Moulin, puis après la pêche, les crépes traditionnelles ; puis quelques pommes cueillies sur un vieux pommier, à quelque distance de la rivière, entouré de mystère, et sur tequel on ne doit faire aucune question.
« Si vous avez du goût pour les grandes pêches de truiles, trente, quarante, cinquante douzaines de belles truites et une aptitude correspondante, gravissez la falaise; rendez-vous au lac Saint-Joachim, ou une cabane vous assurera le repos pour la nuit; au point du jour ou avant, vous lancerez volre canot sur le beau lac!
« Si vous êtes un amant passionné du beau, du grandiose
dans la nature, une expédition au plateau du Cap Tourmente, à près de 2000 pieds plus haut que le niveau du fleuve, ne vous laissera rien à désirer.
« Au nord, des montagnes vertes d’abord, puis bleuàtres, puis se confondant avec l'uzur du ciel. Au sud, cette longue suite de paroisses depuis Kamouraska jusqu'à Sainte-Marguerite et au delà. Au pied de la montagne, des îles devenues toutes petites, et s'élevant à peine à fleur d'eau, À l'ouest, lorsque le temps est beau, les clochers et les couvertures de Québec, qui brillent au soleil, et, plus loin encore, ces campagnes à perte de vue, Quand vous aurez promené vos regards sur toutes ces belles choses, rabaissez-les sur ce qui vous entoure ; vous jouirez a'ors, en juillet, d'un spectacle moins grand à la vérité, mais peut-être aussi agréable. Vous verrez quoi ? des bluets en telle abondance que vous pourrez vous en rassasier sans bouger,
« Puis, il y a le Petit Sault, formé par la rivière Sainte-Anne, qui, large d'à peu près un arpent, vient s'engouffrer tout entière dans un canal d'environ six pieds, pratiqué dans la pierre, pour tomber à une profondeur d'une centaine de pieds sur un rocher, retomber ensuite sur un rocher plus bas, et ainsi de suite jusqu'à une énorme profondeur, La même rivière présente, dans l’espace d'une lieue à peu près, sept autres chûtes, à la vérité moins intéressantes, mais néanmoins bien belles.
«La Petit Chûte offre encore un autre spectacle superbe. On y voit certainement moins d'eau qu'à Niagara ; il n’y passe que celle d’une pelit rivière, mais elle tombe de trois ou quatre cents pieds de hauteur ; au pied se trouve un gazon et des arbres de toute beauté, Une vieille tradition religieusement suivie, exige que les visiteurs y fassent des crèpes.»—ÆExtrait de l'Abeille.
Mille autres sites réclament l'attention des touristes :
Le Pactole, la Chapelle aux Hirondelles, le Cabaret, où une fontaine crystaline vous désallère si bien. Puis expéditions de chaloupes, dans les îles; pêches aux bars, près de l'ile Sainte-Marguerite, etc.
à UNE FÊTE D'AMIS.
s «C'était une bien radieuse matinée que celle du 5 auût 1869, k au château Bellevue, Petit Cap de Saint-Joachim. Quarante- : quatre pélerins, après avoir, à six heures et demie du malin, 4 aux mélodieux accents de l’harmonium (ouché par M, Fraser, ‘ entendu la messe dite simultanément, par le révérend messire Lahaye, et par Messire Brunet, quittaient la salle de Liesse, L N à sous la conduite d'un chef plein de vigueur et de courage, dont L la devise semblait être «Eæcelsior » gravissant la cime ardue ; du Cap Tourmente. Voici les noms de quelques uns : les Rvd. : MM. Taschereau, Lahaye, Légaré, Billion, Brunet, Richard, , Sauvageau, Hoffman, Beaudet, Langis, les ecclésiastiques Audet, Sexton, Fraser, Sanfaçon, deux futurs ecclésiastiques, ; vingt-deux écoliers et quelques invités. Franche était la gaieté et bruyants les éclats de voix du cortège, franchissant les escarpements de la voie Saint-Charles ; plus bruyants encore, / €. les échos complaisants, répétés de plusieurs points de la
falaise.
Il s'agissait de l'érection d’une croix monumentale sur la cime du Cap Tourmente. Le trajet du petit moulin au haut de la montagne, se fit sans accident, mais avec de nombreux incidents. Parmi les pélerins, les uns de taille élancée comme le Dr. E. Lemieux, marchent la tête haute, train de Express, d'autres moins ingambes s’avancent avec une sage lenteur. N'oublions pas surtout messire Brunet, l'organisateur de la fête du jour, le vaillant champion de la croix monumentale, non plus que son brave collaborateur, messire Hamel, qui ferme la marche, chargé de recueillir les infirmes et les blessés, que l'ascension ardue du pic «coiffé de nuages » semait sur la route. Vers onze heures A. M., on atteignit la cime du plateau.
Laissons parler le Journal de Québec, du 12 août 1869.
«Mardi de la semaine dernière, les élèves du Séminaire de Québec, qui ont terminé leur cours classique cn 1844, se réunissaient pour commémorer le 25e anniversaire de leur fin d'études; c'élaient ces mêmes élèves qui, en 1844, avaient planté la croix que l'on voyait encore, ces années dernières, sur le sommet du Cap Tourmente. Avant de se séparer, ils avaient pris la résolution de se réunir au bout de 25 ans et
d’ériger une nouvelle croix sur la cime. Le 5 août, plusieurs de ces confrères accompagnés d'un grand nombre de prêtres, ecclésiastiques el autres, faisaient l'ascension de la montagne pour assister à la bénédiction de la nouvelle croix. La croix fut bénite par M. le grand-vicaire Taschereau, supérieur du séminaire de Québec, puis on entonna © Crux Ave, c'était le moment le plus solennel de la cérémonie.
«Cet hymne, chanté par lant de voix, et répété par leséchos de la forêt, était bien propre à laisser, dans les cœurs, les impressions les plus profondes. A onze heures et demie, la foule silencieuse se remit en marche pour descendre la montagne, el les anciens élèves de 184% furent reçus au château Bellevue par les messieurs du Séminaire avec celte cordialité que tout le monde leur connaît. Ils furent reçus comme des enfants qui viennent revoir le toit paternel après une absence de 25 ans.
« La première croix, érigée sur le Cap Tourmente, date de 1816 à 1817, c’est-à-dire du même temps où tous les élèvespensionnaires du séminaire passaient leurs vacances à Saint- Joachim. C'était une modeste croix de bois, d’à peu près 12 pieds de hauteur.
« La seconde, comme nous l'avons dit plus haut, fut plantée en 1844 ; elle avait 24 pieds de hauteur avec une largeur de 6 pouces ; el élait couverte en fer blanc.
«Celle qui fut érigée le 5 août, a 25 pieds de hauteur, avec une largeur de 14 pouces ; ee qui permet de l'apercevoir à uue plus grande distance. Elle est recouverte en fer blane et solidement assujeltie dans un ouvrage en pierre de 8 pieds carrés, Les frais de construciion et de transport s'élèvent à près de cent piastres. Elle porte l'inscription suivante :
HOC MONUMENTUM AB ALUMNIS SEMINARII QUEBECENSIS Absoluto Studiorum Curriculo À D, MpecexLiv PRIUS ERECTUM REEDIFICARUNT SUPERSTITES
SOCERDOTES ET LAICI A. D. MDCCCLXIX.
F. Baiilargé, L. Lahaye, O. Brunet, F. Langlois, P. DeVillers, G. Lemay, B. Godbout, E. Lemieux,
P. G. Huot, J.-B. Martel.
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« Ces élèves sont maintenant : G. Frédéric Baillargé, ingénieur civil; Ovide Brunet, professeur à l'Université Laval ; Paulde Villers, curé de Sainte-Gertrude ; Bellarmin Godbout, médecin ; Pierre G. Huot, maître de Postes, Québec ; Léon Lahaye, curé de Saint-Jean Deschaillons ; François Langlois, imprimeur de la Reine ; Antoine Lemay, notaire ; Docteur E. Lemieux, professeur à l'Université Laval ; Jean-Baptiste Martel, secrétaire de la Commission du Hâvre. »
Le chef plein de vigueur et de courage qui précédait, ce 5 août 1569, les quarante-quatre pélerins, c'élait, lecteur... Sa Grandeur Mgr. l'Archevèque actuel de Québec.
LA BONNE SAINTE-ANNE.— Sainte-Anne du Nord,—Son origine, —Ses ex voto, —Messire Renvoysé,—Le Kremlin,
Salut, 6 ma blanche chapello Si douce au regard du passant, Et dont la croix d’or étincelle Aux rayons du soleil levant ; Salut, 6 chapelle sacrée, Toi que bénit le pélerin, Qui, sur ta pierre vénérée S’arrête un chapelet en main, (Trésors Poétiques.— Poésies Religieuses.)
La dévotion des pélerins a étendu au loin la renommée de Sainte-Anne du Nord qui datedu milieu du 17° siècle. En 1658, un des habitants du Petit Cap (1), nommé Etienne de Lessart, offrit à M. de Queylus, qui remplisait alors les fonctions de curé dans l'église paroissiale de Québec, une terre de deux arpents de front, et d’une lieue et demie de profondeur, située sur Sa Concession. Il ne mit d’autrecondition àcette offrande, sinon que, dans la présente année, on commencerait sans délai et que l’on continuerait ensuite de bâtir une église dans ce lieu. Cette proposition fut acceptée, le 8 mars et le 23 suivaut M. Vignal fut délégué, par M. de Queylus, pour aller bénir la place de l’église, qui fut dédiée à Sainte-Anne, en souvenir sans doute, du pélerinage de Sainte-Anne d'Auray, en Bre-
(1) Tel fut lo nom primitif de l'endroit qui fut nommé depuis Sainte-Anne du
Petit Cap. On dit aujourd’hui Sainto-Anne de Beaupré, Sainte-Anne du Nord, ou simplement la Bonne Sainte-Anne. (Pélerinago à Sainte-Anne, p. 39.)
tagne. Laissons à un « Pélerin » la douce tâche de décrire l'église et ses ex voto :
«Le beau soleil de juillet se lève sur les côtes de la Pointe- Lévis, dans une atmosphère tout. empourprée et encore moîte &e la rosée du matin. Une brise fraîche ride la surface du fleuve et agite le feuillage des branches de peupliers et d'érables dont le bateau est tout pavoisé.
«L'église est située au pied du côteau, d’où elle se détache gracieusement sur la verdure des arbres. À une couple de lieues en arrière, la grande montagne de Sainte-Anne ferme majestueusement l'horizon. Tous les abords de l'église, la roule, les champs voisins fourmillent de voitures et de pelerins :
A dix heures commença la grand'messe des pelerins, chantée par M. le grand-vicaire Taschereau, Supérieur du Séminaire. Ne venez chercher ici ni l'éclat des cérémonies, ni les raffinements de la musique moderne : tout est simple, grave, antique. Le mâle chant grégorien exécuté par des voix de prêtres ; et, à l'offertoire, un cantique chanté par un sauvage, un descendant des Hurons, M. l'abbé Vincent, diacre du diocèse de Québec. La voix mélodieuse de M, l'abbé Vincent, qu'on pourrait appeler le dernier des Hurons, avait un charme tout particulier dans cet antique et vénérable sanctuaire qui a si souvent retenti des belles et naïves voix de ses ancûtres,. On ne décrit pas les émotions qu'on éprouve dans un pareil lieu, à pareil jour ; il fant aller les v éprouver soi-même, se mèler à eelte foule, prier, chanter, pleurer, jouir avec elle, voir les larmes d'attendrissement couler des yeux, les rayons du ciel tomber en pleines figures, la grâce d'en haut,
«Après la messe, suivie de la vénération de la relique de sainte Anne, M. l'abbé Vincent et moi, nous examinons en curieux les nombreux ex-voto suspendus aux murs du vieux temple.
Au-dessus du maître-autel, qui est fort riche et d'un bean travail, on admire un tableau de sainte Anne dù au pinecau d'un des plus grande peintres français, Lebrum. C'est un présent de M. de Tracy, vice-roi de la Nouvelle-France, dont on aperçoit les armes à l’un des angles du tableau.