‹ L'album du touriste [microforme]Chapitre 17 sur 140 · LA PIERRE DANS LE MUR DU VIEUX CHATEAU · texte numérisé non relu

LA PIERRE DANS LE MUR DU VIEUX CHATEAU

Les curieux de Québec ont souvent remarqué l’ancienne date gravée sur une pierre qui se trouve aujourd’hui placée à la gauche de la porte de cour du Château Saint-Louis actuel. Le dernier chiffre de cette date est disparu et comme la pierre se délite facilement, les autres chiffres disparaitront assez promptement. Déjà on a élevé des doutes sur le chiffre qui n'existe plus et il n’est pas sans utilité de rétablir la date d’une manière authentique.

Voici ce que nous lisons dans le journal manuscrit du père de notre vénérable concitoyen, M. James Thompson, mort l’année dernière, à l’âge de 86 ans. Ce précieux journal, qui forme six volumes, est maintenant la propriété de M. James Thompson Harrower, neveu de M. Thompson.

«1784, September 17.

+ The miners at the Chateau in levelling the yard, dug up a large stone from which I have described the annexed figure,

[En cet endroit se trouve dessinée la figure de la pierre au sommet de laquel!e on voit gravée une croix de Malte et au dessous la date 1647].

‘“ 1 could wish it was discovered soon enough to lay conspicuously in the wall of the new building in order to convey to posterity the antiquity of the Château St. Louis; however, I got the masons to lay the stone in the cheek of the gate of the new building.”

M. de Montmagny, alors gouverneur de la Nouvelle-France, et chevalier de Malte, y fit graver la croix de son ordre au-dessus de la date 1647.

La pierre, qui est taillée en cône irrégulier, a environ trois pieds de hauteur sur une base d’un pied, neuf pouces. La croix de Malte est sculptée au repoussé sur un écusson en relief, Cette croix touche le côté droit de l'écusson, dont le profil, indiqué sur la gravure par une ligne de points, est sculpté en relief et est à demi effacé par le temps. Considérée dans cet ensemble, la croix parait occuper le centre du champ. La pointe et le profil de l'écu descendent entre les chiffres 6 et 4,et expliquent l’éloignement qui existe entre 16 et 47. La surface de la pierre est intacte, à l’exception de l'angle droit de la base qui, en se délitant, a enlevé le dernier chiffre. La parfaite conservation de la pierre entre le 6 et le 4 ne permet pe3 de supposer qu'un chiffre ait pu exister en cet espace déjà occupé en

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partie par la pointe de l’écu. Au reste, la date de 1647 coïncide avec l’époque du gouvernement de M. de Montmagny (1636-1648), qu’on sait avoir été chevalier de Malte.

Ce gouverneur, qui, d'après les Relations, avait fait travailler au fort de Québec dès l’année 1636, fit revêtir en pierre un des bastions en l’année 1647, comme on l'es l'inférer par le contrat suivant passé au fort Saint- Louis, le 19 octobre précédent.

Ce contrat, que nous publions d’après une copie de M. l'abbé Laverdière, se trouve aux archives de la cour de justice de Québec, greffe de Tronquet,

« Fvrenrt presens en leurs personnes Louis Robineau dit le Breton, l'oussainct Tireau dit LaGrange, tailleurs de pierre, Denis Cheuillart dit Argencourt corroyeur, dem. tous à present à Quebeq, Lesquels ont volontairement promis & promettent l’vn pour l’autre, et chacun d’eulx seul et pour le tout sans diuision ni discussion, renonceans aux benefces et exceptions desdicts, À Messieurs les habitans de la nouuelle France ce acceptant pour eulx par le sieur Jean Bourdon ingenieur & arpenteur aud. pays à ce present, revestir de murailles vn bastion qui est au bas de l'allée du Montcaluaire deppendant du fort sainct Louis de Quebeq dont vn des flancs est opposé à la porte du fort, de quatre thoises de longs fur douze pieds de haulteur sans comprendre les fondemens qui seront fcituez sur le roc, aussy auec les deux faces et l’autre flanc, qui seront construicts et reuenans auec les espoisseurs nécessaires suiuant Ja haulteur qui setrouuera en chaque lieu pour la construction dudict bastion, & fourniront de matteriaux necessaires pour la construction dudict bastion, üreront la pierre, feront la chaux et fourniront le bois pour ladicte chaux, feront aussy tirer le sable qui leur sera necessaire, et feront la maçonnerie dudict bastion bien et deument au dire d'ouvriers & gens à ce cognoissans. Ce marché faict moyennant le prix & somme de deux mil liures tz que ledit sieur Bourdon promet & s’oblige leur faire bailler et payer par lesdicts sieurss habitans Sy tost & Incontinant que ledict bastion sera paracheué, et outre prometledict sieur Bourdon pour lesdicts habitans leur faire donner vne barique de vin en faueur & consideration du present marché, et aussy iedict fieur Bourdon leur fera fournir d’outilz necessaires pour la construction dudict bastion, & leur fera faire le charroy qu’il sera de besoin tant pour la pierre, bois, que chaux & sable. Et ne pourront lesdicts Robineau, Tireau & Cheuillart entreprendre aucun ouurage sans la volonté & consentement du dict Bourdon, sy ce n’est toutesfois après le bastion faict. Car ainsy &e., p &c., obligeans &c., chacun en droit soy, Renoncans &c., Faict et passé au fort Saint-Louis de Quebeq l’an mil six cens quarante six le dix-neuuiesme

jour d'Octobre après midy es presences de Henry Bancherons dit Boutonville

et Pierre Villet, demeurans à present au dict Quebeq, tesmoings, et ont lesdicts Robineau, Tireau et Cheuillart declarez ne scauoir escrire ne signer de ce enquis. Mais ont fait leurs marques ordinaires, et lesdicts sieurs Bourdon & tesmoings signé. Robiueau Dargencourt & Tireau leurs marques, Bourdon, H. Bancherons, Millet & Tronquet »

Le dessein que nous donnons ci-après, est un fac-simile reproduit sur un fond noir, de la figure que Thompson a tracée dans son manuscrit, en parlant de la'pierre du fort Saint-Louis, qu'il a fait placer lui-mème où on la voit aujourd’hui.

En regard de cette figure, tracée en marge du manuscrit, se trouve le texte que nous avons déjà transcrit :

«1784, september 17th.

«The miners atthe Chateau in levelling the yard dug up a large stone from which I have described the annexed figure.

«I could wish it was discovered soon enough to lay conspicuously in the wall of the new building in order to convey to posterity the antiquity of th: Chateau de Saint-Louis ; however, Ï got the masons to lay the stone in the cheek of the gate now building.»

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