INCENDIE DU COUVENT DES RÉCOLLETS
La destruction par le feu de cet antique édifice est consignée tel que
suit dans le Journal inédit du Député-Commissaire Général Jas. Thomp-
i son, mort tout récemment à Québec, à un âge très-avancé. M. Thompson était fils de James Thompson, du 78e Montagnards, sous Wolfe.
«Septembre 1796.
« Les Récozrers. L'incendie qui fut la cause de la destruction de l'église et du Couvent des Récollets, ainsi que nombre de domiciles, éclata dans l’année 1796, vers la fin du mois de septembre, dans l'écurie du Juge Dunn (rue Saint-Louis), dans le cours de l'après-midi, par l’imprudence d'un petit nègre, nommé Michel, un des serviteurs du Juge. Par amusement, iltirait un petit canon dans l'écurie même : ce qui mit le feu aux ‘ourrages y contenus. En peu de temps, l'écurie fut en flammes. Etant moi-même auprès, je puis témoigner de la cause de l'incendie. Pour punition, le Juge Dunn fit mettre le petit nègre à bord d’une frégate qui était alors dans le port : au moment où le feu éclatait, il régnait un calme parfait. Mais lorsque le feu eut fait des progrès, il s’éleva une tempête furieuse, qui poussa les bardeaux de la couverture de l'écurie à une hauteur considérable, et les entraina vers le fleuve et jusqu'à la Pointe-Lévis. Je vis l’un des bardeaux se loger dans le clocher de l'Eglise des Récollets et y mettre le feu. Un des Frères y monta dans l'intention d’éteindre le feu, mais il fut obligé de retraiter : en peu de temps, le corps de l’église fut enveloppé de flammes ainsi que le couvent adjoignant. Pourtant on eut le temps de sauver les ornements de l'autel, ainsi qu'une jolie petite frégate construite par l’un des Frères, et suspendue à la voûte de l’église et de la transporter dans la cour du château Saint-Louis, et que je crois avoir été présentée ensuite aux Dames de l'Hôpital Général. L'ardeur des flammes mit le feu à une petite maison habitée alors par une famille Laurancelle et toutes celles adjoignantes jusqu'à l’encoignure des rues Saint- Louis et des Carrières, et celles vis-à-vis le jardin du Gouvernement, furent consumées où autrement détruites. Au moment où le feu éclatait, il passait un petit tambourin, retournant de pratiquer en dehors de la porte Saint-Louis. Un oflicier du 60e l'ayant apercu, lui donna ordre de battre l'alarme, auquel le petit garçon répondit «Sir, { dont know how lo beal the Fire-Drum. »
«Bientôt après, le bruit du tambour se fit entendre par toute la ville. Etant bien inquiet de voir la petite frégate, je partis à la course pour mieux échapper aux effets de l'église brülante : le co du clocher de l'église tomba tout auprès de mci—il était de la grosseur d’un mouton ordipaire. La secousse me terrassa pour le moment, mais je repris courage et
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je pus continuer ma route jusqu'à la cour du château, où s'était assemblé une foule dans le même objet. Plus tard, dans l'après-midi, je pus me faufiler à travers la foule, et j'atteignis le jardin des Récollets, où je rencontrai le Frère Louis (1) qui me fit manger des pommes cueillies sur les arbres. Le lendemain de l'incendie, je rencontrai, {près de l'endroit où est maintenant la résidence du Juge Black,) un habitant de la Pointe-Lévis, qui portait sous le bras un gros livre (un in quarlo}) bien endommagé par le feu. 11 me dit l'avoir ramassé le jour précédent à sa porte. C'était une Bible (Church Bible). Les anglicans ne possédant pas alors une église, le Père Berré leur avait cédé la sienne pour y célébrer leur culte. C'est de là qu'avait été enlevé cette Bible, par la force des flammes et du vent. L'habitant me fit part de quelques feuilles, comme il avait déjà fait part à plusieurs personnes, comme chose remarquable, Quelque temps après, je mis les feuilles sous enveloppe, à l'adresse du Ministre Toyzez, alors chapelain militaire, La frégate Pallas, capitaine Lord Cochran, qui était dans le hâvre, craignant les débris des bâtiments brûlants qui voltigeaient et tombaient autour d'elle, leva l’ancre et se laissa entrainer par la marée baissante jusqu'en bas de la ville, d'où elle remonta le lendemain.
« Le père Berré se réfugia dans une maison retirée dans la rue Saint-Louis, ayant appartenue à Monsieur François Duval, alors clerc du Marché de la Haute-Viile. Ily est mort. Je ne puis me rappeler où ses restes furent inhumés. Le Frère Louis a tenu école nombre d'années à Saint-Roch où il avait un superbe jardin de fleurs, qui lui donna un bonrevenu. Le Frère Marc (né Contant et oncle de Messire Parant, instituteur au petit Séminaire) s'établit au village de Saint-Thomas, où il pratiqua le métier d'horloger. Un troisième devint navigateur entre Québec et Montréal. II y eut un Frère Bernardin et un Frère Bernard, et peut-être quelques autres, dont j'ignore les noms et le sort,
« En terminant, je prie MM. les membres de la Sociélé Antique, de vouloir bien me faire grâce des fautes de style et de grammaire qui se seraient glissées dans le mémoire ci-haut, vû que le français n'est pas ma langue maternelle. Je dois ajouter que les dimensions et proportions de la carte (de Québec, en 1796, qui accompagne ce mémoire) ne sont pas d'après l'échelle établie, mais de mémoire seulement,
« Donné sous seing et sceau, à Québec, ce 27 mars 1866, 83e de ma naissance, qui eu. .ieu sous le toit de l’ancien Evèché, près la porte de Ville Prescott.
(Signé,) ‘JAMES THUMPSON, « Député Commissaire Général. »
l'un des membres de la
«à P. A. DeGaspé, écuyer, « Société Antique de Québec.» |
(1) Le vénérable drapeau blanc de Carillon, qui depuis quelques années précède nos processions aux solennités nationales, fut déeouvert, si je ne me trompe, dans le grenier de la maison du Frère Louis, rue Saint-Valier. (Note do J.M. L.
; 0 radieux débris d’une grande épopée !
Héroïque bannière au naufrage échappée!
Tu restes sur nos bords comme un témoin vivant Des glorieux exploits d’une race guerrière :
Et sur les jours passés répandant la lumière, Tu viens rendre à son nom un hommage éclatant.
(Le DBaPEAU DE CARILLON.—0. Crémazie.)