LES PLAINES D'ABRAHAM
les buttes à Nepreu (1), en face de l'Asile Champétre (2', nous pourrons, maïs indistinctement, saisir de l'œil la cime de ces superbes fortifications de Lévis, où Jes £3,000,000 sterlg. de la métropole sont engouffrés : trois forts de maçonnerie, en demi-lunes, avec un mille d'espace entre chaque : le tout recouvert en terre avec vastes câsemates, meurtrières, glacis, caponiers el devant être armés en temps de guerre de l’ingénieux canon Montcrief, Ce canon comme l'on scait n'est exposé au feu de l'ennemi que le moment où il se décharge, car l'instant suivant, par un savant mécanisme, il redescend plusieurs pieds plus bas que le niveau des murs des forts. Ombres de Vauban, de Jomini, en présence des modernes, inclinez-vous !
C'est le col. Jervois, du Génie, qui a donné le plan des fortifications à Lévis, lesquelles sont, dit-on, pour le nouveau monde ce que sont celles de Cherbourg pour l'ancien, une merveille de science. Pour rendre notre Gibraltar inexpugnable à l'artillerie moderne, comme elle l'était à l'artillerie ancienne, il ne manque que trois forts en maçonnerie et recouverts en terre (earth works) dont l'un à Marchmont, qui dominera et détruira, à volonté, la façade et l'intérieur du fortest, sur les hauteurs de Lévis ; un second, sur les propriétés de MM. Boswell et Campbell, sur la grande allée, qui enfilera le ravin du ruisseau Saint-Denis, les chemins Saint-Louis, Gomin et Sainte-Foye, et un troisième sur les hauteurs de Sainte-Foye, pour dominer la vallée du Saint-Charles, Charlesbourg, Beauport. Avec ces truis forts, qui seront le complément des trois érigés à Lévis, Québec deviendra une des premières forteresses du monde, et la vraie clef du Saint- Laurent contre l'Angleterre ? ? (3)
(1) Là, avaient lieu, aux premières années de la domination anglaise, les exécutions ; entre autres, la Corriveau y fut pendue. Plus tard, aux temps de MeLean (1797), l’on pendait sur la côte à Coton ; ce qui lui valut le nom de Gallow’s Hill. Voir le Procès de ce pauvre exalté, Alex. McLean, aux Soirées Canadiennes, 1861.
(2) Cette pimpante Vilia do M. Dinning rappelle, par le souvenir de ses anciens propriétaires, un ami sincère de l'éducation, M. le Protonotaire Perrault : la côte voisine porte encore aujourd’hui le nom de Côte à Perrault pour les Canadiens- Français ; Perrault’ Hill, pour ies anglais lettrés; Pharaoh'e Hill, pour ceux
qui ne le sont pas, O l’anglification | (3) Voir Note E.
Mais continuons: à l’est du champ verdoyant et planté d'arbres où le Séminaire doit ouvrir, plus tard, dit-on, un jardin botanique, l'on voit l'Hospice Militaire, presqu'en face de | l'Asyle de Sainte-Brigitte ; puis, dans le voisinage, le Ladies UE : Home, solide structure en brique blanche. Un peu au sud-
| ouest se voit de loin la massive nouvelle prison du district, | | avec ses coupoles étincelantes.
| Nous voilà aux plaines d'Abraham :
| | Aux plaines d'Abraham, rendez-vous des batailles,
Revenez voir ces lieux, oh! revenez encore, Officiers du Grand Roi, revenez tous aussi, LaBarre, Frontenac, Denonville, Tracy !
Alignez-vous, soldats, Carignan et Guienne,
| Appuyez, Languedoc et Bearn et la Reine!
—ALPr, DE PUIBUMQUE,
k Voyez devant vous le monument bâti sur l’entroit où LEUR expira le glorieux rival de Montcalm. A ce puits, en face, LM l'on puisa l'eau pour rafraichir les lèvres brûlantes de Wolfe | 4 mourant, Avancez quelques arpents, vous atteindrez Wolfe- LE field, la villa de M. Price ; à l’est, vous découvrez à fleur 1 de terre les fondations du corps-de-garde, d'où retraita, le 13 L septembre 1759, blessé au talon, le capitaine de Vergor de Simblin, laissant à Wolfe et à ses farouches Montagnards et Rangers, liberté entière de pénétrer sur leshauteursen suivant la ravine du ruisseau Saint-Denis, qui sépare Spencer Wood de 4 Wolfefeld, et des propriétés plus voisines du grand chemin. Qui donc enseigna aux soldats anglais ce mystérieux et difficile sentier? Le major Robert Stobo (1), qui s'était évadé de |
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] Québec, en mai 1759, où il était prisonnier de guerre depuis À quelques années, et qui revint de Louisbourg, peu de jours || | après, rejoindre Wolfe et Saunders ? Plus tard, j'esquisserai la [OR singulière carrière de Stobo, à Québec, en 1756-7-8-9.
Peut-être le secret du sentier: fut-il aussilivré par un traître ! Denis de Vitré, ci-devant de Québec, plus tard prisonnier de guerre à Londres, d’où, soit par menaces où par promesses (2), 4 on l’induisit à accompagner le corps expéditionnaire sous (11114 Wolfe ; et l'officier de garde, qui avait envoyé plusieurs de ses
(1) Memoirs of Rob. Stobo, page 70. Pitsburgh, 1854. (2) Voir note G.
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miliciens à Lorette et à Charlesbourg (1), engranger leur récolte, pendant le siége, le capitaine de Vergor de Simblin, la créature de Bigot, était-il au<si traître à son allégéance ? Car de Vergor, n'était-ce pas ce même officier, traduit devant un conseil de guerre où siégeait Bigot (2), l'ami de son père, au château Saint-Louis et absous d'avoir livré aux Anglais le Fort Beauséjour, en Acadie ? I! y aurait eu aussi un M. Chinie, qui, plus tard, présenta au gouvernement anglais un placet pour être récompensé de certains services rendus à la flotte anglaise lorsqu'elle remonta le Saint-Laurent (3). Il fut le premier maître du Hâvre, à Québec, et mourut à l'âge de 104 ans : C'était l’aïeul de M. Eugène Chinic, de cette ville.
L'on sait que de graves historiens, l'abbé Ferland surtout, ont prétendu que la trahison avait sa part dans les événements de 1759 ; très-certainement Bigot et sa coterie avaient un intérêt direct à céler, sous la ruine de la colonie, la trace de leurs infâmes menées et la discussion qui, d’après le chevalier Johnstone, (voir l’appendice), avait lieu, à midi, le 13 septembre 1759, dans l’Ouvrage à cornes dont on voit les restes en terre, près du pont de Bickell, à Charlesbourg, tend à corroborer cette opinion.
Tout en laissant mon cheval trotter tranquillement sur cette Grande Allée, jadis sentier ombragé de la forêt qui mène à Sillery, où caracollait, en 1666, le fastueux marquis de Tracy, son élat-major et ses gardes, el près de deux siècles plus tard, le non moins fastueux comte de Durham et les gardes de la Reine (Coldstream Guards), je me disais à moi-même, que de jolis problèmes pour nos neveux ! Que de nombreux matériaux pour nos antiquaires ! Mais continuons.
Au nord, vers Holland House (maintenant possédé par M. Robert Cassells), et qui, en 1775, était le quartier général de Richard Montgomery, juste en ligne avec l'entrée de Spencer- Wood, s'élève, au milieu d'un champ, un sapin isolé. Plus de
(1) Mémoires sur les affaires du Canada, 1749-1760.
(2) ‘‘ Profitez, mon cher Vergor, de votre place ; tailles, rogner, vous avez tout pouvoir, afin que vous puissies bientôt venir me joindre en France, et acheter un lieu à portée de moi.”—Lettre de Bigot, du 20 août 1764, à M. Vergor, père.
(3) M. l'abbé Verrault aurait vu cette requête.
trace de la clôture en fer qui jadis l'entourait. C’est le Holland Tree (1). Dormez paisibles sous votre vert canapé, jeunes gens ! Pour vous, plus de bals, de festins, de duels : adieux ! adieux :
Nopces, convis, festins, banquetz, l Beau babil et joyeux caquets. >».
Nous voilà bientôt sur les confins de la verdoyante et pittoresque paroisse de Saint-Colomb (2) de Sillery. a
Voici les lieux chers à ma réverie, | Voici les prés dont j'ai chanté les fleurs...
Séparée des Plaines d'Abraham par une haute clôture, et toute frangée d’arbres, voyez la riche métairie de Marchmont, où résidait, en 1819, sir John Harvey, alors Commandant des Forces, plus tard, l'évèque anglican Stewart ; maintenant, M. John Gilmour y sejourne depuis nombre d’années. Sillery porte depuis 1637, le nom du généreux commandeur Noël Brulart de k Sillery, dont j'ai eu la satisfaction de voir conserver le souvenir, D, par une inscription sur une des faces du monument élevé le 26 11 Juin 1870, au Révd. Père Ennemond Massé, à proposde la pre- | mière église de Sillery, fondée par le commandeur de Sillery,
luclinons nous en passant devant la mémoire d’un savant, le | botaniste Gomin, qui s’élait construit, vers 1660, une résidence | |
(1) Les cinq enfants du major Samuel Holland, compagnon d’armes de Wolfe, dont l’un fut tué en duel à Montréal, reposent sous le Pin de Holland, à Holland House, chemin Sainte-Foye. L'on peut lire la relation de ce duel dans les Maple Leaves, 1ère série. À Depuis la publication de la première édition de ce recueil, je regrette de dire que l’arbre antique a succombé pendant une violente tempête, le 15 nov. 1871. (2) Si nous adoptons l'orthographe ‘ Saint-Colomb ?”’ du décret érigeant, en | 1855, la paroisse, de préférence à celle de ‘ Saint-Colomban” des Srarurs Reronpus, B. C., (page 625), ce n'est pas que nous désirions, avec certains | antiquaires, identifier le saint avec le grand homme qui découvrit l'Amérique, pr Christophe Colomb. Toutefois nous ne déguiserons pas notre pensée et nous avouons sans ambages que nous aimerions fort à voir l’illustre Génois haut placé f parmi les bienheureux, si la grandeur d’une œuvre pouvait être un titre de cano- | nisation. Saint Colomb était bien un saint du vieux monde—un parfait j gentilhomme—qui plus est un patriotique prince et abbé, de royale lignée, qui florissait dans la Verte Erin, au septième siècle. Eloquent, lettré, ardent, poétique même, ce religieux avait trouvé moyen de fonder plusieurs églises avant l’âge de vingt-cinq ans. S’étant brouillé avec le Gouvernement, il quitta | l'Irlande et vint à Iona, une des Hébrides, où il fonda, ainsi que dans le nord de {.
Le.
eee are,
à l'angle du chemin Gomin (1), pour y étudier à loisir la flore singulièrement variée du bois de Sillery. Ce chemin porte encore son nom.
À ma droite, voici la verte touffe d: sapins et d’aubépines qui ombrage Thornhull, le cottage de mon confrère et ami, M. Archd. Campbell; une avenue serpentante y conduit, Jadis l'hon. (Sir) Francis Hincks, premier ministre de Lord Elgio, y séjournait ; il n'avait qu'à traverser la voie publique pour aborder chez notre ex-gouverneur Lord Elgin, qui aimait tant les frais ombrages de Spencer Wood où, selon M. de Gaspé, nos pères allaient manger des crémes à la glace en 1809, quand Sir James Craig y donnait son pique-nique annuel.
Le couvert était mis sous l'herbe, au coin d’un bois Où les geais, les pinsons, les fauvettes, les grives Excités par les ris, les chants, le bruit des voix, Luttaient de bonne humeur avec tous les convives.
Spencer Wood était bien l'Elysée de nos champêtres résidences de Sillery. «Non-seulemert, j'aimerais à y passer toute ma vie, disait le comte d'Elgin, mais c'est là où je voudrais voir reposer mes 05. »
Voisin de Spencer Wood, est Spencer Grange, la résidence de l’auteur des Oiseaux du Canada ; n'en disons mot et pour cause, c’est tout simplement
Un nid sous le feuillage, Un manoir dans les bois
—-(V. HuGo : Les Rôres.)
L'Ecosse, au-delà de trois cents églises et monastères. Sa verve lui inspira un poême nommé AmBHRA, dont la récitation, disait-en, opérait parmi les pécheurs des conversions miraculeuses,
Si le commandeur de Sillery, gentilhomme de vieille roche, si jamais il en fut, pouvait visiter ces bas lieux, nul doute qu'il ne félicitât sa fondation chérie de 1637, d’avoir sçu se choisir pour patron, parmi les bienheureux, un gentilhomme et un saint aussi distingué. Tl faut aller étudier, dans le beau livre du comte de Montalembert, Les Moines en Occident, cette ravissante silhouette. Saint Colomb mourut en l’année 615.
(1) M. Gomin, médecin et botaniste, ÿ residait, sur une terre de 50 arpents, que M. d'Auteuil, au nom de M. Dailleboust lui concéda : sa demeure a dû être sur l'emplacement de la villa ‘ Coulonges, ” à l’angle du dit chemin et de la Grande Allée.
M. Gomin remit cette terre à M. Dailleboust par contrat devant Mtre Audouart,
25 février 1663. On trouve son acte de sépulture dans les archives de la Cathédrale.—(L'abbé Brunet.)
Nous voilà à Samos, au siècle dernier, la pittoresque villa de l'évêque de Samos, Monseigneur Pierre Herman Dosquet. Sous l'hon. Mathew Bell, l'hon. Wm. Sheppard et M. Jas. Gibb, ses anciens propriétaires, le nom s’est changé en celui de Woodfield. Toul auprès, se trouve Bardfield, joli cottage où l’érudit et courtois évêque Mountain, l'auteur des « Songs of the Wiiderness, » a coulé une notable partie de son existence. Maintenant, Bardfield est occupé par M. Thos. Beckett, de la maison Dobell et Cie. Continuons notre route et nous franchirons mille et un charmants sites (1) : Sous-les-bois, jadis la demeure de M. Errol. B. Lindsay ; Benmore, où s’écoule|en paix Futile carrière du col. Rhodes, agriculteur célèbre ; le beau cimetière du Mount-Hermon, (2) dont les points de vue et les parterres parfumés rivalisent avec ceux de Greenwood à New- York ; Cataracouy, fécrique (3) séjour, où M. Chs. E. Levey,
(1) Une imposante structure, l’Académie de Jésus-Marie, s'élève maintenant en face de la belle école en style gothique, offerte en don à l4 paroisse par feu le Lord Bishop Mountain.
SOU8-LE8-B018.--“* Sous ce nom et sous le dôme d’un bocage épais se cache, à quelques milles de Québec, sur le chemin Saint-Louis, une élégante et modeste habitation, que le regard du passant devine au fond d’une longue allée couverte d’ombrage. Cette résidence, où vivait naguère une de nos fatnilles canadiennes des mieux connues et des plus estimées, s’efface entièrement aujourd’hui devant un vaste et superbe édifice, qui se nomme le Couvent de Jésus:Marie. Au milieu des érables et des chênes, où les oiseaux faisaient leurs nids, s’sst élevé un nid de science et de vertu, où d’autres jolis oiseaux voltigent et babillent. Sous la direction des Dames religieuses de Jésus-Marie, plus de quatre-vingts jeunes filles y reçoivent cette éducation précieuse que les livres seuls ne donnent pas, et qui assure le bonheur et la vertu des familles.
‘À l'avenir, le promeneur, qui se laisse entraîner sur le chemin du Cap- Rouge, ne jettera plus seulement qu’un coup d’œil en passant dans ce lieu. Il s’y arrétera, et, s’il s'intéresse à l'éducation, il ira visiter l'établissement et en sortira enchanté. Si c’est une femme, elle regrettera de n’être plus enfant pour y passer quelques années.
“Tout y est joli, propre, convenable, parfaitement ordonné, mais sansluxe ; et les jeunes filles y trouveront ce qu’il faut à la vie, des fleurs, de l’air et de la lumière. ”
(2) Voir la note J. Appendice, :
(3) Cararacouy.—f"The conflagration of Spencer:-Wood, on the 12th March, 1860, made it incumbent on the Provincial Government to provide for His Excellency, Sir Edmund Head, a suitable residence. After examiving several places, Cataracouy, the residence of Henry Burstall, esquire, opposite to Kirk-Ella, wus selected, and extensive additions made, and still greater improvements and decorations ordered when it became known that the first gentlemen of England, our Sovereign’s eldest son, was soon to pay a visit to Her Majesty's Canadian lieges.
l'opulent président de la banque Union, remplit dignement les devoirs de l'hospitalité. Ajoutons-y Clermont, petit château, faisant face à la rivière Etchemin, sur le haut de la rive, au pied de laquelle la sentimentale Emily Montague, (1) en 1767, écrivait lant de jolies choses à son amant, le beau
Cataracouy can bonst of having harbored two princes of the blood royal, the Prince of Wales, and the sailor boy, his youthful brother Alfred ; a circumstance which no doubt much enhances its prestige in the eyes of its present owner, in wealth, one of our ‘* Merchant Princes.” It was laïd out about 1836 by the late Jas. B. Forsyth, esq., the first proprietor, and reflects credit on his taste.
“ This seat, without possessing the extensive grounds, vast river frontage, and long shady walks of Spencer Wood, or Woodfield, is an eminently picturesque residence. À new grapery with a lean-too roof about ninety feet in length, has just been completed : the choicest # varieties of the grape vine are here cultivated. Soveral tasty additions huve also recently been made to the conservatory, under the superintendence of a Scotch landscape gardener, Mr. P. Lowe, formerly in charge of the Spencer Wood conservatory, &e. It was our good luck on one occasion to view, on a piercing winter day, from the drawing room of Cataracouy, through the glass door which opens on the conservatory, the rare collections of exotics it contains, a perfect grove of verdure and blossoms, the whole lit up by the mellow light of the setting sun, whose rays scintillated in every fantastie form amongst this gorgeous tropical vegetation, whilst the snow-reathed evergreens surrounding the conservatory waived their palms to the orb of day in our clear, bracing Canadian atmosphere. Summer and winter combined in the one landscape ; the tropics and their luxuriant magnolias, divided by an inch of glass from the realms of old king frost and his hardy familiars, the pine and the maple. Charming was the contrast, furnishing a fresh proof of the comfort and luxury with which the European merchant, once settled in Canada, surrounds his home, What, indeed, can be more gratifying, during the Arctic, though healthy, temperature of our winter, than to step from a warm drawing-room, with its cheerful gratefire, into a green, floral bower, and inhale the aroma of the orange and the rose, whilst the eye is charmed by the blossoming camellia of virgin whiteness ; the wisteria, spireÂ, azaleu, rhododendron, and odorous daphne, all blending their perfume or exquisite tints. Cataracouy has been recently decorated, we may gay, with regal magnificence, and Sillery is justly proud of this fairy abode, at present, the country seat of Charles E. Levey, esq.”’—Maple Leaves, —1865.
# The vinery contains the following new varieties, &c.:—/lack Alicante, Foster’s Secdling, White ; Muscat Hamburg ; Lady Douwns ; Golden Hamburg ; also the common Black Hamburg (which there is none to surpass), Joslyn’s St. Albans, Muscat of Alexandria ; Sweet Water ; Black St. Peters, &e., de, The conservatory äs stocked with seventy Camellia Japoniea of the newest varieties, twenty varieties of choice Azelias, Chorozemas, Heaths, Epacris, Dillwynia, Eriostemon, Acucias, Geraniums, Fuchias, with a large collection of creeping plants, &e., &e.
(1) “ The History of Emily Montague” ; roman de mœurs canadiennes en quatre volumes, par Mrs. Frances Brooke, l'épouse d’un officier anglais, écrit à Sillery, en 1767. (C’est le plus ancien roman canadien que nous connaissons. Sillery aurait done, en quelque sorte, le droit de se croire le berceau de la littérature canadienne en sus de l'honneur d’avoir eu pour historiographes un de nos historiens les plus éminents, l’abbé Ferland, et un éminent antiquaire M. l’abbé Bois, de Maskinongé.
colonel Rivers, sous les traits duquel un de nos antiquaires a cru reconnaître le galant col. Caldwell, le compagnon de gloire de Wolfe, mort à Québec, en 1810. Clermont, depuis nombre d'années, est la résidence de l'hon. Juge R. E. Caron. Puis vient Beauvoir, où l’anciennefamille Hy. LeMesurier a écoulé tant de paisiblesannées, maintenant la demeure de M. R. R. Dobell. Parlerai-je de Kilmarnock, l'antique manoir de la famille Graddon ? de Kilgraston, où feu le procureur-général Ogdon donna un mémorable déjeuner à la fourchette à un de nos gouverneurs, maintenant enjolivée de serres et d'étangs, la propriété de M. Morgan ? Longwood, résidence d'été de M. Chs. Smith, fils de l'historien, pas bien loin du lieu où l'hon. John Ncilson, alors le Nestor des journalistes canadiens, a résidé si longtemps.
Parcourir à cheval ou en voiture, dans la belle saison, la voie publique de Sillery jusqu'à la côte du Cap-Rouge, à huit milles de Québec, vous fait l'effet d’un beau paysage, accidenté, verdoyant, forestier, où vous pourriez réaliser à satiété le Songe de Vaux :
Errer dans un jardin, s’égarer dans un bois,
Se coucher sur des fleurs, respirer leur haleine, Ecouter en rêvant le bruit d’une fontaine
Ou celui d’un ruisseau roulant sur des eailloux.
Noyés sous des flots de verdure, à peine si vous pouvez saisir le contour du petit castel, de la fraîche villa, de la confortable métairie, sur chaque domaine ; encore bien moins, pouvez-vous deviner les merveilles d'horticulture,—fruits, fleurs, moissons, —dérobées au regard par la forêt primitive environnante. Pour l'étranger, c’est, tout au plus, une agréable promenade, deambulatio per loca amæna, comme dirait le vieux Frascatorius, dans les grands bois, avec, ça et là, la vue du fleuve-roi à travers les coulées. Mais pénétrez, sous bonne escorte, en juin ou en septembre, sous le vert parasol de ces bocages et vous verrez que la nature et la main de l'homme ont fait de ces chrmnûtres résidences autant de petits Edens, où
Les pins sur les étangs dressent leur verte ombrello, Les nids ont chaud ; Pazur trouve la terre belle. —(V. Huco.)
Sillery est à Québec ce que le Mont-Royal est à notre opulente voisine, le royaume de Flore, aussi bien que le quartier-général habité par le haut commerce.
M Te d
Chaque anse du fleuve contient un chantier de construction ou des jetées et des estacades, pour retenir en sûreté le bois quarré, nos richesses forestières. Au delà de la haute marée, sur la grève, se groupent les nombreuses et blanches maisonnettes de la classe ouvrière, employée aux chantiers on sur les estacades voisines ; au haut de la rive, voyez la somptueuse demeure du maître! Le commerce du bois quarré, qui nous vaut chaque année à peu près 1400 grands navires, date de 1807-8, en un mot, du blocus continental, qui ferma la Baltique à l'Angleterre. Cette industrie alimente à Québec seul de 5,000 à 6,000 familles; elle nous est donc précieuse.
Sans doute, le capitaliste européen pourrait trouver ailleurs des champs plus vastes pour ses placements, un climat moins rude, une population souvent plus sympathique. Les capiaux sont pour nous dans notre pays jeune et pauvre, comme la moëlle de nos os. Tàchons donc de les empêcher de prendre leur vol ailleurs. Invitons de toutes manières le capitaliste à se fixer permanemment au sein de nous ! Réservonslui dans la distribution des honneurs, sa part; qu’elle soit large mème, puisqu'il consent à s'expatrier pour végéter en Canada, où il donne le pain quotidien à notre nombreuse classe ouvrière; tenons pour certain, que si, au lieu de lui rendre l'existence douce, nous le poursuivons de nos dédains insensés, ou que nous le pressurons parce qu'il est étranger, il retirera ses capitaux bienfaisants de parmi nous, pour {es placer dans des endroits où la persécution ne les atteindra pas.
Décrire tous ces sites enchanteurs, où M. de Puiseaux, le procureur-général Ruelte d'Auteuil, Chomedez de Maisonneuve, mademoiselle Manse, plus tard l’évêque français Dosquet, ont été chercher repos, paix et santé au siècle dernier, ce serait nous mener trop loin. D'ailleurs, je l'ai remplie, celle riante tâche, dans les Maple Leaves.
Hâtons-nous de descendre la côte du Cap-Rouge, sans craindre d’être égorgés par Chambers et sa bande d'assassins, dont l'hon. Richard Ogden, procureur-genéral de Sa Majesté, nous débarrassait en 1837, en expédiant le chef, avec d'autres grands coquins, à la colonie pénale de Van Diemon. Le bois
du Cap-Rouge, pendant longtemps, était un sujet d’effroi à la
jeunesse de Québec. C'est sous l’épaisse feuillée de cette forêt, que Chambers, Mathieu, Gagnon, Waterworth et consorts, allèrent faire fondre en lingots, les crucifix et vases sacrés enlevés à l’église de la Congrégation, le 9 février 1835 (1).
A la gauche, est la villa de M. Forsyth, Redclyffe, sur l'extrémité ouest du plateau élevé, couronné à l’est par la ville de Champlain ; voilà un site non-seulement favorisé par la nature, au point de vue du paysage, mais historique au plus haut degré. N'est-ce pas là, en effet, il y a plus de trois siècles, que Jacques fartier (2) hivernait et où Roberval établissait son éphémère colonie ? On est frappé de lexactitude du capitaine malouin dans sa description de ce beau site, sur tout ce qui a rapport au Cap-Rouge proprement dit : l’on voit encore à Redclyffe, la carrière d’ardoise et de mica, «et les diamants de quartz, » ainsi que la source d’eau mentionnée dans le journal du hardi navigateur, et dans le voisinage les «aubé-
(1) Le procès de Chambers (Cambraï) et de ses complices, fournit la matière d’un intéressant opuscule, en 1837, à. M. Frs. Réal Angers, qui devint, plus tard, un des membres les plus distingués de notre barreau ; cette série de crimes est dovonue récemment le sujet d’un drame joué au Music Hall de cette ville.
(2) La description que donne Cartier de ce lieu convient parfaitement à la rivière du Cap-Rouge, et ne serait applicable à auoune autre. “Le capi- ‘taine ”” est-il dit, “fut avec deux barques à mont la rivière au-delà du ‘ Canada et du port de Sainte-Croix, pour y voir un hâvre et une petite rivièro ‘ qui est environ quatre lieues plus outre..…...La dite rivière est petite et n’a pas ‘ plus de cinquante pas de largeur, et les navires tirant trois brasses d’eau peu- ‘ vont y entrer de pleine mer, et à basse mer il ne se trouve qu’un chenal d’un “ pied ou environ. Des deux côtés de la rivière, il y a de fort bonnos et belles ‘“ terres, pleines d'aussi beaux et puissants arbres que l’on puisse voir au monde ‘ et de diverses sortes. De plus, il y a grande quantité de chênes les plus boaux ‘ que j’ai vus de ma vie, lesquels étaient telloment chargés de glands, qu’ils ‘ semblaient qu’ils allaient rompre, en outre il y a de plus beaux érables, cèdres, “ bouleaux et autres sortes d’arbres, que l’on en voit on France ; et proche de “ cette forêt sur le côté sud, la terre est toute couverte de vignes, que nous “ trouvâmes chargées de grappes aussi noires que ronces. De plus, il y a quantité d’aubépines blanches, qui ont les feuilles aussi larges quo celles des chênes, ‘ et dont le fruit ressemble à celui du néflier!......L’entrée de cette rivièro est ‘6 vors le sud et elle va en tournant vers le nord ; et à l’ontrée d’icolle, vers l’est, il ‘y a un promontoire haut et raide, et au sommet nous fimes un pont pour la ‘ garde du fort, qui était au bas, ainsi que des navires....Et surcotto haute “ montagne ou proirontoire, nous trouvâmes une belle fontaine très-proehe du dit ‘6 fort..."
—(Cours d'Histoire du Canada, Ferland, tome E, p. 40).
.: 5 er
pines blanches » et « les beaux chênes chargés de glands » en octobre.
Laissons à un grave historien le soin de récapituler avec non moins de beauté que de vivacité, les environs de Quebec :
« Une carte de Québec, dit l'abbé Ferland (1), par Champlain, marque à environ une lieue au-dessus de la ville naissante, une pointe qui s'avance dans le Saint-Laurent, et qui est désignée comme étant fréquemment habitée par les sauvages. Plus tard, elle reçoit le nom de Puiseau, du possesseur du fief Saint-Michel, qu’elle borne au sud-ouest. Aujourd'hui, sur la Pointe-à-Puiscau, se trouve la jolie église de Saint- Colomb, environnée d'un village. De ce point, l’on jouit d’une des plus belles vues qu'offrent les environs de Québec. Vis-àvis, est Ja côte de Lauzon avec sa rivière bruyante, ses chantiers, ses nombreux vaisseaux, le terminus du chemin de fer da Grand-Trone, les villages et les églises de Notre-Dame de Lévis, de Saint-Jean-Chrysostôme et de Saint-Romuald. A droite et à gauche, le fleuve se déroule sur une longueur de douze à quinze milles, sans cesse sillonné par les vaisseaux qui arrivent au port de Québec, ou qui en partent. Vers l’est, Île tableau fermé à plus de douze lieues par le Cap Tourmente, et les hauteurs cultivées de la Petite Montagne et de Saint- Ferréol, présente successivement la côte de Beaupré, les verdoyants côteaux de l’île d'Orléans, le Cap aux Diamants, couronné de sa citadelle et ayant à ses pieds une forêt de mâts ; les plaines d'Abraham, les foulons avec tout le mouvement du commerce de bois, Spence* :Wood et la résidence vice-royale, l'Anse Saint-Michel, se cou’.bant gracieusement depuis la côte de Wolfe jusqu’à la Pointe-à-Puiseau. Autour de ces lieux, se rattachent les souvenirs historiques les plus intéressants de l'Amérique du Nord : le contact de la civilisation française avec la barbarie des indigènes ; la lutte de deux puissantes nations pour la souveraineté du Nouveau-Monde ; un épisode important de la révolution qui a créé la puissante république des Etats-Unis : voilà les grands mouvements qui ont tour à tour agité ce théâtre resserré. Partout vous y trouverez l’empreinte des pas de quelque personnage remarquable dans
(1) Notes sur Sillery, par l'abbé Ferland, Côté et Oie., 1855,