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l'histoire de l'Amérique : Jacques Cartier, Champlain, Frontenac, Laval, Phipps, d'Iberville, Wolfe, Montcalm, Arnold, Montgomery, ont tour à tour foulé quelque coin de cet espace. Tout près d'ici, dans l’Anse Saint-Michel, M. de Maisonneuve et Mademoiselle Mance, passèrent leur premier hiver en Canada, avec la colonie qui, sous leur conduite, allait fonder Montréal. Si l’on se tourne vers l’ouest, la vue, quoique moins élendue, rappelle encore de glorieux souvenirs. Là, au détour du Cap-Rouge, Jacques Cartier établit ses quartiers, la seconde fois qu’il hiverna sur les bords du Saint-Laurent. Roberval le remplaça, au même lieu, à la tête de sa colonie éphémère, Près de l'embouchure de la rivière Chaudière se dressaient les tentes des Abénakis, des Etchemins, des Souriquois, lorsque des côtes de la Nouvelle-Angleterre, ils venaient fumer le calumet de paix avec leurs frères les français ; la rivière Chaudière était alors le grand chemin qui reliait leur pays au Canada.
« Plus près de la Pointe-à-Puiseau, est l’Anse de Sillery, où les Jésuites réunirent les Algonquins et les Montagnais qui voulaient se convertir au christianisme, et formèrent une réduction florissante. De là les lumières de la foi étaient portées par les néophytes au sein des plus profondes forêts ; là, venaient s'exercer pour leurs missions lointaines, les apôtres qui se préparaient à annoncer la bonne nouvelle au pays des Hurons, au bord du Mississipi ou sur les côtes glacées de la Baie d'Hudson. De là, le P. Druillètes partait pour aller porter quelques paroles de paix, de la part des chrétiens d&Sillery, aux Abnaquiois de Kennebecki et aux Puritains de Bokton. Près de ce lieu, le frère Liégeois était massacré par les Iroquois, et le P. Poncet fait prisonnier et emmené par les barbares.
« C'est au soutien de cette réduction et à la construction des édifices nécessaires, que M. de Sillery consacra des sommes considérables. Une chapelle, une résidence pour les missionnaires, un hôpital, un fort, des maisons pour les néophytes s’élevèrent sur le rivageet formèrent un village sauvage, autour duquel se rapprochaient, autant qu'on pouvait le permettre, quelques habitations des français. La résidence de la famille D'Auteuil était sur le côteau qui s'élève en arrière ; et la vené-
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rable Dame de Monceaux, belle-mère du procureur-général Ruette D'Auteuil, pour satisfaire à sa piété, avait obtenu la permission d'habiter de temps à autre une petite maison qu'elle avait fait construire près de la chapelle. |
« L'établissement de Sillery commença à être abandonné vers les premières années du siècle dernier. Après la prise du pays, le soin des bâtiments fut négligé et ils commencèrent à tomber en ruines, mais la maison des Pères fut conservée ; et les ruines des autres édifices sont restées assez longtemps debout pour qu'on puisse encore les désigner sûrement. Plusieurs des anciens habitants ont vu abattre les murs de l'église, qui étaient d'une solidité surprenante, J'ai, moi-même, en 1835, il y a vingt ans, vu une partie de ces murailles s’élevant audessus du sol. Les ruines de l'hôpital et du monastère n'ont été rasées que depuis unetrentaine d'années ; en les détruisant on découvrit plusieurs objets, parmi lesquels un gardedoigt d'argent, qui avaient dù appartenir aux bonnes religieuses hospitalières, »
De toutes ces ruines, il reste un bâtiment assez solide, l'ancienne résidence des Jésuites, avec de noirs souterrains pour caves, maintenant la demeure massive, confortable, élégante même, de l'un des commis de la maison anglaise Dobell et Cie.
En août 1868, l'éloquent auteur des « Jesuits in North America, » Francis Parkman, de Boston, le Professeur F, À. IH. Larue, de l'Université Laval, et moi, nous quittions Spencer Grange, pour visiter l’ancienne demeure des Jésuites, et les historiques ruines de l'Anse de Sillery. Debout, tous trois sur les décombres à fleur de terre de l'ancienne église de Saint-Michel, nous étions loin de nous douter que la dépouille mortelle du premier missionnaire de la Nouvelle-France, le P. Ennemond Massé, reposait, depuis plus de deux siècles, à quelques pas de nous, sous le chœur de l'église même, du côté de l'évangile, Le dévoué missionnaire, comme un héros chrétien, enseveli, glorieux, sur le champ d'honneur, dormait, depuis le 12 mai 1646, du long sommeil, Gans sa chapelle élevée sur la rive du fleuve de sa palrie adoplive ; et les recherches de nos amis les abbés Laverdière et Casgrain, le 3 octobre 1869, signalaient, à la
vénération des bons habitants de Sillery, la mémoire du saint, tandis que, de mon côté, je demandais d'inscrire sur le mausolée du missionnaire Massé, un autre nom, aussi vénéré à Sillery, celui du chevalier Noël Brulart de Sillery, le fondateur de Sillery ; ce que je deinandai, je l'obtins.
La cérémonie de la consécration eut lieu le dimanche, 26 juin 1870, par M. le Grand-Vicaire Cazeau, assisté des abbés Laverdière et Casgrain. L'honorable M. Chauveau prit la parole, et fut suivi de M. Dobell et de quelques autres (1).
Au commandeur de Sillery, je consacrai une étude spéciale, dans la 3e série des Maple Leaves.
(1) «Le monument est simple et élégant. 11 se compose de trois assises en pierre de taille qui supportent un socle également en pierre. Dans ses” côtés, se trouvent incrustées quatre tables en marbre blanc. Une croix également en marbre, couronne le monument qui a une hauteur d'environ vingt pieds.
L'une des tables porte l'inscription suivante :
“ Les habitants de Sillery Ont élevé ce monument A la mémoire Du Père EnNruoxp Massf, S. J., Premier missionnaire en Canada, Inhumé en 1646 Dans l’église de Saint-Michel, En la résidence De Saint-Joseph de Sillery.”?
On lit sur l’autre table, cette seconde inscription :
“ L'église de Saint-Michel, Qui s'élevait en cet endroit, Fut bâtie par Le commandeur de Sillery, Fondateur (en 1637)
De la résidence de Saint-Joseph.”
«M. Hy. LeMesurier a donné le terrain sur lequel ce monument est élevé.
«1°'L'ancienne église de Sillery, la première péut-être qui ait été érigée en Canada, après celle de Notre-Dame de Recouvrance, fut commencée peu de temps après la fondation de la résidence de Sillery, et terminée en 1647.
La mission avait été fondée en vue d’y attirer les sauvages, et de travail. ler à leur conversion. On avait donc commencé à y bâtir une maison de prière, où ils pussent être réunis pour entendre la parole divine qui devait les éclairer, On avait aussi voulu offrir aux colons français ce lieu de ralliement, pour les consoler dans leur exil, et les encourager à supporter les
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épreuves sans nombre qu'ils rencontraient sur leurs pas dans leur nouvelle patrie.
«A l'église de Sillery était attachée la résidence des RR. PP, de la Compagnie de Jésus, qui étaient chargés de la desservir, C'est après avoir prié dans son sanctuaire vénéré, que ces dignes successeurs des apôtres se répandaient chez les nations sauvages de la vaste étendue de la Nouvelle- France, pour leur porter la lumière de la foi, et les faire sortir de la barbarie. C'est d'ici que sont partis les Lalemant, les Jogues, les de Brébœuf ettous ces généreux martyrs qui ont arrosé de leur sang la terre qu'ils venaient purifier, Aussi, leurs noms sont-ils honorés parmi nous, à l'égal de ceux des martyrs de la primitive Eglise, parce qu'ils nous rappellent tout ce que ces nouveaux martyrs ont accompli de prodiges, d'héroïsme, d'abnégation et de charité, pour conquérir les âmes à Jésus-Christ,
«A la mème église de Sillery, était également attaché un hôpital desservi par les religieuses de l'Hôtel-Dieu, dites hospitalières du Précieux Sang.
«2° Ce monument a aussi pour objet, de nous rappeler le souvenir de l'homme illustre, qui a donné son nom à la mission de Sillery. Noël Brûlart de Sillery, naquit à Paris, le 25 décembre 1577, de parents nobles et vertueux, qui lui laissèrent un grand nom et une fortune considérable,
«M. de Sillery ne vint pas en Canada, parce qu'il était retenu en France par d'autres œuvres en grand nombre qui y réclamaient sa présence ; il s'était fait en quelque sorte le coopérateur de saint Vincent de Paul, ce prêtre, selon le cœur de Dieu, à qui aucune œuvre de charité ne fut inconnue, Plus tard, saint Vincent était heureux de prononcer l’oraiscn funèbre du digne prêtre qui l'avait si bien secondé dans ses bonnes œuvres. Mais s'il ne fut pas donné à M. de Sillery de venir dans la Nouvelle-France, comme il l'aurait, sans doute, désiré, pour satisfaire son ardente ambition de faire le bien, son nom ne laissera pas d'y être toujours en grande vénération, comme celui d’un de ses plus insignes bienfaiteurs.
«3° Le Père Ennemond Massé, né à Lyon, en 1574, était entré de bonne heure dans la Compagnie de Jésus, et à peine avait-il reçu les ordres sacrés qu'il était associé au Père Coton, alors confesseur et prédicateur du roi Henri-le:Grand. La cour, si on en juge par les vues humaines, devait être pour lui un théâtre bien digne d'ambition ; mais il avait des vues plus nobles et plus élevées. Rempli d'abnégation, et ne cherchant que la gloire du Maitre dont il avait pris la livrée, il choisit pour théâtre les forêts du Canada, où il voulait aller porter la bonne nouvelle du salut à de malheureux sauvages plongés dans la barbarie, et n'ayant pour ainsi dire que le nom d'hommes.
« Venu d’abord en Acadie avec le Père Biard, en 1611, il eut beaucoup à soufrir des personnes mêmes de cette colonie qui auraient dû lui donner protection. Pris avec son confrère par des pirates, il les remplit d’admiration par sa patience et sa charité, et ne tarda pas à être remis en liberté aussitôt que leur vaisseau fut arrivé en Eurcpe. Les Relations des Jésuites nous apprennent que ce digne religieux, de retour en France, ne soupirant qu'après les croix et les souffrances du Nouveau-Monde, obtint la permission d'y revenir, et qu’il arriva à Québec, le 19 juin 1625. Mais la prise de cette ville par les Anglais, quatre ans plus tard, l’obligea de
renoncer, au moins pour un temps, à ces épreuves qu'il avait tant ambitionnées, Il repassa donc en France pour y attendre le moment où il plairait à la divine Providence de lui permettre de suivre de nouveau sa vocu tion, Il avait fait vœu de faire tous ses efforts, pour reprendre les croix et les souffrances que les événements l'avaient forcé d'abandonner ; son vœu fut exaucé ; le traité de paix conclu entre l'Angleterre et la France lui permit de revenir, en 1633, à son cher Canada, auquel il consacra les treize dernières années de sa vie, travaillant assidûment à l'instruction des sauvages Algonquins et Montagnais, qui venaient recueillir de ses lèvres la parole de vie,
« Ce prêtre vénérable, décédé à l'âge de 72 ans, le 12 mai 1646, est le seul qui ait été inhumé dans l'église de Sillery, car à l'époque où il vivait, ses confrères, appelés ailleurs par les devoirs de l'apostolat, avaient rarement la consolation de venir rendre le dernier soupir à la maison d'où ils étaient par'is.»
«L'un des noms, dit M. Dobell, gravés sur le marbre de ce monument rappelle une carrière pleine d'intérêt, A j'époque où celui qui le portait entra dans la vie, la France occupait le centre de la gloirs chevalcresque, Peu d'années auparavant, elle avait vu sur son territoire, quatre des plus puissants souverains de l'Europe se donner la main sur le fameux «Champ du Drap d'or.»
« Parmi le groupe de jeunes nobles qui se réunissaient à la cour, nul n'avait un avenir plus brillant que le jeune Noël Brülart de Sillery, Il naquit en l'année 1577, le jour de Noël, et à cause de cette coïncidence, reçut au baptème le nom de Noël, Son père appartenait à une famille respectable de Savoie. On le destina de bonne heure à l'ordre des chevaliers de Malte. Il fut envoyé dans cette ile à l'âge de 18 ans pour y compléter son éducation. Là, il gagna en peu de temps la confiance du grand maitre, qui, dit-on, remarqua en lui des talents hors ligne et le nomma son page. De retour à Paris, après douze ans d'absence, il fut admis à la cour, devint bientôt le favori de Marie de Médicis qui lui conféra le titre de chevalier. Nommé plus tard ambassadeur aux cours d'Espagne et de Rome, il semblait devoir atteindre successivement le sommet des grandeurs humaines, Tout ce qui pouvait enflammer l'ambition d’un jeune soldat, brillait devant ses yeux. Il avait la renommée des armes, la réputation d'un diplomate habile et la faveur de la première cour d'Europe.
«Ce fut au plus beau milieu de cette carrière de prospérité, pendant qu'il se rendait à Rome comme ambassadeur, qu'il se décida à jeter dé côté tous les honneurs qu'il regardait comme de vains jouets et qui étaient incapables de satisfaire une âme inquiète, Il abandonna tout pour se dévouer complètement au service de Dieu. Il entra dans l'etat ecciésiastique où son zèle l’entraina à consacrer ses immenses revenus aux intérèts de sa religion, et, particulièrement, aux missions étrangères. Il fit de nombreuses donations, et pourvut à l'établissement d'une résidence de sauvages chrétiens. Ce fut sur le terrain où nous sommes réunis, à l'endroit même où ce monument est élevé, que les premiers fruits de ses nobles offrandes furent répandus. »
—Consécration du Monument à Sillery, Brochure, Côté et Cie., 1879,
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