‹ L'album du touriste [microforme]Chapitre 40 sur 140 · POINTE-AUX-TREMBLES · texte numérisé non relu

POINTE-AUX-TREMBLES

femmes de la ville, refugiées au dit lieu, dont mesdames Duchesnay, De Charney, sa mère, sa sœur, M" Couillard, la famille Joly, Mailhot, Magnan, étaient du nombre. Ils les ont traitées avec toute la politesse possible. Le général Wolfe était à la tête, et le sieur Stobbs (Major Robert Slobo?) du nombre, qui a fait bien des compliments. Ce qu'il y a de plus triste, c'est que les Anglais ne leur avaient fait aucun tort, et que les sauvages ont pillé les maisons, et presque tous les biens de ces pauvres réfugiées. (1)

« Le pauvre Michaud a reçu un coup de balle dans la joue. Les Anglais ont laissé la majeure partie des autres femmes et surtout celles enceintes. »

Wolfe, comme un galant homme, libéra toutes ces belles captives à l’Anse des Mères, le lendemain, à trois heures de relevée, et elles furent reconduites avec beaucoup de politesse. «Chaque officier, dit la relation, avait donné son nom aux belles prisonnières qu'il avait faites. Les Anglais avaient promis de ne point canonner, ni bombarder jusqu’à neuf heures du soir, pour donner aux dames le temps de se retirer où elles jugeraient à propos. »

Côtoyons le grand chemin, tantôt aux pieds des côtes, tantôt sur les hauteurs: une modeste maison de pension nous fournira le goûter près de l’église des Ecureuils. Hâtons-nous d'atteindre le cap sublime qui domine le ravin où s’élance, en mugissant,la rivière Jacques-Cartier. Cette rapide et pittoresque rivière s’est creusé un lit profond dans le roc; rien de plus singulier à voir que son cours impétueux vers le pont Rouge, où dort dans ses tranquilles étangs ces beaux saumons à écailles d'argent, que MM. Boswell et Kerr protégent avec une sollicitude quasi maternelle.

I fut un temps où la pêche à la mouche de ces superbes rois des fleuves, nous eût causé des accès délirants de plaisir ; aujourd'hui, la muse de l’histoire aura toutes nos complaisances, Nous venons de franchir le pont Jacques-Cartier à l'embouchure de la rivière, où notre ami le Dr. Jas. A. Sewell a ses moulins, ses usines et sa charmante résidence, le tout acquis des héritiers Allsopp, jadis seigneurs de ces lieux.

(1) Journal du siége de Québec par Jean-Claude Panet, page 13.

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Gravissons le côleau qui mène aux hauteurs où se dressait ce mémorable fort Jacques-Cartier, et où l’armée française en retraite, au nombre d'au moins 10,000, y inclus les milices, passa la douleureuse nuit du 14 septembre 1759. Voici ce qu'on lit à ce propos, dans l’Abeille :

«On voit encore (1) les ruines et le fossé où il y a presque toujours de l’eau: le fort était très-avantageusement bâti sur un endroit très-élevé d’où il dominait le fleuve et le bas-fonds de la rivière.

Qi n’y a que quelques années on voyait sur la terre où se trouvent ces ruines, un vieux pin, mort depuis longtemps. Le propriétaire chez qui cet arbre se trouvait se résolut de l'abattre. Quelle ne fut pas sa surprise lorsque, dès les premiers coups de hache, il découvrit dans cet arbre, qui était creux, trente canons de mousquets et douze gobelets d'argent.

«La monture des mousquets avait été rongée par les vers, les gobelets étaient bien conservés, seulement ils étaient noircis par le temps et l'humidité; si je me le rappelle bien, ces gobelets ont environ trois pouces de hauteur, et pèsent cinq piastres d'argent.

«Ils ne paraissent pas coulés, mais faits au marteau. En les examinant, on découvrit sur un de ces gobelets les trois lettres À L G qui paraissaient gravées avec la pointe d’un instrument tranchant. On crut reconnaître les initiales d’un nom et l’on se mit à fouiller dans l’histoire.

« Dans le cours du même mois (juin 1760), le colonel Fraser fut envoyé de Québec avec environ 900 hommes, pour réduire le fort Jacques-Cartier. Le marquis d'Albergotli, qui commandait alors, répondit à la sommation qui lui fut faite de se rendre, qu'il défendrait son fort jusqu’à la dernière extrémité ; sur quoi le colonel Fraser fit avancer deux pièces de campagne et deux obusiers pour battre la place en bréche, forma ses troupes en trois divisions et leur ordonna de marcher pour donner l'assaut.

« Le commandant français, qui s’en aperçut, battit la chamade et se rendit à discrétion.

(1) Abeille, 5 juillet 1850.

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« Les trois lettres découvertes sur les gobelets sont-elles les initiales d'Atbergotti ? on l'a cru.»

Le capitaine John Knox, au vol. IT, p. 252, consigne en son journal, vers le 6 février 1760, sur le rapport d'un prisonnier :

«Que la forteresse de Jacques-Cartier, à raison de sa situation élevée, semble d'un abord très-diflicile ; mais que, d'après ce qu'il en a vu, les défenses de la place consistent en un rempart de terre et de fascines, avec un fossé au nord et des palissades, qu'il y eut une grande batterie voisine de larivière, pour en dominer le cours, with flank fires to secure the shore, both above and below the garrison; que ce fort subit des réparations considérables immédiatement après la bataille du 13 sept. (1759) et que l'on y avait mis en position, sur le côté faisant face vers la campagne, plusieurs canons, par la crainte où étaient les Français que nous nous en emparerions pour nous en faire un rempart on pour le détruire...

A la page 347, Knox y fait de nouveau allusion, au moment où au 15 juillet 1760, les frégates anglaises doublaient la Pointe-aux-Trembles. A la page 349, il dit: «Les grenadiers anglais, après avoir fait une reconnaissance à Jacques-Cartier, se préparaient à canonner Deschambault. »

Deschambault où, seize ans plus tard, en mai 1776, l'armée d'Arnold, frappée de la position stratégique du lieu, en pleine retraite de Québec, voulait se fortifier.

A nos pieds, à quelques arpents de la rive, l’on voit à mimarée la roche Jacques-Cartier, où Baqueville de la Potherie,

dit-on, faisait naufrage en 1698. A peine du fort reste-t-il quel-

ques pierres ; cependant la configuration des lieux répond exactement au plan du fort que l'on voit à la page 174 des Mémoires sur les Affaires du Canada de 1749 à 1760, publiés en 1838, sous la direction de la Société Littéraire et Ilistorique de Québec.

C'est là que Lévis rejoignit l'armée française en descendant de Montréal, le 15 septembre 1759 ; c’est lui qui fit fortifier le fort et y laissa pour commander M. Dumas, avant de s'en retourner à Montréal.

« Jacques-Cartier était un fort irrégulier, bâti sur le bord de la rivière du mème nom, à son embouchure, dans le fleuve

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Saint-Laurent, à l'endroit où l'on passe cette rivière pour aller de Québec à Montréal. Ce poste fut le dépôt de tous les préparatifs du siége de Québec (en 1760), et le rendez-vous des partis que l’on envoyait dans le gouvernement de Québec. Sa garnison était considérable et commandée par un brave homme (M. Dumas) ; il y avait quelques postes en avant, comme à la Pointe-aux-Trembles et autres paroisses.» (1) « Pendant l'hiver de 1759-60,» nous disent ces mémoires, « l'on fit passer en traînes, à Jacques-Cartier, tout ce que l'on put de vivres et de munitions de guerre, et l’intendant fit des achats considérables de marchandises de toutes espèces ; les négociants de Montréal furent obligés de livrer ce qu’ils avaient ; et le sieur de Villiers, contrôleur de la marine, les taxait..….. On forma deux compagnies de cavalerie, à qui on donna un habillement complet, et comme on n’avait point de bayonnettes à donner à la milice, on prit les couteaux de boucherie qu'on trouva, qu’on fit emmancher de façon à entrer dans le canon du fusil ; enfin, tout fut en mouvement. »

Que de préparatifs pour ce qui devait se terminer par ce que les Mémoires appellent «la folie de Lévis!» Après lé départ de l’armée, en mai 1760, pour Montréal, «les vaisseaux anglais pillèrent tout ce qui se trouva à Sillery; et les habitants des environs firent d'abondantes provisions de pelles, de pioches et d’autres effets. »

Le fort Jacques-Cartier a dû couvrir au moins trois ou quatre arpents en superficie. On distingue encore très-bien les embrâsures où étaient braqués les canons ; le grand chemin actuel divise en deux le site où se trouvait le fort. Probablement que le 14 septembre 1759, l'armée française bivouaquait autour, car il devait être impossible d'y faire entrer tant de monde.

«Une partie de l’armée se cantonna dans les environs. Ils se firent des cabanes avec tout ce qu'ils purent trouver. Tout ce que les habitants des environs avaient, soit en provisions, soit en animaux, fut enlevé pour fournir à l’armée ce dont elle avait besoin pendant son séjour dans ce lieu. À peine dans chaque famille put-on conserver ce qui était absolument né-

(1) Mémoire sur les affaires du Canada depuis 1749 jusqu’à 1766-1, page 174, p. 177, p. 180. p. 186.

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cessaire pour sa subsistance; heureuse celle où l’on laissait une seule vache. Ceux des habitants qui purent conserver un mouton ou deux, n’y réussirent qu'en cachant soigneusement ces animaux jusque dans leurs caves pour les soustraire aux recherches continuelles que l'on faisait pour se procurer des animaux.

«Tout ce que l'on enlevait ainsi était payé, il est vrai; mais ces paiements ne se faisaient qu’en papier que plusieurs refusaient et qui n’indemnisaient pas beaucoup ceux qui l'avaient reçu, puisque, comme l'on sait, la valeur de ce papier fut perdue pour la plus grande partie. Pendant que l'armée française était à Jacques-Cartier, elle eut pour aumonier le P. Alexis Duburon, récollet, ou, du moins, ce père vint passer quelque temps à ce poste.

« Ce fort atteste, entre autres beaux fails, la prouesse d'un canadien, habitant du grand bois de l’Ail, Joseph Lamotte, qui, à l'instant de la reddition du fort, alla sous une pluie de balles, enclouer un canon oublié à l'entrée du fort et revint sain et sauf. »—(Abeille, 8 juin 1853).

L'aspect de ces lieux, tout pittoresque qu'il soit en été, mérite d'être vu en hiver. M. Alphonse de Puibusque, qui, avec son épouse, faisait le trajet de Montréal à Québec vers 1853, les décrit comme suit :

«Parvenus une fois encore sur le plateau des caps, nous avons traversé une grande et belle sucrerie. Les hautes futaies laissent des clairières où la neige s'amoncelle et où elle produit des effets bizarres. Des arbres coupés par la hache ou brisés par le vent peuplaient cette froide solitude de fantômes silencieux enveloppés dans leurs linceuls. Je remarquai un érable couché horizontalement sur un groupe de cèdres verts ; la neige y avait trouvé un point d'appui, et, couvrant du haut en bas une ligne inclinée, elle avait formé un pont aërien. Il est impossible de traverser sans recueillement une forêt remplie de ces décorations sépulcrales, ou plutôt toutes pleines de spectres debout ou agenouillés sur leurs sépulcres entr’ouverts: ce n’est pas l'hiver, c'est la mort que l’on croit voir de tous côtés.

«La rivière Jacques-Cartier ne nous était pasinconnue, nous l'avions passée en allant au lac Saint-Joseph, et nous n'avions

oublié ni la rapidité de son cours, ni l'escarpement de ses bords, ni la végétation luxuriante qui l’environne, Plusieurs pêcheries de saumons y étaient en grand renom autrefois ; on les a laissé tomber, je ne sais pourquoi. Son embouchure dans le Saint-Laurent a cela de remarquable quela rive droite se relève en talus ou parapet et forme une redoute naturelle. Voilà pourquoi, après la fatale bataille livrée le 13 septembre 1759, sur les plaines d'Abraham, le chevalier de Lévis y rallia l'armée et s’y retrancha ; c’est à l'ombre de cette forêt vénérable, qu'il médita la glorieuse revanche prise le 28 avril 1760, attaque hardie, retour héroïque, dernier adieu des Français à la victoire dans ce Canada qu'ils avaient découvert, conquis et colonisé, Ici, sur cette rampe où nous glissons maintenant se tenaient les vedettes ; à droite et à gauche, dans le bois, étaient les tentes du camp ; des sentinelles avancées veillaient sur toutes les pointes des rochers qui avancent sur le Saint- Laurent ou le Jacques-Cartier. A chaque heure on entendait courir ce cri sur les deux rivages : Sentinelles, gare à vous / et le qui-vive des patrouilles retentissaient d'échos en échos. Languedoc, Béarn, Guienne, tous ces braves enfants de notre Midi, riaient, chantaient autour des feux de bivouac, les pieds enfoncés dans la neige, mangeant leur morceau de cheval fumé, buvant leur cidre aigre, déchirant à belles dents les verlus de lintendant Bigot et du munitionnaire Cadet. Que de jeux de mots sur la Friponne, cette honnête maison derecel, où les agents faisaient entrer chaque jour par un souterrain tout ce qu'ils dérobaient dans les magasins royaux, pour le revendre le lendemain au roi. Oh! si les échos de ce bois pouvaient redire tout ce qu'ils ont entendu! Mais non ; pas un mot, pas un son, rien, rien ! Partout le silence de la mort. De ces intrépides bataillons, de ces dignes aïeux des martyrs de la Bérézina, que reste-t-il? Le peu que l’histoire a conservé, lorsque l'histoire a été reconnaissante et juste. La bataille du 28 avril 1760, qui fut si brillante pour nos armes, aurait été décisive, c'est-à-dire qu'elle nous aurait rendu, avec la citadelle de Québec, la possession de tout le Canada, sans un incident qui divulgua notre marche à l’ennemi. C'était à Ja débâcle du Saint-Laurent ; un chaland, rempli d’artilleurs,

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heurta si rudement un glaçon flottant, qu'un canonnier tomba dessus et fut emporté dans le cours du fleuve ; bientôt le froid le saisit et il perdit connaissance, (C’est dans cel état qu'il passait devant Québec, lorsqu'il fut aperçu, et on envoya un bateau à sa rencontre. Rapporté dans la ville, il dut aux soins qui lui furent donnés de reprendre ses sens ; se croyant entouré de Français, il révéla la marche de l'armée et mourut aussitôt. Le général Murray, averti, évita une surprise ; il marcha le lendemain au-devant de l'ennemi : mais il fut battu et n'eut que le temps de se rejeter dans la place, qui faillit être prise. On cite une maison, près d’un moulin, que nos grenadiers forcèrent à la baïonnette et d'où lesHighlanders furent délogés plusieurs fois. De part et d'autre, on y fit des prodiges de valeur, mais il fallut attaquer la ville de Québec avec des moyens de siége insuffisants, et dès lors il devint certain qu'elle serait au premier qui recevrait du secours par mer. Tous les yeux étaient fixés sur le Saint-Laurent ; par malheur, la première flotte qui arriva fut une anglaise ; elle délivra la garnison bloquée, et menaça les derrières de l’armée française, qu’elle obligea à lever le siége, et finalement à battre en retraite. Avançons, avançons ; le passé a déposé ici trop de souvenirs de deuil. »

Le chevalier Johnstone, qui avait servi pendant tout le siége, avait une idée fort exaltée de la stabilité du Fort Jacques-Cartier, comme point d'appui, si l’on en juge par les paroles qu'il met dans l& bouche de Montcalm dans le Dialogue des morts entre Wolfe et Montcalm.

« Si vos troupes (les troupes anglaises) » dit Montcalm, «se fussent rendues à Jacques-Cartier, le 18 août 1759, à trois lieues seulement de Deschambault, elles y eussent découvert un poste, fort par la nature, à l’égal du passage des Thermopiles, si célèbre parmi les Grecs et que vous auriez pu défendre, comme vous étiez maîtres du fleuve, par une poignée d'hommes aussi peu nombreux, que celles que Léonidas opposait à ses nombreux ennemis. Mais votre corps d’armée, stationné à Deschambault, à l'aspect de ma cavalerie, qui ne se composait que de deux cents canadiens à cheval et non disciplinés, commandés par le chevalier de la Roche-Beaucourt,

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. coururent à leurs canots et s'embarquèrent avec beaucoup de

désordre et de confusion, comme si toute l'armée eut été à leurs trousses.

«Larivière Jacques-Cartier, qui aemprüunté son nom de celui qui, le premier, découvrit le Saint-Laurent, et qui, après la perte de son vaisseau, hiverna en Canada parmi les Indiens, est unravin immense, avec un courant d'eau rapide, hérissé et parsemé de grosses roches, lequel courant d’eau se dirige entre les deux hauteurs, dont les cîimes sont à une distance d'à peu près deux cents brasses, l’une de l’autre; les côtés sont des glacis, du haut desquels l'œil plonge jusqu’en bas, une hauteur de quatre à cinq cents pieds ; l'aspect de ce précipice fait frissonner d'horreur. Le côté qui fait face au Saint-Laurent est un roc perpendiculaire et inaccessible, et les terres vers le nord sont impraticables, à cause des lacs, des étangs et des marais où l’on s'enfonce fatalement à chaque pas jusqu'au col. 11 doit être impossible d’en faire le tour puisque les Indiens et les Canadiens n’ont jamais découvert un sentier à travers les bois. De sorte que l’on ne saurait pénétrer à ce fort, excepté en débarquant à Deschambault, d’où le terrain s'élève par une pente graduelle et insensible jusqu’à Jacques-Cartier ; si vous, M. Wolfe, vous fussiez emparé de ce fort extraordinaire, vous auriez coupé ma communication avec Montréal, d’où chaque jour me venaient les vivres pour l’armée ; en ce cas, je n’aurais eu d’autre alternative que de laisser mon armée mourir de faim ou de rendre la colonie. Comme notre mission, en venant d'Europe, était non de détruire les Canadiens, mais au contraire, de les protéger et de les défendre, j'eusse été forcé de capituler pour le Canada aux conditions les plus favorables que j'eusse pu obtenir. J'espère vous avoir démontré clairement, que si vous eussiez eu une connaissance du local, vous auriez pu conquérir glorieusement le Canada, sans verser une goutte de sang. »

M. Geo. Allsopp, jeune fermier, le propriétaire actuel du terrain, nous donna permission d'examiner ce lieu si historique. C'était pendant la fenaison, et avouons que le descendant du haut et puissant seigneur, George Allsopp, le magnifique secrétaire du gouverneur Sir Guy Carleton, nous sembla

beaucoup plus préoccupé d’engrangerson foin et ses récoltes, — peut-être n'avait-il pas tort, —que des faits et gestes del'armée française à Jacques-Cartier, en septembre, 1759.

J'ai appris du jeune M. Allsopp que M. Queton Saint-Georges et quelques autres personnes résidentes à Jacques-Cartier, possédaient divers objets en argent, irouvés sur le plateau près du fleuve, et quant aux papiers de famille de M. Allsopp, ils auraient été très-précieux aux antiquaires, à en juger par la (1) relation inédite du siége de 1759, que M. Chs. Aylwin, du Cap-Santé, a eu l’obligeance dé nous offrir en don, laquelle relation, et nous la prisons fort, a été trouvée parmi les papiers de la famille Allsopp. M. George Allsopp, père, occupant une position élevée dans la colonie, prit part aux affaires publiques peu après la conquête ; il est à regretter que ces documents n’existent plus, un crocheteur de Québec les ayant acquis en 1863, à deux centins la livre, pour les convertir en papier.—Pendez-vous de dépit, pauvres antiquaires !

En laissant le fort, le chemin cotoie les hauteurs jusqu’à l'église du Cap-Santé, placée au bas de la côte ; les voyageurs sont . 4rs de trouver dans M. Chs. Aylwin, l'époux de dame veuve Allsopp, co-seigneuresse des seigneuries Jacques- Cartier et d'Auteuil, un agréable cicerone, et un amant des vieilles traditions nationales.

Continuez votre trajet, et vous franchirez bientôt le pont de la jolie et jeune paroisse de Portneuf. Portneuf ! mais ne voilà-t-il pas un des noms classiques de notre histoire ? Cette ancienne seigneurie, «concédée en 1647, par la compagnie des Cent Associés à M. LeNeuf de la Potherie, et qui devint, quatre années plus tard, la propriété de M. Réné Robineau de Bécancour, en faveur duquel elle fut érigée en Baronie par Louis XIV, en reconnaissance des services que cet ancien officier du régiment de Turenne avait rendus à la couronne. En 1743, M'° Robineau, sœur du second Baron, fit passer, par mariage, la seigneurie à la famille de Croisilles, Onze ans après, elle était acquise par M. Petit, trésorier du Roi

(1) ‘A Journal of the Campaign up the River St. Lawrence.” Précieux matériaux pour l’histoire du Canada, contenus en un cahier solidement relié ; ils verront le jour plus tard.

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et conseiller au Conseil Souverain, à la’ mort duquel Portneuf resta en héritage à ses trois filles : ce fief avait une lieue et demie de front, sur trois de profondeur. M. Dumont, lieutenant de la Marine Royale, ayant épousé une des trois sœurs Petil, par réglement de succession entre son épouse et ses deux sœurs, dont l’une était religieuse Ursuline et l'autre pensionnaire chez les Ursulines, la Baronie revint en partage aux Dames Ursulines, qui eurent à payer de fortes sommes à Madame Dumont et à Madame Robineau en indemnité.

Une tradition populaire assigne encore aujourd’hui à l'église paroissiale du Cap-Santé, Seigneurie de Portneuf, un nom qui rappelle celui des anciennes seigneuresses, les D'° Petit ; et l’église des Trois-Sœurs attestera longtemps que si les titres et les honneurs passent vite en ce monde, les plus petits souvenirs religieux sont ineffaçables dans l'esprit de notre peuple. Une simple église de campagne, réparée et embellie par trois jeunes demoiselles, assure à leur nom en quelque sorte le privilége de l’immortalité. (1)

«Cette église des Trois-Sœurs, bâtie à une lieue de distance de la chapelle primitive, qui était auprès du vieux manoir, avait été bénite en 1718, par Messire Chs. F. Morin, curé de la paroisse, qui en avait entrepris et dirigé lui-même la construction.….…. En 1759 et 1760, tout y fut ravagé ; les clôtures y furent emportées, les granges pillées, les bestiaux enlevées, par la cavalerie française, dont les braves, abandonnés par la mère-patrie, et repoussés par les forces britanniques, manquaient de tout et mouraïient de faim. A peine restait-il quelques maigres chapons dans toute l'étendue de la Baronie.

« En 1789, la redevance annuelle de Portneuf élait de 447 livres, trois cent trente-deux chapons vifs et en plumes, soixante et treize journées et demie de corvée, et le onzième de tous poissons, le tout rendu au Monastère des Ursulines à la Saint-Martin. Les dames Ursulines vendirent, en 1854, à M. Angus McDonald, la Baronie de Portneuf» ; elle appartient

(1) Histoire des Uraulines de Québec, tome II, page 127.

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