‹ L'album du touriste [microforme]Chapitre 41 sur 140 · PORTNEUF · texte numérisé non relu

PORTNEUF

maintenant à la plus riche héritière de Québec et de Montréal, Mie Clara Symes.

La vie de châleau en Canada, au siècle dernier, était sans faste, mais gaie et bien remplie.

La guerre, la chasse, la traite, rarement la culture des champs, telles étaient les occupations quotidiennes de noble homme, le Seigneur. Des marches de son manoir, il pouvait abattre, avec son escopette, un chevreuil ; voilà, la pièce de résistance du repas de famille. Au dessert, il égayera la compagnie du récit de la dernière embuscade, où quinze à vingt Froquois ont laissé leurs chevelures aux mains de ses bons amis et alliés, les Algonquins, etc., commandés par son fils aîné, lesquels trophées, il est prêt à produire, si l’on osait mettre en question la férocité indienne ; la veillée venue, sa fille aînée étant entrée en religion, Blanche, sa fille cadette dansera avec un galant lieutenant des troupes du roi, non une fringante polka, mais un menuet de cour, majestueux, quitte à s'indemniser, à la prochaine soirée, au Château Saint-Louis ou chez Madame Champigny, à l'Intendance, par un délicieux tête-à-tête, avec un jeune roué, récemment venu de de France.

Le R. P. de Charlevoix, allant visiter le Baron Robineau de Bécancour, s'exprime ainsi :

«Je partis de la Pointe-aux-Trembles, le 4 mars 1721, avec un cheval borgne, que je changeaï ensuite contre un boîteux, et celui-ci, contre un poussif ; avec ces trois relais, je fis dixsept lieues en sept ou huit heures, et j'arrivai de très-bonne heure chez le baron de Bécancour, grand-voyer de la Nouvelle-France, lequel ne voulut jamais me permettre d'aller plus loin. D'ailleurs, ce gentilhomme a, sur ses terres, un village d'Abénaquis, gouverné pour le spirituel par un Jésuite, que j'étais bien aise de salner en passant. Le Baron demeure à l'entrée d’une petite rivière qui vient du sud, qui coule toute entière dans son domaine et qui porte son nom. La vie que mène M, de Bécancour dans son désert, rappelle assez nalurellement le souvenir de ces anciens patriarches, qui ne dédaignaient pas de partager avec leurs domestiques le travail de

la campagne ; il vit aussi sobrement qu'eux. Le profit qu’il

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peut faire de sa traite avec les sauvages, ses voisins, vaut bien les redevances qu'il pourrait tirer des habitants à qui il aurait partagé ses terres ; avec le temps, il ne tiendra qu’à lui d’avoir des vassaux. »

Pourvu que votre cheval ne soit, comme celui de l'historien Charlevoix, ni borgne, ni boîteux, ni poussif, après une course de deux heures, votre œil embrassera les flèches luisantes de la grande église de Deschambault, qui eouronne le vieux Cap Lauzon, où le général Murray, conduit par le major Stobo, débarquait le 18 août 1759, 2000 hommes, dit Johnstone, pour brûler la maison du capitaine Perrot. (Perrault?)

Voyons ce que dit la relation de M. Jean-Claude Panet :

«18 août 1759. Les Anglais firent une descente à Deschambault, à la maison de M. Perrot, capitaine du lieu, Cette maison servait de retraite à la belle amazone aventurière. C’est madame Cadet, femme du Sieur Joseph Ruffio. »

Si nous avons bien lu les Mémoires du temps «la belle amazône aventurière » de 1759, quelque fut son mérite d’ailleurs, ne brillait pas par la vertu théologale qui distingua la ehasle Susanne.

Continuons de citer la relation.

«Cette maison était riche par le dépôt que plusieurs officiers avaient fait de leurs malles, lesquelles, ainsi que la maison, ne furent point sauvées. Lorsque se faisait celte belle opération, quinze canadiens, à la tête desquels se trouvaient le sieur de Belcour, major de cavalerie, se présentèrent hardiment. Les Anglais crurent, sans doute, que c'était un avantgarde et se rembarquèrent ; ce qui encouragea ce petit parti, qui venait au secours, composé d'environ 300 hommes, du Cap-Santé. Les Anglais étaient près de 800 ; ils perdirent vingt-deux hommes sans compter les blessés. Nous n’avons eu qu'un Canadien de blessé légèrement. Ilest à observer que M. de Montcalm parut après cette noble expédition.

«Les Anglais traversèrent avec leurs berges à Sainte-Croix, et rasèrent la terre pour ne point se laisser aller au courant. M. Cournoyer, officier de la colonie, qui avait 75 hommes avec lui, posta son monde en embuscade, et leur ordonna de tirer sur la première berge, ce qu'ils firent. Ils les passèrent ainsi

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