‹ L'album du touriste [microforme]Chapitre 45 sur 140 · TRAIT · texte numérisé non relu

TRAIT

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forts, et s'il eût connu le véritable état de choses, il fût resté dans ses retranchements et n'eût point risqué une défaite inutile à son vainqueur,

Si les grandes actions se mesurent à la difliculté de l'entreprise, à l'exaltation de sentiment qu'il faut pour les tenter, la bataille du 28 avril, mérite que l'histoire accorde au chevalier de Lévis une place au moins égale à celle de Wolfe, Il n'a pas tenu à lui de mourir au milieu de sa victoire ; mais il n'en a été que plus malheureux ; le sort de Wolfe lui eût épargné la douleur de voir son triomphe inutile et la cour de France l’abandonner avec une si cruelle cheté ; il n'aurait pas eu à souffrir les tortures morales qu'il dut éprouver lorsque, enveloppé dans Montréal, par trois armées anglaises, il vit refuser les honneurs de la guerre à la poignée de braves qu'il commandait, menaça de se retirer avec eux dans l'ile de Sainte- Hélène pour s'y défendre jusqu'à la dernière extrémité, et ne posa les armes que sur l'ordre formel de M. de Vaudreuil,

Les contre-temps, grands et petits, ne mandquèrent point non plus dans cette nouvelle expédition, Lévis dut remonter le long de la rivière du Cap- Rouge, trop bien défendue à son embouchure, et déboucher, à la pluie et au tonnerre, sur les hauteurs de Sainte-Foye, par les marais de la Suède, Murray avait été prévenu de son arrivée, qu'il croyait secrète, et il trouva plus de 2,000 hommes rangés sur le plateau, où il avait, du reste, tant de difliculté à s'établir,

L'espèce de malheur qui s'attachait à chaque instant à la cause de la France, dans les plus petits détails, a été vivement sentio par tous les écrivains contemporains, et la Religieuse de l'Hôpital-Général, qui nous a laissé une relation du siége de Québec (1), en a été surtout frappée,

’arlant de l'aventure extraordinaire du canonnier de l'armee de Lévis, recueilli sur les glaces dans le portde Québec, elle dit: « Le pauvre homme, saisi et ellrayé des risques qu'il venait de courir, ne fut pas en état de dissimuler ; il dit avec franchise qu'il était un des canonniers de l'armée, qui était à deux lieues de Québec ; qu’en voulant monter un canon, le pied lui avait manqué ; que la glace l'avait emporté et fait dériver malgré lui, Jusque-là, la marche de l'armée avait éte secrete, Pour le moment, ce secret développé nous parut de mauvais augure, et dirigé par une puissance à laquelle on ne put s'opposer, »

Et plus loin : « Notre armée, ignorant le trait de Providence qui venait de se passer à l'avantage de l'ennemi, continua sa marche. La nuit du 27 au 28, fut des plus terribles. Le ciel semblait vouloir combattre contre nous. Le tonnerre et les éclairs, peu communs dans cetie saison en ce pays, nous annonçaient par avance les coups de foudre auxquels les nôtres allaient être exposés. La pluie, qui tombait à seaux, et les chemins impraticables par la fonte des neiges, ne lui permettaient point de marcher en ordre. M, de Bourlamarque, second général des troupes de terre, se trouva à la vue des ennemis, à la tête des premiers bataillons, sans avoir eu le temps de les ranger, »

Le chevalier de Lévis arracha, pour bien dire, cette dernière victoire à la Providence ; car les avantages étaient tous du côté de l'armée de Murray, dont les forces, quoiqu'en aient dit plusieurs écrivains, étaient à peu près égales aux siennes,

A la bataille du 13 septembre, Montcalm avait sa droite sur le chemin de Sainte-Foye, et sa gauche sur le chemin Saint-Louis, à la hauteur des Buttes-à-Neveu, Wolfe lui faisait face sur toute la ligne et commandait en personne à la droite, les grenadiers de Louisbourg ; ce fut en chargeant à leur tête qu'il reçut les coups de feu dont il mourut.

A la bataille du 28 avril, le général Murray avait aussi étendu sa ligne sur la plus grande partie du plateau, sa droite s'appuyait au côteau Sainte- Geneviève, sa gauche à la falaise qui borde le Saint-Laurent.

Le ?8 avril, les Anglaisattaquèrent les premiers, jouant le rôle qu'avaient joué les Français, le 13 septembre.

(1) Mémoires Historiques publiés par la Société Littéraire et Historique de Québec, 2e volume.

On trouve aussi cette relation en brochure, publiée chez Cary, 1855.

Mais il y avait cette immense différence, qu'au 13 septembre, les Anglais étaient déjà bien établis et bien rangés en bataille, lorsque l’armée de Montcalm, après avoir laissé en toute hâte le camp de Beauport, arriva sur les plaines ; tandis que, le 28 avril, l’armée du général Lévis n'avait pas encore pris position lorsqu'elle fut attaquée ; de plus, elle devait être excédée de fatigue, avant passé deux jours en marche ou en escarmouches par un temps affreux.

Lévis n'avait que 3 pièces d'artillerie à opposer à 22 bouches à feu:

Aussi le dernier combat fut-il plus acharné que le premier. La lutte fut surtout terrible au centre où se distingua M. de Repentigny à la tète des milices de Montréal et sur l'aile gauche de l’armée française, au moulin de Dumont, abandonné, pendant la nuit, aux troupes francaises, que celles-ci avaient évacué à leur tour et que les grenadiers de la reine, sous le commandement de M. d'Aiguebelles, reprirent après un combat furieux contre les montagnards écossais du col. Fraser. La déroute de l'aile gauche de l’armée anglaise, vivement attaquée par le colonel Poularier, à la tête du Royal Roussillon, et par M. de Saint-Luc avc un corps de Canadiens, décida du sort de la bataille.

On ne s'accorde point sur le nombre des tués et des blessés pas plus que sur le nombre des troupes engagées. On peut dire, cependant, que près de 3,000 homw: s furent mis hors de combat, ce qui est une forte proportion sur le nom) e des combattants (1).

Dans sa perte, l’armée française comptait cent quatre ofliciers tués ou biessés ; parmi les premiers se tuouvait le brave colonel Rhéaume, qui commandait un des bataillons de la milice de Montréal, et parmi les derniers M. de Bourlamarque, qui commandait l’armée en second.

Tels sont, en peu de mots, les deux événements qui ont illustré les plaines d'Abraham.

Ce ne fut que longtemps après que l’on songea à en perpétuer la mémoire par des monuments. Le professeur Silliman, lorsqu'il visita Québec, en 1819, fut étonné de ne trouver d'autres souvenirs de Wolfe que la curieuse statue en bois peint qui se voit dans une niche au coin de la rue du Palais. ‘Quand j'exprimai, dit-il, ma surprise à un oflicier de l’armée anglaise, il me fit observer (ce qui aurait dû me frapper moi-même si j'y eusse réfléchi quelques instants) qu'il fallait tenir compte des sentiments de la population française, et que l'érection d’un monuraent à la gloire du général Wolfe pourrait l’offenser. ”

Quelques années plus tard, Lord Dalhousie, par une heureuse et noble inspiration, sut honorer à la fois la mémoire de Wolfe et celle de Montcalm. Le ler de novembre, 1827, il convoqua, au Château Saint-Louis, une assemblée des citoyens, y prononca un discours et nomma un comité chargé de l'exécution de son projet. Le 27, il posa solennellement la première pierre du monument qui se voit dans le jardin du gouvernemeni. Ce site fut äiors préféré à celui des Plaines d'Abraham, parce que l'on se proposait d'élever une colonne à l'endroit où, d’après la tradition, Wolte mourut entouré de quelques-uns de ses officiers. Le site choisi offrait plusieurs avantages, celui de frapper d’abord la vue de l'étranger et de tenir constamment sous les yeux de la population les noms des deux héros. Placée au milieu d'arbres déjà vieux, quoique encore très-beaux et verdoyants, commandant la vue de toute la rade, l’obél'sque de Wolfe et de Montcalm est un des objets qui se gravent le plus fortement dans la mémoire de tous ceux qui visisnt Québec. (2) :

La cé émonie de la pose de la première pierre fut faite avec une grande pompe civile et militaire ; une courte allocution fut prononcée par Lord Dalhousie, et des discours en ferme de prière par l’aumônier (Chaplain)

(1) M. de Vaudreuil dit, dans sr dépêche, (Documents de Paris) : “M. de Lévis estime la perte des Anglais de 12 à 1500 hommes, et l’ennemi en convient lui-même, La nôtre ne saurait être beaucoup moindre, ” Ce qui donnerait do 2400 à trois mille hommes tués et blessés.

(2) Le dessein en fut fait par le capt. Young, du 79e ou ‘“ Cameron Highlanders. ??

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de la garnison, le Dr. Mills, et par l'aumônier provincial, le Dr. Harkness. Un ancien compagnon d'armes de Wolfe, M. Thompson, alors âgé de 95 ans, fut invité, par Lord Dalhousie, dans les termes les plus flaiteurs, à 0 donner sur la pierre les trois coups d'usage. (1) |

Le monument a, en tout, 65 pieds de hauteur. Sur le cénotaphe, au

bas de l’obélisque, est cette belle inscription, due au Dr. John C. Fisher : Ë Mortem. Virtvs. Commvynem. h Famam Historia.

Monvmentvm. Posteritas, Dedit.

Cette inscription est du côté du fleuve. En arrière est celle-ci : Hujusce Monumenti in Virorum Illustrium Memoriam WoLrE ET MONTCALM Fondamentum P. C.

Groruius COMES DE DALHOUSIE à In Septentrionalis Americæ Partibus sa Ad Britannos Pertinentibus É Summam Rerum Administrans ; fl Opus Per Multos Annos Prætormissum, Da Quid Duci Egregio Convenientius ? te Auctoritate Promovens, Exemplo Stimulans i:

Munificentiàâ Foveus A.S. MDCCCXXVII Georgio IV Britanniarum Rege.

Du côté du nord on lit le nom de Moxreazu, et du côté du sud celui de Wore, l’un et l’autre en gros caractères.

Deux monuments à la mémoire de Woilfe ont été élevés en Angleterre, l'un dans sa paroisse natale, Westerham, dans le comté de Kent, et l’autre dans l’église de Westminster, aux frais de l'Etat et sur un vote de la Chambre des Communes du 21 novembre 1759. La prise de Québec evait été annoncée au Parlement par les Commissaires du Roi, dans le {h discours d'ouverture, le 13 novembre, dans les termes suivants: ‘ La } conquète de tant de places importantes en Amérique, ainsi que la défaite p de l’armée francaise en Canada et la prise de Québec, capitale de ce pays, l; font le plus grand honueur au courage et à l’habileté des officiers de i À l’armée et de la marine, et jettent le rius grand éclat sur l'intrépidité de 1 nos troupes, ?

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