WASHINGTON IRVING
s’en ressouvenant, il ne fasse qu'alimenter une douleur inextinguible? Et l'ami, l'ami affectueux, l'oublie-t-on même aux plus sombres moments de la vie! L'époux inconsolable, qui confie à la froide terre les restes inanimés de sa compagne chérie, accepterait-il une consolation où se mêlerait l’oubli de l'objet aimé ! Non! Jamais! le sentiment qui survit au tombeau, est un des plus nobles attributs de notre nature. Il a ses joies, aussi bien que ses tristesses et quand son amertume se confond avec les larmes douces du regret et du souvenir, quand la soudaine agonie causée, par la;perte irrévocable de l’être aimé, se mèle à la mémoire de ce qu'il était dans ses plus beaux jours, quel est celui qui chasserait de son âme ce doux chagrin ? Bien que ce sentiment puisse sembler un nuage dans l'enivrement du plaisir, ou assombrir encore d'avantage les tristesses de l'existence, qui voudrait alors le remplacer par les chants de l’allégresse ou les transports de la joie? Il s'exhale de la tombe une voix plus douce que les chants d’allégresse. Le souvenir des morts a un charme que toutes les inuissances des vivants ne sauraient faire disparaitre. Oh, tombeau ! tombeau ! tu eflfaces toutes les erreurs, tu couvres bien des fautes! tu éteins tous les ressentiments! De ton sein paisible, il ne s'élève que de tendres regrets! Quel est celui qui puisse jeter la vue sur la tombe, même d’un ennemi, sans eprouver une espèce de remords, d'avoir été en guerre avec cette pauvre poignée de poussière qui git à ses pieds ?
« Mais, le tombeau de ceux que l’on a aimés, quel lieu pour la méditation ? C’est là que défile à nos yeux le cortège de leurs vertus. Là, rous nous rappelons la tendresse, les mille et une bontés qu'ils avaient pour nous, et qui ont passé inapercues, dans les préoccupations ordinaires de la vie. Nous aimons à nous retracer la scène déchirante de leur heure dernière! le lit de mort, avec ses secrètes angoisses, le va-et-vient silencieux des assistants, le calme forcé des amis, les soins assidus, sans relâche, autour du pauvre agonisant, le dernier baiser de la tendresse expirante, la poignée de mains mal assurée, tremblante, oui, tremblante....…la dernière poignée de mains, les mots d'adieux, confus, saccadés et qui luttent contre la mort, pour donner un suprème témoignage d'affection; puis, ce dernier regard affectueux de l'œil qui se glisse prêt à se fermer à jamais sur le seuil de l'autre vie.
Oh! allez à la tombe de ceux que vous avez aimés! allez-ÿy méditer ! allez régler avec votre conscience, y gémir sur tous les bienfaits méconnus, la tendresse oubliée dont vous avez été l’objet de la part de l'être qui ne pourra jamais, jamais revenir pour enteniire vos regrets.
« Là, vous serez appelé à rendre compte de votre conduite, que vous sovez fils, ami, “poux où amant inconsolable! Avez-vous insulté aux cheveux blancs d'un père ? avez-vous, époux indigne, froissé le cœur de celle qui vous a voué son existence entière? Avez-vous, dans un moment d’égarement, méconnu, négligé les droits d'un ami, ou bien, amant intidèle, avezvous un instant oublié les serments que vous fites à celle dont la froide dépouille est maintenant à vos pieds ? soyez sûre qu'en présence de cette tombe, chaque sentiment, chaque parole indigne, qui a dans le passé pu vous échapper, reviendra frapper à la porte de voire cœur, terrible ou suppliante, et cela avec d'autant plus d'angoisse, qu'il sera trop tard.
« Anis : tressez donc vos guirlandes d'immortelles ! couronnez la tombe de votre amour éteint, de ce qu'il y a de plus gracieux dans la nature.»
Quel lieu pour la rêverie, que cette solitude bocagère du Mount Hermon ou de Belmont! Vous vous prenez à interroger ces tombes silencienses ; vous adressez à ces cendres chéries, vos regrets. Les accents pénétrés d'Hypolite Violeau, vous reviennent sans cesse à l'esprit.