LES RESTES DES FORTIFICATIONS SUR LE CHEMIN DE CHARLESBOURG
(Note pour la page 97.)
Il faudrait bien des volumes pour décrire le site historique de Québec : signalons au moins au touriste un endroit qui l’interessera au suprème degre,
En 1535, Jacques Cartier plaçait en hivernement, à l'embouchure de la rivière Lairet, vis-à-vis de la Pointe-aux-Lièvres, la Grande et la Pelile Hermine, là où M. Jos. Hamel en decouvrait les restes en 1843, sur les rives du Saint-Charies ; c'est là le berceau de la domination française. Deux siècles et demi plus tard, le même site pouvait ea être cousidére le tombeau. On sonnait le glas de la France, près du lieu où naguère avait été érigee la Croix, par laquelle Francois Î prenait possession du pays ; on delibérait de la reddition de la colon.e.
La relation d'un temoin oculaire, le chevalier Johnstone, aide-de-camp de Lévis, recemment publ'ée par la Socielé Lilléraire el Historique, nous trace, d'une manière suisissante, ce debat.
Suivez moi à l'Ouvrage à cornes derrière la résidence de M. Parke, Ringlieid, sur le chemin de Charle<bourg. Les restes de cette importante fortilication, qui convre près de ‘douze arpe’ts, se voient enccre aujourd’hui, bien que leur existence fut parfaite’ aent ignorée de la plupart des citoyens de Québec, jusqu'à ce que la , lication de l'écrit du chevalier eut fait laire des recherches, Depuis ce temps, les visiteurs et touristes y affluent,
« L'armée française mise en fuite» dit-il, «se dispersa et s'évada vers la ville. Peu entrèrent à Québec : le gros des troupes descendit les hauteurs d'Abraham, vis-à-vis du palais de l’Intendant, se dirigeaut vers l'Ouvrage à cornes, et côloyarnt les rives du Saiut-Charles. Voyant qu'il était inpossible de rallier nos soldats, je me drterminai à descendre le côteau, près le moulin à vent, dans le voisiguage de la boulangerie (1), et de là à travers les pâturages (la Vacheri-), vers l'Ouvrage à cornes, bien déterminee à ne pas approcher de la ville, crainte d'y ètre cerné avec une
(1) La boulangerie, le moulin à vent: voilà encore des localités à fixer, à étudier dans notre histoire.
partie de notre armée, ce qui eût été possible si les vainqueurs eussent tiré tout l'avantage qu'ils pouvaint de leur succès. 11 est vrai que la mort de leur commandant en chef, un évènement qui ne inanque jamais de causer le désordre et la confusion dans une armée quelconque, peut servir d'excuse aux Anglais, d’avoir négligé de prendre toute notre armée prisonnière,
« L'Ouvrage à cornes était en face de la rivière Saint-Charles, large à cet endroit d'environ soixante-et-dix pas : cêtte rivière lui valait mieux qu'un fossé de mains d'hommes : son front, qui faisait face à cette rivière et aux hauteurs, était composé de palissades fortes et hautes enfoncées perpendiculairement, dans le sol avec meurtrières pour tirer plusieurs grosses pièces d'artillerie : la rivière est profonde et guéable à marée basse, à la portée d'un mousquet devant le fort : cela en rend la prise plus diflicile du coté du Saint-Charies que du côté opposé où il était construit de terre (earthwork) et faisait face à Beauport, bien qu'il présentât de ce côté un asrect plus formidable, et certainement que l'Ouvrage à cornes ne pouvait être capturé de ce côté par un assaut des Anglais tant que ces derniers seraient sur la rive opposée. A la vue des soldats sur la plaine où etait la boulangerie, Monguet et Lamotte, deux vieux capitaines du régiment de Bearn, s'adressèrent avec véhémence à M. de Vaudreuil, lui disant « que l'Ouvrage à cornes ssrait pris en un clin-d'œil, par un assaut, le sabre au poing : que nous serions tous passés au lil de l'épée : que rien ne pouvait nous sauver qu'une prompte capitulation de la colonie entière aux Anglais.» Montreuil leur répondit «qu'un fort tel que l'Ouvrage à cornes ne se prenait pas si fauiiement. »
« Bref, il s'éleva un cri général dans le fort pour couper le pont de bateaux. Ilest bon de remarquer qu'à peine un quart de notre armée avait réussi à l’atteindre et que si l’on eût coupé le pont de bateaux, le reste de nos soldats eût eté abondonné de l’autre côté comme des victimes au vainqueur, Le régiment Royal Roussillon était en ce moment à uue portee de fusil de l'Ouvrage à cornes, se disposant à franchir les pontons. Comme je m'étais déjà trouvé dans de semblables aventures, je ne perdis pas mon sang-froid, et possédant encore quelques restes de l'estime que l'armée avait pour moi, à cause de la confiance que MM. de Levis et de Montcalm me montraient publiquement, je m'adressai à M. Hugon, qui commandait, lui demandant une passe pour entrer dans l'Ouvrage à cornes, et je le priai de m'accompagner au pont. Nous y arrivâmes en courant et sans nous enquérir qui avait donner ordre de Île couper, nous en chassämes les soldats, dont les haches levées allaient en un instant exécuter cet ordre insensé,
« M. de Vaudreuil était alors enfermé avec M. l'Intendant et quelques autres personnes dans une maison (1) qui se trouvait dans l'intérieur de l'Ouvrage à cornes. de soupconvai qu'ils méditaient un projet de capitulation générale et j'entrai dans la maison où je n'eus que le temns de voir l’'Intendaut avec une plume à la main écrivant sur une feuille de papier, lorsque M. de Vaudreuil me dit que je n'avais pas affaire là, Lui ayant repliqué que ce qu'il disait était vrai, je me retirai en colère de les voir songer à abandonner, si ignominieusement, une colonie pour la préservation de laquelle tant de sang et d'argent avaient ét" prodigués. En quitlant la maison, je rencontrai M. Dalquier, un brave et honnète homme avancé en âge, qui commandait le régiment de Bearn, avec les marques d’un brave oflicier sur toute sa personne : d'innombrables bles. sures. Je lui dis que l’on discutait en dedans de la maison la reddition du Canada à l'Angleterre, par une capitulation et je le priai de se hâter d'y entrer pour défendre la cause du roi et sauvegarder les intérêts de sa
(1) Cet ouvrage couvrait à peu près douze arpents en superficie : il ne reste aucun débris de la maison, mais M. G, H. Parke possède un vieux plan où elle est indiquée et que nous avons vu.