LES ANCIENNES FORTIFICATIONS FRANÇAISES
patrie. dJele quittai ensuite pour rejoindre Poularier au Ravin (2) de Beauport, mais l'ayant rencontré à trois ou quatre cents pas de l’'Ouvrage à cornes, où il se rendait, Je l’informai de ce que l’on y discutait.
«Il me répondit que plutôt que de consentir à une capitulation, il verserait la dernière goutte de son sang. Il me dit de faire de sa maison et de sa table la mienne, me conseilla d’y aller m'y reposer et, donnant de l'éperon à sou chevai, il s'élança, rapide comme l'éclair, vers l'Ouvrage à cornes. »
Nous ne donnerons rien de plus de cet intéressant journal au public, quoique nous sommes certains que plusieurs désireraient entendre l'aide de camp de Lévis, le chevalier Johnstone, décrire avec sa verve ordinaire l’arrivée de l’armée entière à l’Ouvrage à cornes, à la brunante, pour en défiler par détachements épars, confus et pleins de panique, par le chemin de Charlesbourg, courant vers les hauteurs de la Jeune-Lorette, puis à travers l’Ancienne-Lorette, et rejoignant, épuisés de fatigue et désorganisés, Bourgainville près du Cap Rouge, au point du jour, le 14 septembre
(2) Un pont appuyé sur une forte maçonnerie s'étend maintenant sur le Ravin, vis-à-vis du moulin à farine de M, W. Brown, sur le grand chemin de Beauport,
Les Bostonnais à la Beauce, 1775.—Dinde rôti.—Vin d'Espagne.—Saint Igan.— L'Enfer. —Brise-culolles, — Saint-George. — Saint-François. — Saint-Joseph.-Sainte-Marie.
« Dimanche, 5 novembre 1775.
«On a appris ce jour, que M. Robicho {|} avait été fait prisonnier : grande panique s’en suivit parmi les paysans menacés par les Anglais, s'ils refusaient de secourir Québec. « Nous arrivâmes à la Chapelle de Saintes Marie où nous fimes bombaänce. Dinde rôti, excellent vin d'Espagne. » (?)
La féte de la Toussaint, dit la tradition, ne fut pas particulièrement gaie 4 la Beauce, en 1775. Il y avait plus que les prières et les funèbres chants de l'église pour les saints du martyrologe : une si terrible préoccupation régnait sur le sort des vivants que l'on avait peu de temps pour penser aux morts. Ce jour même, après la grand'messe, campait en face du lieu saint, sur la rive de la Chaudière, une soldatesque déguenillée et affamée que la renommée peignait comme plus impitoyable, plus féroce que les Huns d’Attila. Sainte- Marie, qui n'avait pas donnée dans les velléités révolutionnaires de Saint-François et de Saint-Joseph, énergiquement combattues par l'évêque Briand dans son mandement (3) du
(1) MM. les antiquaires auraient-ils la complaisance de nous dire ce qu'était co M. Robicho ?
(2) Journal tenu par le Dr Ienat Senter, médecin et chirurgien dans l’armée d'Arnold,
(3) ‘‘ Jean-Olivier Briand, pur la miséricorde de Diau et ln grâce du Saint: Wiége, Evêque de Québec... À tous les peuplts de cttte colonie : Saluts et Bénédiction—
t Une troupe de sujets, révoltés contre leur légitime Souterain, qui est en même temps lé nôtre, vient de faire irruption dans cette province, moins dans l'espérance de s’y pouvoir soutenir que dans la vue de vous entraîner dans cette révolte, ou au inoins de vous engager à ne pas Vous opposer à leurs pernicieux desseins.
‘ La bonté singulière et la douceur avec laquelle nous avons été ronvernés do la part de Sa Très-Graciouse Majesté le roi George III, depuis que, par le sort des armes, nous avons été soumis à son empire : les faveurs récoutes dont il
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22 mai 1775, avait raison de redouter l’arrivée de ve ramas de déserteurs de l’armée anglaise à Boston, décidés à porter le fer et le feu au sein même de la province anglaise de Québec. Les Canadiens d'alors n'avaient pas, paraît-il, plus
vient de nous combler en nous rendant l’usage de nos lois, le libre exercice (*#) de notre religion et en nous faisant participer à tous les privilèges et avantages des sujets britanniques, suffiront sans doute pour exciter votre reconnaissance et votre zèle à soutenir les intérêts de la couronne de la Grande-Bretagne. Mais des motifs encore plus pressants doivent parler à votre cœur dans le moment présent. Vos serments, votre religion vous imposent une obligation indispensable de défendre de tout votre pouvoir, votre patrie et votre roi. Fermez donc, chers canadiens, les oreilles et n’écoutez pas les séditieux, qui cherchent à vous rendre malheureux et à étouffer dans vos cœurs les sentiments de soumission à vos légitimes supérieurs, que l’éducation et la religion y avaient gravés, ”
Placés en regard des sentiments du Congrès et des concessions du Roi de la Grande-Bretagne, le langage de l’évêque Briand, avait sa raison d’être. Arnold» tenait un langage bien différent de celui du Congrès en présence de ceux qu’il voulait enjoler, pour me servir de l’expression pittoresque, bien que vulgaire, de l’annaliste Badoeaux, maïs continuons de citer le mandement de l’évêque Briand.
“ Portez-vous avec joie à tout ce qui vous sera commandé de la part d’un gouverneur bienfaisant, qui n’a d’autres vues que vos intérêts et votre bonheur. Il ne s’agit pas de porter la guerre dans les Provinces éloignées : on vous de-
(#) “ C’eut été surprenant en effet, ”” dit le le fameux correspondant du Times de Londres, W. H. Russell, “ que pendant le siècle passé, au moment où le code pénal de l’Angleterre était écrit en caractères de sang, quand nos co-sujets dans la Grande-Bretagne gémissaïent sous le coup des persécutions religieuses et des lois pénales, on eut pu trouver dans une colonie éloignée des traces de sagesso dans l'administration.
‘“ L’Acte impérial de 1774, fit de l’église catholique l’église établie en Canada, et de la Coutume de Paris la base de l’administration civile.
“ N'est-il pas étrange que la Grande-Bretagne ait accordé de telles concessions à des catholiques et à des colonistes, au moment où eile appliquait dans toute leur sévérité, les clauses du code pénal en Irlande ? Maïs n'est-il pas encore plus étrange de voir le peuple des colonies de l'Amérique, tout prêt à proclamer son émancipation ct à se poser en champion de la liberté en matière de foi et de culte, prendre si amèrement ombrage à la nouvelle de ces concessions ? Les Américains du Nord montrèrent une violente animosité contre les Canadiens- Français. Ils firent des remontrances à la mère-patrie, en termes féroces, intolérants, injurieux, pour avoir concédé ces priviléges aux Canadiens et le Congrès continental n’hésita pas à pro:lamer qu’à leur avis ‘le Parlement (anglais) n’était pas autorisé par la Constitution à étublir une religion féconde en dogmes sanguinaires et impies.
“ Avec uno sublime impudence, vu la besogne qu’il se préparait, le même Congrès exprima aussi son étonnement que le Parlement eut consenti à autoriser en Canada ‘‘ une religion qui avait inondé de sang votre île (la Grande-Bretagne) et qui avait semé l’impiété, le fanatisme, la persécution, le meurtre et la rébellion de par le monde, ”’—(Cunada, te Defenses, Resources, &e., William A, Russell, p. 143-4-5.)
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de sympathie avec les yankees de 1775, que leurs descendants n’en ont eu avec les envahisseurs qui les ont suivis, après un sièele d'expérience. Ni les mielleuses promesses des délégués du Congrès, Franklin, Chase, Carroll ; ni la voix de sirène de Lafayette, n'avait pu faire opter pour la république, ce petit peuple, qui adhérait encore si fermement à la monarchie, nonobstant les tracasscries et les injustices que ses nouveaux maitres avaient suscitées depuis la eussion du pays. Le curé
mande seulement un coup de main pour repousser l'ennemi et empécher l'invasion dont cette Province paraît menacée. La voix de la religion et celle de vos intérêts se trouvent réunies et nous assurent de votre zèle à défendre vos frontières et vos possessions.
‘ Donnée à Québec sous notre seing, le sceau de nos armes et la signature de notre secrétaire, le 22 mai 1775,
“+ J. Or. évêque de Québec, ‘“ Par monseigneur, ‘ Signé : ‘F. PERRAULT, ptre.
Plaçons maintenant en regard de ce patriotique mandement, l’allocution du colonel Arnold, adressée à quelques Canadiens, et surtout aux Indiens qui habitaient Sartigan :
“ Sartigan, 4 nov. 1775.—En réponse, dit Senter, à la pompeuse harangue qu’un chef sauvage prononça en présence du chef des rebelles, Arnold s’exprima comme suit : ‘“ Amis et frères, je m'’estime fort heureux de rencontrer tant de mes frères, venus de différents points du grand pays, et plus heureux encore de vous rencontrer en amis et comme étant intéressés autant que nous dans le succès de cette expédition. Mes frères, nous sommes les enfants de ce peuple qui a levé la hache contre nous. Il y x de cela plus de de cent ans, nous étions tous comme une seule famiile : de religion différente, nous vinmes en ce pays du consentement de notre roi. Nos pères ont acheté les terres des Indiens et sont devenus un grand peuple, nombreux comme les étoiles du ciel.
“ Nous avons ensemencé la terre, et nous sommes par notre industrie devenus riches, Maintenant, un nouveau souverain et ses grands, hommes pervers, veulent nous enlever, sans notre permission, nos terres et nos richesses.
‘ Cela nous a paru injuste et tous nos grands hommes, du fleuve Saint-Laurent au Mississipi, s’assemblèrent à Philadelphie, où ilss’entendirent et adressèrent au roi une supplique, disant qu’ils agiraient en frères et combattraient pour lui, mais qu’ils ne consentiraient pas à céder leurs terres et leurs biens. Le roi refusa d’obtempérer à notre prière, envoya une vaste armée à Boston et s'efforça d’ameuter contre nous nos frères du Canada. J’armée du roi, à Boston, investit les campagnes et les demeures et tua grand nombre de femmes et d’enfants, au sein de leurs paisibles occupations. Les Bostonnais firent appel à leurs frères des campagnes : ils volèrent à notre secours : en six jours, ils levèrent une armée de cinquante mille hommes, chassant les troupes du roi qui se réfugièrent à bord de leurs vaisseaux, tuèrent ou blessèrent quinze cents de leurs hommes. Depuis cela, elles n’osèrent franchir les limites de Boston.
‘“ Maintenant nous apprenons que les Français et les Indiens du Canada se plaignent à nous de ce que les troupes du Roi les tyrannisent et leur font payer très-cher, le rhum, otc., et les excitent à prendre les armes contre les Bostonnais
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