L'OISEAU BLEU.—SCÈNE D'ÉTÉ
Le vent lit à quelqu'un d’invisible, un passage Du poëme inoui de la création ; L'oiseau parle au parfum ; la fleur parle au rayon,
—(Le PRINTEMPS : V. Jugo.)
J'ai souvenance, une belle matinée de juillet, d'être descendu dans mon jardin au moment où l’aurore de ses premiers feux illuminait les cimes altières de mes grands chênes. Au milieu d’un parterre de fraises, était un vieux pommier chargé de fruits et de feuilles, et cher à mes enfants pour avoir abrité le berceau de plusieurs générations de rouge-gorges (merles). Un couple de ces aimables oiseaux en avait alors choisi la fourche hospitalière pour y construire leur nid: là, sur du fin foin et des mousses pétries de boue, reposaient, doux espoirs de la future couvée, quatre éméraudes. Mes yeux s’y portèrent comme par instinct. La femelle était à son poste, l'œil vigilant ; le mâle, perché sur la plus haute branche d’un grand orme voisin, l’orgucil de Spencer-Grange, roucoulait à sa compagne une de ses canzonettes les plus tendres, Près du pommier croissait un tournesol (1) dont la corolle, amoureusement penchée vers l’astre du jour, laissait épanouir une fleur orange, au milieu d’un feston de verdure. À l'extrémité de chaque feuille, étincelaient, saphirs vivants, d'innombrables goûtelettes de rosée ; au centre du tournesol, gisait une ravissante petite créature dont la poitrine et les ailes azurées se détachant de l'acanthe et du vert tendre, miroitaient aux rayons du soleil
(1) L’hélianto, (1) Buffon.