NOTRE-DAME DE RECOUVRANCE DE QUÉBEC
La première chapelle qui ait servi d'église paroissiale à Québec, est celle que Champlain fit construire à la basse-ville, en 1615, dans l’anse du Culde-Sac (1}, où le nom de Champlain est resté attaché à la rue qui aboutissait à cette chapelle. Les Récollets y firent les fonctions curiales jusqu’à la prise de Qu'bec par les Kertks (1615-1629).
Au retour des Français, en 1632, on trouva l'habitation brûlée, c'est-àdire, le magasin (2), avec les dependances. Il fallait donc loger au fort ; et, dès ce moment, la petite population de Québec commença à suivre l’exemple de la famiile d'Hébert, et à gravir la côte de la Montagne. La première année (1632-33), on se contenta d'un appartement du château Saint Louis, pour y faire les offices 13). Enfin, de retour à Québec en 1633,
(1) Voir Découverte du tombeau de Champlain, p. 3 et auiv. (2) Le magasin était précisément à l'endroit où est aujourd’hui l'église de Notre-Dame des Victoires. (Archives de la paroisse de N.-D. de Québec.)
GG) Catalogue des Bienf. de N.-D. de Rec.—De ce que, cette année là on fit les offices au fort, il ne faudrait pas conclure que la chapelle du Cul-de-Snc fut brûlée ; puisque le P. LeJeune (Relat. 1633) nous apprend que, le 24 octobre
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Champlain, après le départ de la flotte, accomplit le vœu qu'il avait fait de bâtir une chapelle dédiée à la Sainte Vierge, si le Canada était rendu à la France. On donna à cette petite église le nom de Notre-Dame de Recouvrance, tant à cause de l’accomplissement de ce vœu, que parce qu'on y mit sur l'autel une image de la Sainte Vierge en relief, recouvrée d'un naufrage comme par miracle.
Mais, où était cette chapelle ?
M. l'abbé Ferland, (Cours d'histoire du Canada, I. 165, note 2) affirme « qu'elle était sur l'emplacement ou dans le voisinage immédiat de la cathédrale anglicane actuelle. » Et nous savons personnellement qu'il s'appuyait uniquement sur ce que Notre-Dame de Recouvrance était proche du fort Saint Louis, et que sa position n'était pas celle de l’église actuelle,
Il est vrai que la Relation de 1635 dit que Notre-Dame de Recouvrance était proche du fort. Mais tous ceux qui demeuraient dans l'enceinte, ou comme on disait alors, dans l'enctos de Quebec, pouvaient, avec leurs amis d'Europe, se servir de la même expression. C'est ainsi que la Mère de l'Incarnation écrit à la supérieure des religieuses de la Visitation de Tours : « L'on jette les fondements de notre monastère proche le fort de Québec (1). De même, le P. Le Jeune (Relation 1632) dit : Nous allâmes célébrer la sainte messe dans la maison de Madame Hebert, qui s’est habituee auprès du fort, du vivant de son mari. »
La proximité du fort n’est donc pas une preuve que Notre-Dame de Recouvrance fût « sur l'emplacement ou dans le voisinage immédiat de la cathédrale anglicane. »
En second lieu, de ce que l’église n’a pas été rebâtie à 11 même place, on n’est pas en droit de conclure qu'elle n’a pas été du tout coustruite sur l’ancienne {erre de l'église ; car elle a pu être seulement reculée et placée sur une autre partie du terrain primitif.
Mais, à défaut de preuves positives, on pourrait établir d’une manière satisfaisante que la {erre de l'église n’a jamais été dans le voisinage immédiat de la cathédrale anglicane. En effet, le terrain où est aujoud'hui cette dernière église, appartenait dans l’origine à la Compagnie : il appartenait encore au gouvernement, lorsqu'il fut donné aux PP Récollets sous M. de Frontenac. Or, si, depuis l'incendie de 1640, il eût cessé d'appartenir à l’église, ce changement se serait eflectué ou par échange avec la Compagnie, ou par rachat, ce dont on n’eût pas manqué de passer un acte dans les formes ; ou enfin par une spoliation manifeste, contre laquelle la fabrique et le curé en exercice devaient réclamer énergiquement. Pareille conduite, du reste, n'était conforme ni au caractère, ni aux habitudes de la compagnie des Cent-Associés.
D'un autre côté, la terre de l'église n'aurait pu devenir la propriété d'un particulier sans un acte authentique, dont copie se retrouverait et dansles archives de la fabrique, et dans les titres du possesseur actuel. D'ailleurs, les propriétés avoisinantes ne pouvaient manquer de faire mention de cette teire qui leur aurait servi de bornes, C’est cependant ce qui est encore à trouver.
Et comment le Journal des Jésuiles (?), n'aurait-il pas parlé d'un fait
1652, il alla dire la messe à la basse ville, où il n’y avait certainement aucune autre chapelle, On conçoit que, la population étant presque toute à la haute ville, cette petite chapelle, déjà insuffisante, devenait plus incommode pour les circonstances. D’ailleurs, l'absence du Gouverneur laissait la jouissance d’appartements qui pouvaient étre très-convenables, en attendant une construction permanente.
(1) Lettre du 24 août 1641.
(2) Le Journal des Jésuites commence en 1645, l’année même qu’on commença à s’ocouper de rebâtir.