NOTRE-DAME DE RECOUVRANCE
aussi important, lui qui nous informe de la construction d'un four, et de la distribution du pain bénit ? Les Relations elles-mêmes, quoique d'habitude moins minutieuses, auraient eu sans doute quelque occasion de noter en passant un changement si remarquable à cette époque.
Mais, outres ces preuves négatives, on peut établir, par des documents positifs, que le terrain de Notre-Dams de Recouvrance faisait partie du terrain de la Cathédrale et du Presbytère actuel.
le, La première preuve peut se tirer de l'acte en vertu duquel M. d'Ail. leboust se réserve, dès le 10 janvier 1649, c'est-à-dire, plus de deux ans avant la première concession faite à l'église, la pièce de terre comprise entre la rue du Fort et la rue du Trésor, d'une part, et les rues Buade et Sainte-Anne de l'autre. « Gette place, y est-il dit (1), tient d'un côté à un chemin qui est entre la dite terre et les terres de l'église parochiale de ce lieu ; d'autre côté aux terres non concédées » (le Rond) ; « d'un bout à un chemin piesante » (la petite rue du Trésor) « qui est entre la dite terre et les terres de Jean Côté (2) ; d'autre, à un chemin qui est entre la dite terre et la grande place (3). » La concession que M. d'Ailleboust fait plus tard de ce morceau de terre à Jean et à Charles Jobin, en vertu de cet acte, prouve que celte réserve était bien en effet située comme nous l'avons dit; seulement, elle était orientée nord-est sud-ouest et nord-ouest sud-est, parallèlement à Notre-Dame de Recouvrance, comme nous le verrons bientôt. Il y avait donc, dès 1649, là où est en partie la cathédrale aujourd'hui, une terre qui, non-seulement appartenait à l'église, mais que l’on appelle purement et simplement {a ler,e de l'église, et cela avant la plus ancienne h concession dont ia fabrique ait un titre régulier,
2%, La seconde preuve, c'est le titre même de la première concession faite à la paroisse, Ce terrain, de forme quasi triangulaire, était compris \ entre la rue Buade et l'emplacement actuel de l'Archevèché, Voici la substance de cet acte : « Louis d'Ailleboust, etc.…...avons distribué et 4 départi une place située dans l’enclos de Québec, contenant trente-huit ! perches et demie de terre ou environ, tenant d’un bout à la grande place, et d'autre bout au sieur Couillard (4) : d’un côté à lu terre de l'église et d'autre côté au grand chemin qui va du magasin chez le dit sieur Couillard (le chemin de la basse à la haute ville), Fait au fort Saint-Louis, de Québec, ce 4e jour de juillet 1651.» Sur le dos est écrit de la main du P. Jérôme Lalemant, qui était curé alors : « Goncession d'une place devant l'église, »
On peut dejà ici constater : L° Que la {erre de l'église n'était séparée de la rue de La Montagne que par cet emplacement de trente-huit perches et demie. 2 Qu'elle était du côté opposé à cette rue ou côte de la basse ville, par conséquent vis-à-vis de la Réserve de 1649, mentionnée plus haut.
3° Un troisième document va nous déterminer maintenant, sinon la profondeur, du moins la superficie approximative de ce terrain. C'est l'acte par lequel Couillard donne à la fabrique un morceau de terre de 89 perches, à condition d'avoir un banc dans l'église. Le sieur Bourdon, dans son procès-verbal de mesurage, s'exprime ainsi : « Ai mesuré une pièce de
(1) Pour n’être pas trop long, nous ne donnons ici qu’un résumé. Nous suppri- he mons en particulier les rumbs de vent, dont nous tirerons une autre preuve plus 4 loin.
(2) Jean Côté avait en effet un emplacement à l’encoignure de la rue du Trésor et de la rue Buade, côté ouest ; il le donna en dot, qnelques mois plus tard, à sa fille Simonne, qui se maria à Pierre Soumandre (Gretfe d’Audouart).
(3) La grande-Place, ou Esplanade du Fort, comprenait alors, outre l’espace qui se trouvait devant la porte du Fort, (c’est-à-dire, une partie du Rond), tous les emplacements situés entre la côte de la basse ville et la rue du Fort. C’estce que constatent en particulier les deux premiers documents que nous citons ioi. (4) Le terrain de l’Archovéché faisait partie du clos de Couillard.
SRE
SE no à
terre sise au dit Québec où est à présent en partie bâtie l'église du dit Québec, contenant KL hab nu perches de terre ou environ, bornée ainsi
u'il ensuit : du côté du sud, la terre appartenant à la dite église ; du côté du nord, joignant les pieux du dit sieur Couillard (l) ; d’un bout à l'ouest, les terres appartenant aussi à la dite église (2) ; d'autre bout à l'est, le chemin qui va de la maison du dit Couillard au fort de Saint-Louis (3), le 9 janvier 1652, »
Cette pièce prouve :
1° Que la terre de l'église était au sud du terrain de Couillard, et endecça de la rue Buade ;
Eh Qu'elle s'étendait, vers l'est, jusque vis-à-vis la rue du Fort ;
8 Qu'elle avait en superlicie environ deux tiers d'arpents, ou [0 perches sur 6 de profondeur, puisque, après la donation de Couillard, elle contenait environ {40 perches (4j. Elle devait avoir cette étendue pour le moins ; car la profondeur nous est donnée, à très-peu de chose près, par l'ancienne clôture de Couillard (mesurage de Martin Boutet, 1667), et l'acte de Réserve, cité en premier lieu, donne à entendre assez clairement qu'elle s'étendait de ce côté au moins jusqu'à l'alignement de la rue du Trésor, C'est aussi ce que semble indiquer le pen de Québec de 1660, tout en orientant ce terrain sur l'église nouvelle et sans tenir compte des acquisitions que la fabrique venait de faire ; car il termine l'enclos du presbytère ‘ de la paroisse aux chapelles latérales, à peu près vis-à-vis la rue du
résor,
Un examen attentif des trois documents dont nous venons de donner la substance, nous conduit donc à cette conclusion : que la (lerre de l'église était la partie du terrain actuel qui s'étendait depuis le pignon est du pres bytère, ou environ, jusque vers le centre de l'église d'aujourd'hui.
Un dernier point reste à éclaircir, savoir: comment était orientée Notre- Dame de Recouvrance ? Elle n'était pas exactement à la même place que la Cathédrale ; mais était-elle du moins dans le même sens ?
Si l'incendie de 1640 n'avait pas réduit en cendres et les archives de l’eglise et les papiers du Greffe, nous y trouverions sans doute quelque lumière, Mais, sans document positif, sans carte, sans plan, il semble dificile, pour ne pas dire impossible, de résoudre cette question.
Cependant vne étude attentive des preniers titres de concessions nous inclinait à croire que cette église avait dû être située dans une direction à peu près parallèle à la rue de la Fabrique, et que par couséquent l'église actuelle faisait angle considérable avec l’ancienne.
PREMIÈRE RAISON : la direction qu'avait la rue Buade à l'époque de la Réserve du 19 janvier 1649. Ilest dit dans l'acte que le chemin qui est entre la dite terre et la terre de l'église « court nord-ouest et sud-est, » c'est-à-dire, dans un sens à peu près parallèle à la rue de la Fabrique
(1) Ces pieux suivaient une ligne partant de la porte de la chapelle du Sémiminaire, ou environ, et allant aboutir vers le coin de la clôture du Parlement, près du pignon de l’Archevéché. (Plan de mesurage de Boutet, Archives du Séminaire de Québec, carton AA.)
(2) Ce sont les emplacements de la rue de la Fabrique et partie du terrain uise trouve entre le Séminaire et le marché, avec le devant de l’église, Chthtve de la Fabrique.)
(3) La maison de Couillard, dont nous avons retrouvé les fondations en 1866, était située dans le jardin actuel du Séminaire, devant la porte qui donne sur la grande allée.
(4) Nous ne donnons ces chiffres que comme approximatifs, nos calculs ayant été faits sur des plans que nous n’oserions garantir en tous points ; cependant ils ne peuvent être bien éloignés de la réalité.