‹ L'album du touriste [microforme]Chapitre 89 sur 140 · LAMARTINE · texte numérisé non relu

LAMARTINE

L'atmosphère était calme, un peu brumeuse même : c'était un de ces derniers soleils d'octobre, pâles, doux, mais peu vivifiants.

Selon une vieille habitude, à la fin de la saison des feuilles, je côtoyais, ce jour-là, silencieux et rêveur avec mon fidèle ami, Wolfe (1), colossal Saint-Bernard, les pittoresques méandres du ruisseau Belle-Borne.

Un tout petit ruisseau coulant visible à peine; Un géant altéré le boirait d’une haleine ;

Le nain Oberon, jouant aux bords des flots, Sauterait par-dessus sans mouiller ses grelots.

C'était plutôt une promenade obligée, comme pour clore la

(1) Mes amis apprendront sans doute avec regret, le décds de ce superbe spécimen de la race canine, le plus beau que j’ai encore vu. Pendant près de dix ans, Wolfo, gardien vigilant et incorruptible du foyer, fut la gloire de Spencei- Grange.

Les bons religieux du Mont Saint-Bernard ont fait preuve de sagacité en se choisissant pour les aider dans leur mission de philantropie, d'auxiliaires si puissants, ei patients, si dociles.

Témoin des faciles victoires de Wolfe, parmi ses semblables, et de la terrour que sa force imprimait même aux hommes résolus, j'ai compris, sans peine, que pour un Saint-Bernard bien constitué, cà doit être une petite affaire d'aller chercher un voyageur engourdi sous une couche de neige et de le traîner par le co! t, bon gré, malgré, aux pieds de ses maitres. Le Saint-Bernard a le poil ct Jaune-erême d'ordinaire, ou un peu plus foncé, le museau, nôir; les yeux,

s; la queuo longue, forte et retroussée en l'air. Un auteur anglais le

me l'A/banian mastif ; il est beaucoup plus grand, plus majestueux dans son que le Ænglish mastif, sans en avoir la férocité,

Volfe était certainement un individu de l’espèce, d’une beauté exceptionnelle, Un

connaisseur eut offert 5100 pour un tel chien. Je le devais à l’obligeancé d'un ami.

Page 1