SAINT-ROMUALD
Les accents du ramier ; la voix de Philomèle ; Eole gémissant dans l'antique tourelle, Aux crénaux du donjon; La plainte que soupire une jeune captive Et l’haleine du soir qui caresse ia rive, Sont moins doux que ton nom.
Les gais sons de l’airain que la brise balance ; Lo bruit que fait sur l’onde, en frappant en cadence, Le flexible aviron; Le chant doux et plaintif du cygne solitaire ; L'écho mystérieux du Sacré Sanctuaire, Sont moins doux que ton nom, — LH. F, (Hymne à la Patrie.)
M. Grant, arbitre des destinées de tous ceux qui habitent la grande terre Fankee, rendez-nous notre poële ! (1)
If.
Saint-Romuald.—Son église ornée,
« De omnibus rebus et quibusdam aliis.»
Pouf ! pouf !! pouf ! !! repète le sifflet aigu de la locomolive. AU a board! s'écrie le conducteur, et le coursier à l'haleine embrasée et cui ne se fatigue jamais, s'élance dans Pespace,
O ma locomotive !
Quand ton ame captivo En vapeur fugitive Sort de tes flancs Brûlants.
Tu pars, belle d’audaco, Tu dévores l'espace Et ta colonne passe, Comme un éclair Dans l'air, —(Vicror RARINEAU.) mais les nombreuses spirales, que décrit la voie ferrée dans son parcours vers les coupes profondes de Hadlow Cove, lui prescrivent de modérer son ardeur.
Dorsn brakes ! répète encore le sifflet. Un grincement de chaines sur les essieux, puis vitesse décroissante du train suivie d'un demi-jour très-prononcé autour de nous, tout enfin
(1) Depuis que ces lignes sont écrites, notre troubadour est revenu, plus vivace que jamais,
indique que le train glisse lentement entre les sombres murailles taillées à pic, dans le cap altier de Hadlow.
Tiens ! nous franchissons le pont sur la rivière Etchemin ; encore quelques évolutions et voilà la petite station de Saint- Romuald.
lei, léger contretemps ; le train de Montréal est en retard. Il nousreste deux quarts d'heure, pour méditer sur l'incertitude des choses humaines en général, et celle des chemins de fer en particulier.
Ayant pour habitude d'offrir un front serein aux plus grands désastres et de considérer carrément la situation quelle qu’elle sait, nous nous garderons donc de vouer aux gémonies la Compagnie du Grand Trone et Monsieur J, C. Brydges..…..
Qui, du Grand Tronc, est l'arbitre suprême |
Descendons à terre, profitons du retard pour aller jeter un coup d'œil sur Ja jolie église du Révd. Messire P. Saxe. Assurément, sans les goûts artistiques de cet excellent prêtre, Saint-Romuald, comme mille et une autres paroisses du Canada, n'aurait rien à exhiber aux amateurs du beau, si l'on en excepte son site pittoresque sur la rive sud du fleuve, à cinq milles de Québec.
Saint-Romuald, démembré en 1854 de Saint-Jean-Chrysostôme, échut à un jeune curé, à un curé-modèle, dirai-je, car, à l'exception d'une admiration trop vive pour la grande république de Washington, —encore, est-il douteux, si c'est un tort !—Je pasteur de Saint-Romuald est bien un euré-modèle !
Me voilà donc avec le plus aimable des Ciceronne, dans l'intérieur de la merveiile de Saint-Romuald, dont la voûte bleue el nuancée rappelle si bien Le Jesu, à Montréal.
Le temple de Solomon a dû être bien che ; cependant, dans toute sa magnificence, il ne sut rivaliser avee «les lis de la vallée. » Mais S'il y avait alors des touristes, il est permis de se demander si, sans un Ciceronne, personne eût diviié Ja moitié même de ses splendeurs.
Que de beautés voilées aux communs des mortels, que de magnificences ne découvre-t-on pas au moven des yeux d'un Ciceronne /—Un Ciceronne, pour la manifestation du beau, dans l'art, c'est le Sesame ouvert des contes arabes,
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SAINT-ROMUALD. 269 | u- L'art, la nature, tout y gagne à se faire voir, par les yeux ll | d'un Ciceronne ; «tout, excepté une jolie femme, » me glisse à | LE l'oreille, un mien ami, Pétrarque en herbe, qui trempe, en ce | al moment, sa plume à mon encrier, tout en rimant un sonnet | aux yeux bleus de sa Laure ; mais chassons loin de nous, | d. comme un piége de Satan, sa réplique grivoise, pour méditer de un instant sur la magnificence artistique du temple sacré de de Saint-Romuald.
On a iei suivi exactement les règles de l’art dans l’architec- | ds ture, la peinture et les sculptures.
Ile « Saint-Romuald, » me dit monexcellent ami, Messire Saxe, la «a élé érigé en 1855-6 : l’intérieur, les décoratious, les peintures, ont été exécutées en 1868-9.
« Les décorations sont de la main de M. Thien, allemand fixé ter maintenant à Cincinnati. Les tableaux sont l'œuvre de W. Le. Lamprech, jeune artiste, de Munich, Grand prix de sa célèbre r'e, académie de peinture.
du «Les Bénédictins, qui se connaissent en arts, m'ont assuré on que c'était un des plus forts artistes sortis de Munich et qu'il , à | élaitle meilleur peintre qu'il y eût actuellement aux Etats- Unis.
)s- «Les tablecux à peindre devaient représenter les principales \r, scènes de la vie de Notre-Seigneur ; de la sainte Vierge ; de u= saint Joseph ; de saint Romuald : voici comme le tout à été un distribué.
ce! «1° Dans le sanctuaire, les trois grands mystères de J.-C. : n- La Nativité,—la Mort, —la Résurrection.
ue «2° Dans la chapelle de la Sainte Vierge : lPAnnonciation, Ja Visitation, les Trois Mages, la Présentation. ns «3° Dans Ja Chapelle de Saint-Joseph : Mariage de saint la Joseph ; Fuite en Egypte ; Nazareth; Jésus au milieu des Docle teurs ; Mort de saint Joseph.
la «4° Dans la voûte, huit tableaux représentant différents
épisodes de la vie de saint Romuald. Le premier, son Entrée le É en religion, et le dernier, au-dessus de l'autel, son Apothéose ou
in ï Entrée au ciel.