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de ce Québec tant convoité et qui, quelques semaines plus tard, devait recevoir sa froide dépouille. fl avait, sous ses ordres, à Lévis, en ce moment, les 15e, 48e, 78e régiments, et un corps de Rangers.
Mais, qui était donc ce belliqueux seigneur Charest? où était son manoir, à Lévis? où étaitce «moulin» qui avoisinait le camp anglais et le brave lieutenant de M. Charest, le sieur Legris ? où reposent ses cendres ?
M. James Thompson, senior, a consigné dans son Journal, pour septembre 1759, des détails assez curieux, et que je n'ai lu nulle part ailleurs, sur le sort desblessés, à la mémo- ‘able journée du 13 septembre. Bien que l'Hôpital-Général füt le quartier-général des blessés français aussi bien qu’anglais, M. Thompson affirme qu'un grand äombre de blessés anglais et français furent portés aux Foulons {Wolfe's Cove), embarqués dans des canots, puis déposés à Lévis.
Voici ses propres paroles : Au combat du 13 septembre 1759, où il v eut un grand nombre de Francais de tués et de blessés sur les Plaines, (nous tuâmes à nous seuls, soixantedouze officiers), Il faisait peine de voir le triste état des uniformes blancs, tout maculés de sang et de poussière. Les blessée gisaient sur le sol comme un troupeau de moutons et tels qu'ils étaient tombés ; car le gros de l'armée avait quitté le champ de bataille, en pleine déroute, sc ns pouvoir enlever leurs morts et leurs blessés. Comme il n'y avait pas d’endroit autour de la ville pour déposer les blessés, il fallut les transporter par la côte du Foulon {Wolfes Cove), d'où nous les embarquâämes dans les canots, en roule pour l'église (de Saint-Joseph) Ce la Pointe-Lévis, convertie temporairement en un hôpital: dans ce service, je ruinai un uniforme. Nos soldats n'avaient d'autre moven de les transporter que des espèces de civières à bras, sur lesquelles on étendait de la toile, et deux hommes portaient chaque civière jusqu'au haut de la côte de la Pointe-Lévis.
Le lenteur du service me faliguait. Je perdis palience, et j'enlevai dons mes bras un blessé et, sans me reposer au haut de la côte, je le portai jusqu'à l'hôpital : arrivé là, j'étais passablement épuisé ; j'avais ruiné mon habit rouge, en sus. Ces
pauvres diables jettaient les hauts cris, quand les mouvements les fatiguaient; mais nous ne comprenions pas un mot de leur langue. L'un d'eux avait la joue pendante sur son épaule : il avait reçu ce coup en esseyant de s'échapper du montagnard qui le conduisait. Lorsque les Français se rendaient prisonniers de bonne grâce, tout allait bien ; mais malheur au prisonnier d’un montagnard, lorsqu'il tentait de se soustraire par la fuite : au premier élan de sa course, pan! et la élaymore réglait tout. »
James Thompson, alors dans la foree de l'âge, était taillé comme un Hercule ; on ne sera donc pas surpris d'apprendre qu'ilétait de force à porter un blessé dans ses bras, du débarcadère à Lévis, en montant la côte à Bégin, jusqu'à l'église de Saint-Joseyh, sans se reposer. Seulement, eela lui causa de Ja fatigue : on en éprouverait à moins.
Pendant l'hiver quisuivit la bataille des Plaines, on voit que la Pointe-Lévis, et surtout les environs de l’église Saint-Joseph, furent le théâtre de plusieurs incidents de la guerre acharnée qui désolait la colonie. Vers le 5 février, le froid intense fournit un pont de glace aux troupes de Murray.
Le 13, l'infanterie légère et 200 hommes Ge ses troupes reeurent ordre de traverser sur la glace, et d'aller débusquer un détachement de troupes françaises et quelques milhiciens de la côte du sud. Dans cette escarmouehe, les Anglais perdirent le lieutenant MeNeil, du 78°, et eurent quelques blessés ; ils s’établirent un poste à l'église de Saint-Joseph, le détachement français ayant retraité avee précipitation.
Le 24 février 1760, le capitaine Saint-Martin, étant revenu à la tête de 800 hommes, pour attaquer le poste anglais à l'église, le général anglais vint en personne avee le 15e, le 28e, et le 78e montagnards, et de l'infanterie légère supportée par deux pièces de canons ; il tenta, mais en vain, de couper la retraite aux Français. Les troupes anglaises, au rapport de Fraser, revinrent à Québee, le soir, ayant capturé quinze prisonniers, sans perdre un seul des leurs.
Après avoir transigé mes affaires, et tout en revoyant ce sol historique de Lévis, je revins sur mes pas, contemplant les embrasures et les glacis des magnifiques fortifications cons-
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truites naguère à Lévis, par le gouvernement impérial, et que j'ai décrites ailleurs ; puis, je m'arrêtai un instant aux fourches des chemins, près du monument de Tempérance, lieu des tortures et de la mystérieuse cage de fer de Marie-Josephte Corriveau,—épisode des tribunaux militaires de Murray, que nous à si délicieusement raconté l’auteur des Anciens Canadiens.
Epoque assez scabreuse pour les Canadiens que celle de 1759. Omettre un point sur un à, ne pas nommer les choses par leur vrai nom, il n’en fallait pas plus pour vous transformer en conspirateur dangereux où vous faire écrouer, pour crime de haute trahison.
Le major Lafleur, répertoire vivant d’anecdotes, me communique à ce sujet le trait suivant :
«Un monsieur Le Moine, qui n'était pas naturaliste et qui résidait à Québec, sur les remparts, avait pour coiffeur le perruquier même du gouverneur. On était au commencement de l'hiver 1759. Des règlements sévères interdisaient aux Françaï: non assermentés et aux étrangers, de se rapprocher de plus de trois milles de Québec, et obligeaient les citoyens de dénoncer à l'autorité toute infraction aux règlements. Le bois de chauffage commençait à être assez rare : on allait l'acheter à la Pointe-Lévis. Or un jour M. L....… y avant traversé, pour ce faire, revint chez lui et fit la remarque à sa digne épouse, en présence du dit perruquier, qu'il avait vu à Lévis un fort beau suisse: le perruquier, sa besogne faite, continue sa route jusque chez le général Murray.
«Ce dernier lui demanda par hasard, ce qu'il y avait de neuf en ville.—«hien, général, » repliqua le coiffeur, «seulement, l'ennemi se montre à Lévis. »
—« Qui dit cela, » demanda brusquement le général?
—« Eh bien, M. L....…. sur qui je viens d'opérer, en a fait la remarque ce malin en ma présence à sa dame, EF à vu un suisse à Lévis,
—« Comment,» reprit le général en courroux, «l'on voit des étrangers, les ennemis du Roi jusqu'à Lévis et l'on se tail! »
266 ITINERAIRE D'UN VOYACE.
«Il envoit de suite un piquet de soldats quérir le malencontreux M. L...... On l'arrache des bras de sa tendre épouse, à moitié morte d’effroi..…... Quelques instants plus tard, il comparaissait, tremblant devant Murray qui lui dit d'un ton courroussé.
— («Et quoi, Monsieur, vous avez vu un suisse à Lévis, ce matin, et je n’en ai pas été informé.
— («C'est vrai, » répond M. L...... «j'y ai vu un suisse, une petite bête barrée ! »
« Le général, alors se tournant vers l'infortuné perruquier, brandit une canne qu'il avait par hasard à la main et en caressa sans pitié les épaules du coiffeur, qui disparut de la chambre comme un trait, parmi les huées de la garde.»
L'heure avancée me fit regagner, à la hâte, mon hôtel, sans oublier que Lévis avait droit de compter au nombre des plus beaux ornements de sa couronne, l'honneur d’avoir donné aux lettres canadiennes, la lyre mélodieuse de L. H. Fréchette. Oublieux de sa gloire, le poète voudrait, maintenant, disent ses ennemis, implanter le dialecte Yankee sur les rives que jadis il a sibien chentées dans la langue harmonieuse de Racine ! Lui dirons-nous avec son ami:
O poëte exilé! toi dont la lyre d’or Nous faisait tressaillir d'ivresse hier encor,
Te voilà donc errant dans cette république Dont les bras de géant écrasent l'Amérique !
—(Les Miettes.)
La patrie a bien droit de se plaindre de l'absence de celui qui naguère chantait ses gloires :
Le doux bruissement d’une feuiile qui tombe; Les accents que module une colombe; Les échos du vallon; Les suaves parfums d’une fraîche corolle ; Et le souffle embaumé du zéphir qui s'envole, Sont moins doux que ton nom.
Le murmure enivrant du ruisseau qui s'écoule; Du pêcheur mollement balancé par la houle, La joyeuse chanson; Du troupeau eheminant la clochette argentine ; Les refrains du berger sur la colline, Sont moins doux que tou nom.
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