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POSSIBLE, EST UN FAIT AVÉRÉ

I‘A1“. C. THÉODORE TIFFEREAi:

Anoic'n éU’vo et pri'paro leur tio HiimiL' à l'école jiréporatoiro do Xanlos *.

(I A toutes les merveilleuses créations industrielles t(ui signaleront le dix-neuvième siècle à la postérité, je l iens, humble et obscur ouvrier, apporter ma pierre jioiir l’édifice commun. La vapeur, rélectricilé, ont déjà changé la face du monde (et qui peut dire où s’arrêtera leur puissance? ); mais il est d’autres mobiles de la richesse publique, ('t j’en viens signaler un dont la décoiivi'rte changera bien des conditions de travail et effrayera par sa pnrtéi' les esprits les jdus hardis. Il ne faut pas moins, pour me décider à confier au public la découverte que j’ai faite, ipie la conscience de son imjiortanco et l'honneur ipii rejaillira sur mon pays d’avoir été le lierceau d’une pareille invi'ntion.

« J’ai découvert le moyen de produire de l'or nrtifiriel, fai f,,il de l'or.

« A cette annonce, j’enteuds déjà les clameurs des incrédules et les sarcasmes des savants; mais aux uns id aux autres je répondrai ; Ecoutez et voyez.

« Elève et pré])arateur de chimie à l’École professionnelle supérieure de Nantes en 1840, je m’adonnai surtout à l’étude d(‘s métaux, et, convaincu (pie cc'fte partie des sciences chimi(|iies offrait un champ Imnviise à moissonner pour un homme d’observation, je résolus d’entreprendre un voyage d’exploridion au Mexique, cett(( terre classi(|iie des métaux. En décembre. 1842, je partis, et, cachant mes travaux secrets sous l’abri d’un art encore nouveau, le daguerréotype, je pus parcourir en tous sens ces immenses contrées, ces [ilacers, cette province de Sonora, ces Californies qui, depuis, ont tant fixé les regards du monde. E’est en étudiant les gisements des inédaux, leurs gangues, leurs divers états physiques, c’est en interrogeant les mineurs et comparant leurs impri^ssions, ipie j’acquis la certitude ipu' les métaux

' Paris, '185,’"). In-8”.

L'ALCHBJiE ET LES ALCHIMISTES.

subissaient clans leur formation certaines lois, certains âges inconnus, mais dont les résultats frappent l’esprit de cpiiconque les étudie avec soin.' Une fois placé à ce point do vue, mes recherches devinrent plus ardentes, plus fructueuses ; peu à peu la lumière se fit, et je compris l’ordre dans lecjuel je devais commencer mes travaux. Après cinq ans de recherches et de labeurs, je réussis enlin à produire qiudques grammes d’or parfaitement juir.

« Il m’est impossible de peindre l’immense joie que je ressentis en touchant ce but si désiré. Dès lors je n’eus qu’une pensée fixe : rentrer en France et faire profiter mon pays de ma découverte. Quitter le Mexique était fort difficile alors, car les Américains venaient de s’emparer de Vera-Cruz, de Mexico et de Tampico, et il ne me fallut pas moins de six mois pour venir de Guadalajara à Tampico, où je me suis embarcpié pour la France en mai 1848.

«•A mon arrivée, je constatai de nouveau les propriétés de l’or qui' j’avais artificiellement obtenu : cristallisation, aspect, densité, malléabilité parfaite, ductilité, insolubilité absolue dans les acides simples, .solubilité dans l’eau régale et les sulfures alcalins, rien n’y manque. La quantité que je possède aujourd’hui ne peut me laisser aucun iloule sur le fait de la découverte et sur le peu de frais au moyen desquels j’ai pu la préparer.

« Maintenant, pour faire disparaitre le merveilleux dont cette découverte ne manquera pas d’être entourée aux yeux de bien des gens, il faut que je dise quelles sont les vues qui m’ont guidé dans mon travail, et comment ma réussite a été l’œuvre de déductions logiques déjà acquises à la .science.

Lea métaux ne mit pas des corps simples, mais bien des corps composés.

« Les alchimistes et les philosophes hermétiques du moyen âge n’avaient aucune théorie fix" dans leurs recherches sur la nature des métaux; guidés par une pensée my.stique et voyant dans tous les corps fie la nature \m mélange de matière et d’émanation divine, ils pensaient pouvoir arracher à la nature le secret de ce méla7ige, et. dégageant la matière brute de son essence, la ramener à un type unique, pour les métaux, du moins. De là l’idée de ce qu’ils appelaient le grand œuvre, la pierre jdiilosophale. la transmutation des métaux.

NOTES

« Divisés on plusieurs sectes, les illuminés se nattaient vainement (!(' découvrir une panacée propre à prolonger la vie des hommes au d(dà du terme ordinaire, tandis que d’autres, h's plus positifs, se bornaient <à chercher la transformation des métaux vils ou impnrfails en métaux précieux et parfaits, c’est-à-dii'(' en argent, en or.

« Les travaux de ces hommes sont restés stériles, sauf les quelques remèdes héroïques dont ils ont doté l’art de guérir, remèdes puisés dans les préparations antimoniales et mercurielles principalement; au commencement de ce siècle, il était de bon goût de jeter le sarcasmi' à pleines mains sur ces fous d’une autre époque, et c’est à peine si, aujourd’hui, quelques savants rendent justice à l’idée, à la pensée mère qui a guidé les alchimistes.

« Il s’en faut pourtant de beaucoup que les faits scientifiques actuels démentent les assertions, les observations de ces philosophes, et, an contraire, il est cei'tain, positivement certain, à mes yeux du moins, (pie la transformation des métaux est possible, e.st un fait accompli, avéré, qui ne peut laisser de doute dans un es[irit non prévenu.

«Posons d’abord un principe fécond admis aujourd’hui par tous h's chimistes : Les jiropriétés des corps sont le résultat de leur constitution moléculaire.

« La nature nous présente un grand nombre de corps polymorphes ipii, suivant cpi’ils cristallisent dans un système ou dans un autre, acquièrent des propriétés très-différentes, sans que, cependant, leur composition soit altérée ou changée en aucune façon. Ainsi, le carbonate de chaux rhomboédiïque ou spath calcaire, et le carbonate de chaux prismatique ou arragonite, ont exactement la même composition, et cependant jiossèdent des propriétés très-différentes. La science est parvenue à produire ces deux sels à volonté sous ces deux formes. L’un d’eux po.ssèdc la double réfraction, l’autre ne la possède pas; l’un est plus dense quel’.autre, l’un enfin cristallise à la température ordinaire, l’autre seulement à la température de plus de cent degrés.

« Tout le monde sait que le soufre possède des propriétés différentes suivant la température à laquelle on Ta exposé et la forme cristalline qu’on lui a fait prendre. Une foule d’oxydes métalliques, tels que certains oxydes de fer et de chrome, se substituant .à d’autres bases dans les sels, leur donnent des propriétés diverses sous des formes tvpiqnes. Les oxvdes de zinc, de mercure, plusieurs combinaisons de

i‘('s môfaiix chaugi'nt (1(* propriétés sous Tempire d’un changenunit de roiislitution nioléculairo produit par la chalour ou dos forcos éloctriquos. L(' [datiiic spongieux, l’argile chauffée au blanc, déterminent, par leur simple immersion d.ans un mélange d’oxygène et d’hydrogène, la combinaison de ces deux gaz, dont le résultat est de l’eau.

« Dans la nature organique, no voyons-nous pas des phénomènes analogues se produire chaque jour? L’amidonne se Iransformc-t-il |)as en sucre par son seul contact avec l’acide sulfurique, sans que, ci'pendant, celui-ci soit altéré? N’cst-ce pas à la présence d’une matière azotée, qu’est dû le phénomène de la fermentation qui fait subir aux matières organiques de si curieuses transformations? Enfin, le cyanogène, ce radical composé, n’est-il pas le produit de l’action d’iine base alcaline sur une matière azotée? Je pourrais citer mille autres faits à l’appui du principe énoncé, si je ne craignais de paraître vouloir fiiire étalage de science. Je répéterai donc simplement qu’il n’y a rien que de très-juste dans cette pensée, que ; la constitution d’un corps étant changée, ce corps acquiert des propriétés nouvelles, lout en conservant sa nature intime, sa composition si l’on veut.

« En conséquence, il suffira de découvrir le corps qui, par sa force catalytique, peut agir sur le corps qu’on veut transformer, puis de mettre ce dernier en certaines conditions de contact avec lui, pour opérer cette transformation. Voilà le principe qui n’est nié par aucun chimiste aujourd’hui, celui que j’ai mis en application, et auquel je dois mon succès,

« Dans un ordre d’idées analogues, répéterai-je ici tout ce qui a ét(‘ dit et écrit par les modernes sur la probabilité do la composition des métaux ? Si Ton part de la théorie de Stahl, qui considérait les métaux comme formés d’un radical et d’un principe appelé phlogistique, pour arriver à Lavoisier, qui, ]iar sa théorie de la romhustion, a si longtemps fait fairh fausse route aux observateurs ; si enfin ou considi're ijue tous h's corps de la nature, végétaux et animaux, en nombre incalculable, sont formés pourtant de trois ou quatre éléments, malgré leur immense diversité, et si l’on réfléchit que ce n’est jamais qu’avec un très-petit nombre de substances simples que la nature produit tous les composés, n’est-il pas naturel de penser que les quar.ante cl quelques métaux, considérés aujourd’lmi comme des corps sim- |iles, ne sont que des mélanges, des combinaisons, peut-être, d’un radical unique avec un autre cor s inconnu mal étudié, sans doute.

.NUTES.

ilunl l'adioii nous éflinp|R‘, mais qui seul inodilic les |ll■ü[l^iüL('‘^ de ce l’adical, et nous montre quarante métaux là où il n’y en a qu’un? Eommeiit admettre que la nature ait créé cette quantité de mélaux divers pour former le règne inorganique, quand, avec quati’e éléments au plus, elle a créé une si prodigieuse quantité de végétaux et d’animaux? Et si un homme vient à démontrer ce corps inconnu qui a échappé à tant de recherches, et à le faiie agir sur un métal donné, qu'y a-t-il de surprenant à ce que cet homme change la nature de ce métal en lui donnant, avec une constitution moléculaire différente, tes propriétés de tel antre métal dans lequel existe naturellement cette constitution ?

« En voilà asu'z sur ce sujet pour tout homme quelque peu versé dans l'étude des sciences physiques, et jiour le hou sens de tous, J’arrive maintenant à préciser la [losilion. J’ai pu produire de l’or et opérer la Ircmsfonnation complète d’une quantité donnée d’un métal en or jiur. J’ai dit déjà (jue cette quantité était de quelques grammes, et jusqu’à présent je ne suis pas encore parvenu à opérer sur une masse assez considérable pour pouvoir dire que j’ai réussi en grand. Pour y parvenir, il me faut d’autres ressources, je les demande à ceux qui voudront se mettre en rapport avec moi. Je ne veux pas, à moins d’y être contraint, avoir le sort de tant d'inventeurs dédaignés dans leur patrie, porter à l’étranger le fruit de ma découverte, et en faire protiter nos rivaux en industriel Je fais appel à mes compatriotes, et j’attenils de la publicité l’aide dont j’ai besoin pour par* faii'e mon œuvre.

« En terminant, je crois inutile et imprudent peut-être de fairrali'S réllexions sur l’immense portée de la production de l’or artiticiel î La France possi'de le plus fort numéraire de rEuro|ie, environ trois milliards de francs ; la déqiréciation prochaine de l’or par l’abondance de ce métal provenant de la Californie et de l’Australie sont deux faits assez faciles à rapjirocher pour que les conséiiuences en découlent d’elles-mèmes.

« Je me tais donc et j’attends. »

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