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L'alcool, la santé publique et le budget

Au mois de mars 1886, le Sénat a nommé une commission d'enquête sur la consommation de l'alcool en France, avec mission d'étudier la question, « tant au point de vue de la santé et de la moralité qu'au point de vue du Trésor ». M. N. Claude, sénateur des Vosges, président et rapporteur de cette commission, a déposé, le 7 février 1887, sur le bureau du Sénat, le travail de la commission (1).

Cette œuvre magistrale, qui survivra aux discussions parlementaires, constitue, avec V Exposé comparatif rédigé par le bureau fédéral de statistique de la Suisse, dont M. Milet est le directeur (2), Pensemble le plus complet de documents à consulter sur la question de V alcoolisme et sur la consommation de V alcool.

La publication du gouvernement fédéral a abouti au vote de rétablissement du monopole de Valcool en Suisse. Le remarquable rapport de M. Claude recevra une sanction bien autrement importante si le Parlement en adopte les conclusions. Il aura pour conse-

il) Voir V Index bibliographique.

(%) Idem,

ii AVANT-PROPOS

quence la destruction de la cause fondamentale de F alcoolisme en supprimant la consommation de l'alcoo, vénéneux.

Par une coïncidence des plus heureuses, au moment où les efforts des économistes et des philanthropes s'unissent pour trouver les moyens pratiques de réprimer la fraude et de combattre le fléau de l'alcoolisme dans sa racine, la chimie industrielle leur vient en aide par la découverte de réactions et d'appareils, qui permettent d enlever aux alcools, les produits nocifs qui les souillent, et d'en vérifier la pureté.

Nous croyons désormais possible l'interdiction, par l'État, de laisser circuler et livrer à la consommation des liquides vénéneux, source presque unique de l'alcoolisme.

En réunissant les études que j'ai publiées dans le Temps, j'ai cédé à V espoir d'exercer une influence, si petite qu'elle soit, sur l'opinion des gens de bonne foi qui voudraient examiner sans parti pris, cette grave question de l'alcoolisme. Après avoir montré, en prenant pour guide le remarquable rapport de M. Claude, la situation actuelle de l'industrie des alcools, j'ai cherché à indiquer les remèdes, sans me faire d'illusion sur les difficultés de tout genre, que présente la solution du problème^ mais sans me laisser rebuter par elles. Je m'estimerais 4rès heureux, si cet opuscule pouvait convaincre nos législateurs, qu'en supprimant le privilège des bouilleurs de cru et en décrétant l'interdiction absolue de la circulation de tout alcool

AVANT-PROPOS m

vénéneux y on peut à la fois sauvegarder la santé publique , supprimer à l'avenir, le fléau de l'alcoolisme et faire rentrer dans le Trésor de l'État les sommes énormes dont s'enrichissent les fraudeurs, en versant à plein verre le poison clandestinement fabriqué. Au moment où f écris ces lignes, les journaux espagnols publient le décret royal, en date du 26 de ce mois, portant interdiction dans la péninsule Ibérique, de tout commerce et circulation d alcool vénéneux. On trouvera le texte du décret, à la fin de cet opuscule. Il est bien à désirer que semblables mesures soient prises à bref délai par le gouvernement français.

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