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En 1898, la production de Talcool en France atteignait 2,412.460 hectolitres. G*est-à-dire que pour un demi-siècle l'augmentation a été de près de 1.800 IXK) hectolitres, et seulement depuis la guerre — en trente ans — d'un million d'hectolitres.
Et, comme si ce n'était pas assez de cette marée toxique, nous importons encore 135.3S9 hectolitres d'alcool étranger.
LA C0NS0MI4ÂTI0N BK L ALGOOL
Il est vrai que nous exportons 299.353 hectolitres d'alcool national.
En admettant que Tindustrie prenne 300 ou 350.000 litres de falcool^ on voit ce qui reste pour la consommation.
D'ailleurs, sur cette quantité attribuée aux emplois industriels, on trouve la trace de 146.529 hectolitres seulement ayant été authentiquement appliqués à cet usage. Restent donc 150.000 ou 200,000 hectolitres qui ne se sont certainement pas volatilisés dans Tatmosplière, et qui ont été bus clandestinement.
Pendant que notre pays s'abandonne de plus en pins aux excès de Talcoolismej on constate que les autres nations font appel à toute leur énergie pour se préserver de cette plaie.
En 1853 la France venait presque au dernier rang, — avant Tltalie» — avec une consommation d'un litre et demi d'alcool par tète. Elle était dépassée par rAngleterre^ par la NorvègCi par la Hollande, par la Belgique» par la Suisse ^ par T Allemagne, par les États-Unis, qui venaient en première ligne avec une consommation de près de cinq litres par tète.
En 1895^ elle n était plus dépassée que par la Belgique, dont la consonuaattou était de six litres et demi par tête ; eile était sur le même rang que la Hollande et que VAllemagoe, avec une consom mation de^yua^re litres par tète. Aujourd'lmi, le citoyen des États- Unis ne consotame plus que trois litres. Le Suisse, qui avait pris un moineut la première place* ne consomme plus que dnux ilires et demi^ Le Suédois se contente aujourd'hui de quatre litres. Le Norvégien, enfin, figure au dernier rang, avec une consommation de iiioins de deux litres^ — dans le pays où le fléau de Talcoolisme a pris naissance., . La France est montée au quatrième rang, après la Belgique, à quelque pas derrière la Hollande et rAllemagne, où la consommation décroît chaque jour et qu'elle va bientôt dépasser.
D'après rétade savante de M. Van Laër, ce chiffre de 1.500.000 hectolitres qu'accuse la statistique^ est loin de représenter la quantité d'alcool réellement consommée. La statistique n enregistre que l'alcool sur lequel a été perçu l'impôt. Il faut ajouter, au chiffre quelle constate, celui de Falcool qui, d'une manière avouahle ou frauduleuse, échappe aux perceptioog du fisc* Cette quantité est supérieure k 500.000 hectolitres. L*évaluation la plus modérée porte à 2 millions dliectolitres, à plus de cinq litres par tète, la consommation annuelle de Falcool en France.
Cinq litres par personne et par année, — c'est, en réalité, un chiffre terrifiant.
Il s agit en efïet de cinq litres d'alcool à 100 degrés, ralcool-type auquel Je lise ramène tous ceux qu'on lui présente. Avec cinq litres
LA MINSUAÎMATIUN IIK L AinoOL
d'alcool ù 100 degrés, on fait h^eize litres d'eau-de-vie. Treize litres d'eau-de-yie représentent quatre ninls *< petits verres » de 30 grammes Tun.
Cinq litres, c'est une moyenne qai comprend tout le monde. Or, combien y a-t il^ parmi les 38 millions de Français» de personnes qui ne boivent pas ce petit verre quotidien que k statistique leur attribue î
Les femmeSfdans beaucoup de régions, ont perdu, sous ce rapport, toute réserve ; on en voit se livrer, par troupes, à des libations presque sur la voie publique.
Dans certaines fabriques, des jeunes filles qui refusent de boire journellement de reau-de-vie sont montrées au doig^t et parfois persécutées par leurs compagnes. Ce vice déplorable se développe surtout parmi les femmes des ouvriers de nos usines.
Le mal atteint les enfants eux-ménieii, non seulement par Thérédite, par les maladies efl'royables (pie transmettent à leur descendance les parents alcooliques, mais on fait boire de Teau-de vie, des spiritueux de tout genre aux enfants, dès leurs premières années» Arrêtez ce petit garçon ou cette petite fille de six à douze ans, qui se rendent à Fécole ; ouvrez le panier dans leque! a été placé leur déjeuner, vous y trouverez de Teau-de-vie et du pain. Dêjù peut-être, avant de sortir de la maison, ces eufauts ont bu de Teau-de-vie ou mangé du pain trempé dans quelque boisson spiri tueuse.
Quant aux hommes, les progrès de ce vice sont ellVayants dans la France entière : « Le mal en est venu a ce point, disait, il y a quelque temps, un grand entrepreneur rouennais de transports par eau, que si nous avons h embaucher un ouvrier, un contremaître, un surveillant, du moment qu'on nous dit d'un homme : ^f ïl ne boit pas », cela nous suffit pour lui donner la préférence, quel qu'il soit. Il a mauvais caractère, il esthète, peu importe: s'il est bien vrai qu'il ne boit pas, on ne le laisse jamais échapper, tant le cas est rare. En un mot, voici la vérité : nous sommes en train de devenir un peuple d'alcooîiques « (1)*
(1) L'alcoolisme n'est pas un \ice exclusive meot masciilin. En Normandie, d'après nue étude récente d'uQ médecin de rOrrie, le docteur Pierre, les femtneA s'alcoolisent tout autani que les tiorameâ. Sur dix paysannes uortnatides, on nous* aflimie qu'il y en a bitn neuf qui ne pourraient se passer de ce qu'elles appellent leur petite goutte quotiiiienne, c'est-à-dire de 100 à 200 grammea d'eau-de-vie. Aujourd'huij dans bien des vilkj^es, on cite les femmes qui n'ont jamais été sui prises eu état d'ivresse, et même on les tourne en dérision comme la bonne vioilîe qui a conserve sa coiffe montante ou tout autre souvenir du vieux teoipa. Ces dames ont oième leurs réunions spéciales où elles se rendent quand les maris sont aux clicimps, ch^icunc un litre d'eau-de-vie sous leur tablier ; eu bien, quand elles vont à la lessive, il est entendu qu'oE
LA CONSOMMATION t)E L*AUX}OL
On a calculé, en s'appuyant sur des bases certaines, qne le dixième de notre population consomme k lui tout seul los trois quarts de la consommation totale ; et que, pour les 4 millions de Français qui sont compris dans ce dixième^ le chiffre de la consommation annuelle moyenne d'alcool atteint prùsde quaraniç litres, — quarante litres d'alcool à 100 degrés, c'est-à-dire, cent litres d eau-de-vie, gttatre mille « petits verres ». Si môme on suppose que ces 4 millions d1ndividus, se contentant de leurs dix « petits verres » quotidiens, w prennent point leur part des vingt-cinq litres d'eau-vie que chaque Français consomme annuellement (1) dans la bière, dans le cidre et dons le vin (ce qui est d'ailleurs contraire h la réalité des choses) on ne peut se dissimuler que rintoxication alcoolique contamine toute une race et ne se borne pas à sévir sur des individus isolés, G*est donc bien un fléau national contre lequel nous devons engager une lutte à outrance.
Ainsi, dans l'espace de cinquante ans, la production alcoolique en France a plus que triplé, Si^ du moins, la population de notre pays, pendant la même période, avait suivi cette marche ascendante 1 Nous avons dit plus haut combien nous sommes loin d'un pareil ac^ croissement. Nous nous laissons paisiblement distancer, quant au nombre des habitants, par tous les peuples voisins ; et nous nous bornons à les dépasser par nos progrès dans la voie de Talcoolisme,
Car nous sommes les seuls, ou peu s'en faut, parmi les nations de rancien et du nouveau monde, à constater chez nous cette augmentation.
En France, les classes dirigeantes, celles qui forment l'élite de la société, ne sont pas, sauf quelques exceptions, adonnées h l'ivrognerie, 11 n'en est pas de même en Angleterre, ou le spectacle d'un noble lord terrassé le soir par Tabus du pale aie ou du claret ne cause pas plus de surprise qu'une partie de wisth ou de foot-ball. Il y donc, chez les anglo-saxons, de véritables ivrognes dans les classes supérieures ; mais si ce triste phénomène est rare dans notre pays, nous n'en avons pas moins à déplorer notre défaut de résistance.
Et nous ne saurions trop le redire : il entre quelquefois plus d'amonr
nirnènera sur la brouette à linge celle qei aéra ta plus ivre (Réforme sociale du 16 novembre 1896), On lit daas une monographie de la ville de Hou bais que a les femmes el[eK-inî''[nes gaspillent en boiasûns une partie des ressources de la famille » »
M. G, Eianquis, président du Comité nalionni de In Croix-Blene.
(1} Chacun des trenlesix mHlions de Français ronsomme en effet une moyenne de 23 litres de bière représentant 69 cenlilitres d'alcool àlOO»; 18 litres de cidre représentîint 90 centilitres d*alcool k lOO» ; 79 litres de vin représentant 1 lit. 'JO d'alcool à 100*» ; ensemble 9 lit. 49 d'alcool à lOÛ»^ ou S5 ntresd'eau-de-vie.
LA CONÔOMMATIOfl OB l/AUCOQU
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propre que d'ÎDteinpépatice dans cette profusion des spiritueux sur la table des bourgeois aisés. Un rk-be industriel pourrait il laisser supposer que ses bénéfices ne lui permettent pas d'acbeter les meilleurs vins? mais son crtViit serait ruiné ; ou parierait tout bas de sa faillite procbaine. D'ailleurs, veut on supprimer ce qui, dit-on, répare les forces et donne un peu de gaîté h une vie de labeurs?
C'est avec ces paradoxes qui nous arriverons k dépasser les pays du Nord dans Téchelle de la consoramation alcoolique.
Depuis les mesures énergiques récemment adoptées en Suéde et en Russie Ja consommation de ralcooU qui^ attei^rnait un cbitlre énorme, i a considérablement diminué, On est loin de I époque où les Suédois, ( si Ion en croit le témoig:nâ(^c de Ma^aus IIuss, absorbaient 200 rail- | lions de litres deau-de-vic, soit 80 litres par babitanti Aujourd'hui la consommation ne dépasse pas quatre litres.
En Angleterre, jusqu*en il^i, d'après rhistorien Smollet, rinteni* pérance était portée h un tel point, que les débitants mettaient sur leur enseigne que pour la modique somme d'un penny on pouvait s'eniJr vrer, pour deux pennys devenir ivre-mort et avoir, par dessus le marA ché, de la paille pour dormir jusqu'au retour h l'état normal.
Un amateur de ces calculs de statistique, dont on aime, en Angleterre, les formules bizarres, établissait, dés 1832, dit le docteur Dumesnil, que la masse des liqueurs fortes bues chez nos voisins, pendant une année, aurait pu former une rivière de 9 kitoniôtres de long sur une largeur de 3 m. 50 et une profondeur de 4 m. 60 environ.
On peut affirmer qii''en Angleterre, chaque année, le gin empoisonne cinquante mille hommes.
L'Itahe, la Gr^c^et- surtout fEspagne ont moins à déplorer les suites des excès alcooliques.
Bien que Tusage du bascbicb et de Topîum soit la passion dominante des peuples de TAsic, Falcoolisme n'en ravage pas moins ces contrées»
Dans rinde, le peuple n'oublie que trop souvent sa misère pour se livrer avec excès a l'usage du vin de palmier.
Pendant longtemps Talcoolisme a sévi avec intensité en Amérique.
AirMelrique» dans certains Etats de T Union, le gouvernement sVst attribué le monopole, non seulement des eaiix-de-vie de canne et d'aloès» mais de la cliica et du pulqué, de ces dernières boissons surtout. La vente en est louée k des fermiers appelés estanqueros^ qui fabriquent des liqueurs détestables et empoisonnent littéralement les Indiens ; il a été établi dans les moindres localités des estancos ou débits ; là vont s'enivrer des malheureux qu'on y attire. Cependant toutes les races ne possèdent pas également le goût des liqueur»