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Le miDistre des finances a puldié une statistique très instructive et très offiigeante sur ïa consommation de î'aîeool en France.
Il résulte des chiffres officiels qu'à Paris, la consoramatioD tratcool par habitant, en 1808, a été de H lit. 26 centilitres ; à Lyon, de 6.14 : n Marseille, de 7.93 ; à Yersailles, de 0.43 ; i\ Rennes, de 9.37. Chose siû^ulière. les pays essentiellement vinicoles. qui, autrefois, conso ramaient peu d'alcooî, payent aujourdliui un large tribut au fléau. Ainsi à Cette, où le vin ne coûte presque rien, la consommation de Talcool s'élève h 10 lit. 49 et, à Dijon, elle est de 9.37 et de 5.6S à Tours, Dans cette nomenclature, la ville de Cherbourg occupe le premier raof^ avec une consommation moyenne de 17 lit, 87 centilitres. Le Havre vient après avec une consommation de 17.22, Rouen 16.74, Gaen 15.44, Lorient 11.14, Amiens 1L70. A Poitiers, la consommation n^estque de 4 lit 13, et de 3.99 à Roanne.
En comparaison de ces cliiÛVcs, il est curieux de constater combien la consommation de la bière est pour ainsi dire insignifiante. A Paris et h Lyon, la consommation moyenne n'est que de 9 litres par habitant, de 10 à Toulouse, de 8 à Tours, de 5 à Bordeaux, de 4 à Rouen. A Lille, la consommation s'élève à 381 litres et est de 304 à Roubaix.
Quant h la consommation du vin, Saint-Etienne tient la tète avec une moyenne de 262 litres. A Paris, elle est de 179 litres, de 176 à
LA OONeOMMATlOIV DE L ALCOOL
Lyon, de !68 à Marseille, de 192 à Dijon, de 203 à Saint-Denis, de 225 h Boulôgne-sur-S^ine et de 253 à Nice. La consomniatioû du cidre est nulle à Lyon, Marseille, Bordeiiux, LiMe, TcMilouse, Saint- Etienne, Roanne» Avignon et Cotte. A Paris, elle n'est que de 2 litres, de 3 à Amiens, h OrfC'ans et à Tours. Par contre elle s'élève à 322 litres à Hennés, h 21 i litres à Caen et 220 k Cherl)ourg, Dans cette dernière ville, la consommation moyenne de vin, cidre, alcool et bière atteint lechillVede 288 litres par habitant* A Paris, la consommation de ces divers produits nVstde 139 litres et, à Lyon, de 102 litres.
En 1864, le Bolttn de Paris contenait 39 colonnes consacrées à rénumération des débits de vin de la capitale En 1902, 104 colonnés sont employées pour la même rulirîfjue. L'alcoolisme poursuit, sa marche en avant*, et la santé publique son mouvement hélas I rétrograde.
Les débits d'alcool de la ville de Gaen^ qui, il y a dix ou douze ans, étaient au nombre de deux cents environ, atteignent aujourd'hui le formidable chilTre de huit cents, soit, en moyenne, un cabaret pour soixante-dix habitants.
Dans le département du Calvados, il faut que le Normand soit absolument sans ressources d'aucune sorte, pour ne pas prendre, à midi, une tasse de café noir qu'il arrose généreusement d'cau-de-vie de cidre. Cette cau-de vie revient en moyenne au producteur à 1 fr.50 ou 2 francs, suivant le cours des pommes.
Suivons un journalier, un ouvrier quelconque qui entre à Caen, par exemple, dans un des débits renommés pour ses spiritueux î\ bon marché, et nous verrons qu'on lui sert pour 40 centimes et parfois même pour 30 centimes, un ca/c escorté de sa demoiselle. On nomme ainsi nn flacon contenant cinq petits verres, pas un de moins, car il faut : un premier verre que Ion mélangea la tasse pleine pour faire le gloria; puis un second petit verre , avec lequel on remplit la tasse après ravoir vidée à moitié, c est le pousse-café ; un troisième petit verre sert à ramasser les dernières gouttes des premiers mélanges, c'est la rinc^^/c ; le quatrième achève le nettoyage, c'est la ^iir-rineeUe ; enfin on prend te cinquième et dernier petit verre pour noyer le chagrin de voir le café fini, et c'est la arnsolalion.
Cinq petits verres p une tasse de café, du sucre pour 30 ou 40 centimes, cela remet le litre de calvados à un franc environ. Par quel prodige le débitant, qui paye un loyer, qui paye une patente, qui acquitte les droits de TEtat et ceux de roctroî, peut-il vendre un litre d'eau-de- vie au dessous de ce que coûte ce môme litre au propriétaire ou au fermier qui brûle sa propre récolte, dans un alambic h lui, chauffé avec du bois pris sur sa propre terre,sans frais et sans droits?
LA GONSOaiMATION DE h Al€O0h
C'est un problème delà chimie industrielle, habile à comhjner des mélanges aussi tinisibles pour le coûsoraraateur que fructueux pour le débitant.
Un entrepreneur do constructions, dirigeant d'importants travaux en Normandie, déclare que ses ouvriers gagnent de S à6 francs par jour et que chacun d'eox ne dépense jamais moins de i franc ou 1 fr. 50 en boissons spi ri tueuses, « Je suis obligé de les surveiller étroitement^ dit-il ; car, dès que j'ai le dos tourné, Us quittent leur travail pour aller boire^ tant qu'ils ont quelques sous dans la poche. » L'alcool se prend avec le café. Voici ce que demandent après déjeuner deux ouvriers entrant dans un débit : « 4 sous de café et 1 franc de goutte I i> On leur apporte deux tasses de chicorée et trois quarts de Utrc d'une ean-dc-vie atroce.. Les débitants font de leau-de-vie industrielle à 30 degrés ou 35 degrés seulement, et ils y ajoutent un peu de vitriol î
L'alcool entre dans le ménage à titre de consommation courante. LWvrière, que la fabrique appelle le matin très tôt et retient très tard le soir, simplifie de plus en plus la cuisine du mari et des enfants. Le pain, le café et Takool en font la base régulière. Quelquefois le café même est absent. Le matin, la femme coupe des tranches de pain dans la soupière, y verse un litre ou un demi-litre d'eau-de-vie : c'est la soupe des jours de fête et des jours pressés. Que devient la jeune génération mise à ce régime ? Où sont les beaux gars normands d'autrefois ? On ne voit plus défiler dans la rue que des enfants chctifs, scrofuleux, malingres, que guette la tuberculose et qu'emporte la première bronchite. Aussi bien la mortalité infantile est-elle épouvantable.
Si l'on reproche à certaines ménagères normandes de tremper, le matin, la soupe à falcool^etde verser de Teau-de-vie sur des tranches de pain pour les donner aux enfants, elles répondent naïvement que Talcool tue les vers et constitue le meilleur remède pour toutes les maladies.
Dans certaines écoles, c'est Tinstituteur lui-même que la mère charge de verser le poison à son enfant. On voit des femmes qui achètent à cet effet une « demoiselle » pour que leurs petits garçons la fassent remplir a\ec de la n bonne ».
Aussi le maître soucieux de ses devoirs fait la chasse à la « topette de blanche » qui se glisse dans le panier de récolier, M. Leroy a interrogé des bambins de huit à dix ans se rendant à Técole ; la moitié environ prenait à la maison, comme premier déjeuner, du pain trempé dans une tasse de café mêlé d'eau-de-vic. Les lendemains de fêtes, les instituteurs constatent que « les enfants sont malades en
LA CONSOMMATION DK L AWIOOL
classe à peu près sûrement, pour avoir absorbé la veille une trop grande quantité de spiritueux »,
M. Deries, sur des devoirs d'élèves décrivant ïe battage du sarrasin, retrouve partout la toôme phrase finale : « A minuit, à Theure du départ» tout le monde est pompette, w Geîa leur |jaraîl tout naturel; c'est la conclusion nécessaire de tonte réunion familiale. Dans une Fête de ce genre, un instituteur note que onze personnes ont vidé nne barrique de cent-quatre litres de cidre, plus cinq litres de calvados !
Ce que devient un jeune cerveau ainsi imbibé, on peut le prévoir. L'instituteur dune commune de 1,600 habitants écrit : « Nous avons une dizaine d'élèves, dont certains ont huit ans, dans les tableaux de lecture depuis deux ans, et nous nous demandons si nous pourrons leur apprendre à lire, n
Le fléau sévit également dans la campagne. L'ouvrier des champs gagne 5 à 6 francs par jour. 11 boit environ 8 litres de cidre et six ou sept verres d'eau-de-vie ; mais ce ne sont pas des verres à liqueur. Le dimanche se passe tout entier au cabaret. Le soir, on voit les hommes ivres-morts égrenés le long des fossés, dans les herbages, ou même au seuil de leur porte, qu'ils n'ont pu franchir. Les jours de marchés, qui reviennent deux ou trois fois par semaine, le paysan passe son temps au cabaret et absorbe, à propos de ventes à conclure, ou même sans aucun prétexte, de vingt à quarante tasses de café avec les accessoires alcooliques. Dans le Calvados, à Fiers et à Falaise, les travailleurs boivent jusqu'à un litre d'cau-de-vie de cidre par jour, et ils la boivent à grands verres, comme nous ferions de Teau.
Comment s'étonner, après cela, que la population de ce département, Tun des plus beaux et des plus riches de France, diminue d'un recensement à Tautre depuis vingt ans, que la race la plus vigoureuse de notre pays dégénère et s'abâtardisse, que la misère augmente, que les maisons d'aliénés deviennent insuffisantes, que les prisons débordent, que la criminalité s'aggrave et que rindustrie normande soit toujours moins capable de lutter avec l'industrie anglaise, dont les ouvriers remplacent de plus en plus l'alcool, qu'ils buvaient autrefois et que maintenant ils laissent aux nôtres, par le thé, le beurre et le rosbif saignant? Y a4-il une question politique ou financière qui intéresse plus la prospérité nationale que celle-là? (1)
Le D"" Brunon, directeur de FEcole de médecine de Rouen, a présenté au Congrès contre Tabus des boissons, tenu à Paris en 1899, un
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