‹ L'alcoolisme: fléau socialChapitre 23 sur 60 · LA CONSOMMATION DE L ALOOOI · texte numérisé non relu

LA CONSOMMATION DE L ALOOOI

rapport sur Valcoolisme ouvrier en Normandie, Nous extrayons de ce travail les lignes suivantes relatives aux beuveries du dimanche:

« Du saraedi soir au lundi, les vieilles rues de Rouen offrent un spectacle attristant. On ne peut pas parcourir 100 mètres sans rencontrer un ivrogne titubant^ au milieu de rindiiîérence ^'énérale : tantôt il est seul, tantôt il est soutenu par un camarade, ou accompagné patiemment par sa femme. (Test le plus souvent un ouvrier qui a déjà bu une grande partie du salaire de la semaine* J*ai vu des vieillards horriblement ivres s'accroclier aux nmrs.suivis ou précédés de leurs fils ou de leurs petits-enfants^ qu'un tel spectacle ne scandalisa nullement.

a Pendant la nuit du samedi au dimancbe^et jusqu'au petit matin, des groupes d'ouvriers vont de cale en café. Us tapotent discrètement à la porte entre-bâillée, Les agents ferment les yeux. Un d*eux, en haussant les épaules de pitié ^ disait aux noctambules : <( Vous û'eo avez donc pas assez ? » Il était deux heures du matin.

M Le lundi ^des groupes descendent des hauteurs de Rouen, ils crient à lue-tètc des chansons sentimentales. Le père, la mère, les enfants, les amis se tiennent par les bras, se remorquent les uns les autres ; les ivrognes du samedi et du dimanche chantent en titubant,

« Un dimanche soir, vers neuf heures,un homme proprement vêtu descend la rue de la Répubhque. Ses sept enfants se tiennent par la main, et il donne lui-même la main au plus âgé. Cette file d'enfants le suit dans ces évolutions, comme une queue de cerf- volant. Les passants sont nombreux. Personne ne s'émeut de ce spectacle,

u Voilà ce que les habitudes locales d'alcoolisme laissent voir à la superficie* Si Ton cherche k aller un peu au fond des choses, on s'aperçoit immédiatement que parmi les ouvriers des villes, il faut établir plusieurs catégories : les plus intelligents, les ouvriers de rirapriraerie, par exemple, ne se grisent pas ostensiblement, « ils s'imbibent )> sans scandale, comme les employés. Ils boivent de préférence Tahsinthe, les amers, les apéritifs et les autres boissons « distinguées ».

a Autrefois,continue le D^ Brunon, l'ouvrier ne commençait pas son travail sans avoir mangé une soupe préparée par sa femme. Aujourd'hui, il commence sa journée par boire, en mangeant quelquefois un morceau de pain. Cela s'appelle casser une croûte, avaler une mitrailleuse, un chasseur» un kolbach, si filer une blècho, souffier une chandelle. Les cabarets pullulent k Rouen. La tentation est trop forte. On prend un verre chex ceux qui sont sur la route Au cabaret voisin du chantier ou de ratelter, tous se rassemblent pour trinquer.

« La coterie s'amasse et,sous peine de se voir exclu de rAssociation,

BSnacun paye sa tournée de rhiira ou de cognac, sans aucune hésita- Ktioû. Us sont dix» dix tournées. En entrant au chantier, ifs sont déjh ^Bk émus ». Et malheur à celui qui a regimberait » et ferait bande à ^part ».

Dès 1860, te docteur Dumesnil, dans un rapport très étudié, signalait une petite ville de Normandie où on avait constaté que les 9 000 habitants avaient consommé, en une seule année, 2,000 hectolitres d'alcools do toute espèce,

»< Après cela faut-il s'étonner, continue M. Dumesnil, de Tencombrenient des hùpitaux, dos hospices, des maisons d'aliénés et des autres établissements de bienfaisance, malgré Télévation croissante des salaires, puisque cette élévation est un motif du dcvergonda^'C ? Ne savons-nous pas qu'il ost certains corps de métiers dont les ateliers sont à peu près fermés le lundi, et que parfois la débauche se prolonge tellement que ce n^est que le mercredi et même le jeudi qu'ils ^ commencent à se repeupler?

H Dans le département de l*Eure les ravages de Talcoolisme sont particulièrement terribles.

On estime à 96 litres d'eau-de vie commune la consommation annuelle d'un habitant de rEure^ ce qui» à 40 petits verres par lilre, ■ fournit le totaî de 3,800 petits verres par an et par tête. M. Leroy cite un village de 300 habitante où les débitants vendent 1, 000 litres d'eau-de-vie par mois.

11 n est pas besoin d'ajouter que les débitants foisonnent dans TEure. En 1898, le cbitîre des débits de boissons atteignait i,081), soit un débit pour 70 habitants. En ne comptant que la population adulte, on arrive au chilfre de23 personnes pour entretenir un cabaretier. Voici un extrait du carnet de dépenses d'un ouvrier normand :

^^ 17 janvier :

^^K 3 gouttes » 30

^^H Café, eau>de-vie » 55

^^^B 2 abâintbes , . . . . >» liO

^^^ 2 amers »» 50

H 1 madère >» 40

^m Omelette j puitij fi'otnaye. t iO

^m Boisson, café, eau-de-vie -*•.*,. » 75

H 2 absinLbeSy 2 verres i 20

B Quatre francs vinf^t de boissons alcooliques pour une seule jour- " née, et seulement un franc dix de nourriture. Cet ouvrier doit être un adepte de M, Duclaux ; il ne met pas en doute la puissance alimentaire de î'akooL ^^JJn député faisait remarquer au Parlement, à la séance du 13 mars

If 2 LA CONSOMMATION BS L*ALGOOL ^^|

1902, que le département du Nord ne livre pas au pajs moins de 2,500^000 hectolitres d'alcool par an, ce qui, même au taux réduit actuel, représente environ 75 raillions à TEtat de matières premières, et plus de !200 raillions après Jeur transformation en akools.

Quant à la viticulture, elle occupe 2 millions d'hectares reconstitués dès aujourd'hui. Sa production û^utb dans les revenus agricoles du pays pour une somme de près d*uii milliard.

Les caux-de- vie naturelles de vin et de fruits entrent en ligne pour 600.000 hectolitres, taxés ou non, d'une valeur vénale d'une centaine j de millions à Torigine, fournissant à la consommation une valeu^ marchande triple : c'est donc au total une valeur d'un milliard et demi de francs que représentent les hoissons spiri tueuses naturelles, ou industrielles (1).

Pour donner un aper<ju de la consommation actuelle de l'alcool, nous empruntons à un statisticien suédois,M. Sundbarg, les données ^ précises qu'il a soigneusement recueilhes, et que cite M* Bertillon.

Nombre de litre$ d'alcool absolu consommés en un an par un kahir tantj SQît sous forme d'eau-de-vie, soit sous forme de bière^ soit sous forme de vin {1891-1893) (2).

Suède 4.43

Norvège 2.66

Danemark , 10.87

Finlande 1.84

lies Britanniques 8.17

Pays-Bas , . . 6.30

Belgique. . 12.38

Allemagne , , . 9.25

Aulrîche-Hongrie. 7.99

Suisse ..-.., 10.73

France. . , 15J7

Italie 10,30

Espagne 42,05

Portugal 10 JO

Russie 5.^1 (approxîm.

Roumanie 9.74 (approxini,)

Serbie 8.46 {approxim.j

Moyennes Europe occidentale 10.39

générales — orientale 6.29

— entière , 8.83

Etals-Odia 5,81

{{) /. Of/ieieî, 44 mars 1902.

r (2) L'auteur prévient que, pour coastruira ce tableaui il a admis que le ' [ contenait 10 0/9 6t la bière 4 û/0 d'akool.

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