‹ L'alcoolisme: fléau socialChapitre 8 sur 60 · U^.tA · texte numérisé non relu

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verainement injuste de ne pas faire aussi la part de cet ivroun»: élégant qui remplît à un banquet cinq ou six verres de différents modèles, en attendant le moment suprême où le ctiampagne va couler à pleins bords. Après les toasts dont il applaudit machinaleinent les banalités, on le voit se renverser en ronflant sur sa chaise, et quel quefois s'effondrer sous la table.

Ce n'est donc pas seulement daiis le peuple el dans la classe onvrîère que Talcoolisrae exerce son action funeste.

Le bourgeois désœuvré Je boursier, l'homme d'affaires, se laissent aussi facilement entraîner à passer dans les cafés de longues heures où les consommations se succèdent sans répit, où la politesse consiste h offrir du poison à des amis déjà largement intoxiqués. Et ces échangées de <( bons procédés >* se font sans hésitation, sans inquétude, comme la chose la plus simple du monde 1 Celui qui hasarderait une objection serait considéré comme un censeur morose : les moins malveillants l'excuseraient peut-être comme poitrinaire.

Il est même à remarquer que les bourgeois sont en quelque sorte plus exposés que les ouvriers au danger de l'alcoolisme, parce qu'ils prennent aisément Thabitude de quitter leur foyer pour se rendre au^rcle, tandis que l'artisan, soit dans le but de se ménager pour la sécurité du travail, soit par manque d'argent, ne fréquente le cabaret qu'après la paye du samedi.

On dit que la misère en habit noir est plus affreuse que la misère en haillons ; nous en disons autant de Talcoolisme.

L'homme bien élevé porte un vêtement qui est comme le signe de sa supériorité sur le vulgaire ; plus son extérieur est distingué, plus son ivresse devient honteuse ; en se dégradant, il humiîie la classe dont il fait partie et, toute idée aristocratique mise î\ part, il oublie que M noblesse oblige ».

Comme le dit un personnage de comédie à un seigneur du xvm*^ siècle :

.... Vous prene!c trop de vin de Champagne Puis il faut que toujours quelqu'un vous accompagne Pour pouvoir tous montrer votre chemin la nuîl, El même quelquefois voua reporter au lit (1).

Il est bien vrai que les représentants des classes élevées, sous l'ancien régime, ne donnaient pas toujours aux humbles des exenîples de tempérance.

A. côté des familles où toutes les vertus étaient héréditaires, on

(1) Regnord, Ae Dû trait , acte IV» scène 6.

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royaîi trop souvent des prodigues ravaler par dos excès coupables le prestige de leur nom*

NVt-il pas été longtemps de mode, même dans les milieux honnêtes et bourgeois, de chanter les excès du vin et d'invoquer les souvenirs de Bacchus et de Silène, comme on le faisait au Caveau du Palais Royal?

Bien longtemps, à la fin d*un dîner de famille, le fruit de la treille a rimé avec « couleur vermeille », et le vin avec « jus divin ». Ce temps n'est plus, la boisson paroît aujourd'hui dépoétisée; et c'est assurément h bon droit, car rien n*est moins poétique et plus grossièrement trivial que Texcitation malsaiue produite par lalcool. Il n'y a plus que les littérateurs arriérés qui célèbrent Tabsinthe en rappelant « la Muse verte » I

Ualcoolisme bourgeois^ ingénieux Protée, se dissimule sous des déguisements élégants et mondains ; nous le retrouvons chez les pâtissiers ù la mode, où, sans nécessité, par pure gourmandise, des dames et des jeunes filles du meilleur monde ^ entre deux repas abondants, se font servir du vin d'Espagne^ et n^apprécient les ha^*^ que pour le rhum dont on îes inonde- Nous avons aussi Talcoolisme honteux qui s'abrite sous le prétexte des vins réconfortants, de coca et de quinquina, de tisane de Champagne contre les vapeurs et les migraines, d'alcool de menthe et d'eau de mélisse des Carmes, sans aller jusqu'à Teau de Cologne comme les dames anglaises dont nous avons parlé plus haut.

Quand le poison a fait son œuvre sur ces intempérantes, il faut bien appeler le médecin pour lui demander un soulagement, et rhomrae de Tart, s'il veut conserver la conliance de ses chentes, devra tout d'abord se garder de formuler un diagnostic brutal. Il serait trop malséant de dire, aune belle dame, qu elle boit ; il faudra se contenter de lui signaler une petite fatigue nerveuse qui cédera bien vite au traitement.

Que conclure de toutes ces obsetuatîons ? G^W&t que les boissons spiritueuses, dans tous les milieux, tiennent encore une grande, une trop grande place. Innombrables sont les tributaires de Talcool, les adorateurs de ce dieu moderne insatiable de sacrifices humains. Le Moloch veut maintenant des pauvres et des riches, des enfants et des vieillards, des femmes et jusqu'à des jeunes filles. Aucune catégorie d*êtres pensants ne doit échapper à ses étreintes*

L*ouvrier se tue en criant qull tue le ver ; le commerçant, Tindustriel traitent leurs affaires une coupe à la main ; le bourgeois a transporté son salon à la brasserie ; on serait déshonoré en recevant ses amis sans les intoxiquer ; on fait injure à son hôte en refusant

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