‹ L'alcoolismeChapitre 24 sur 55 · MOMENT OU L’ON BOIT · texte numérisé non relu

MOMENT OU L’ON BOIT

siste à prendre à jeun et à vider d’un seul trait un petit verre d’eau-de-vie ou de quelques autres liqueurs fortes, est une habitude funeste et meur-

Rien n’est plus nuisible que les libations matinales, à cause de la vacuité de l’estomac et, surtout, par le motif que le gosier reste échauffé, surexcite, et ne tarde pas à réclamer de nouvelles quantités de spiritueux.

Immédiatement après l’ingestion, on éprouvé un agréable sentiment de chaleur, un accroissement momentané dans les forces, résultat qui aveugle sur les dangers de l’habitude. En effet, ce n’est pas impunément que l’on surexcite ainsi journellement les organes de la digestion. Cette eau-de-vie, le plus souvent de mauvaise qualité, est encore aiguisée avec du poivre. Yersée dans l’estomac, alors complètement vide, elle se trouve seule et directement en contact avec la membrane interne de l’organe, sans que le mélange d'es aliments ou d’autres liquides vienne en atténuer l’action ; elle y provoque un afflux de sang, un agacement des papilles nerveuses, et excite la sécrétion des liquides digestifs. L’estomac n’ayant rien à digérer, ces liquides réagissent à leur tour sur la membrane et tendent à la désorganiser. Cette funeste habitude conduit chaque semaine dans les hôpitaux des milliers d’ouvriers aflectés d inflammations chroniques des intestins.

On causait devant le docteur Trousseau des 1 queurs prétendues apéritives qu’un grand nombre

de personnes ont l’habitude de prendre avant le repas.

— Docteur, lui demanda-t-on, que pensez-vous du bitter et du vermouth pour s'ouvrir l’appétit?

— Je pense, répondit Trousseau, que l’on ne doit pas s’ouvrir l’appétit avec , une fausse clef.

C’est ce qui rend l’ingestion des alcooliques toujours nuisible entre les repas, à quelque heure du jour qu’elle ait lieu.

« Les liqueurs (qui ne sont que des eaux-de-vie sucrées et aromatisées), se prennent d’ordinaire à la fin des repas, èt beaucoup de personnes prétendent qu’elles facilitent la digestion. C’est là une des erreurs les plus répandues et les plus préjudiciables à la santé. L’ingestion d’alcool dans un estomac qui contient des aliments peut bien en paralyser la sensibilité et faire disparaître momentanément le sentiment de gêne qui accompagne toute digestion paresseuse ; de là l’opinion qu’un petit verre de liqueur facilite la digestion. Mais ce petit verre de liqueur l’arrête, au contraire, complètement ; et ce n’est que quelques heures après que l’estomac revient de la torpeur causée par l’alcool, et recommence à sécréter le suc gastrique qui doit dissoudre les aliments. Avant que ce fait eût été observé directement, on aurait pu le prévoir en se basant sur la propriété reconnue à l'alcool d’interrompre les fermentations (I). »

(t) Tripier, La vie et la santé. Paris, 1863, p. 104.

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