HÉRÉDITÉ
la cruauté. Des inflammations des voies digestives, des coliques, des diarrhées bilieuses : telles sont les maladies qui résultent, pour eux, de l’ivresse. L’ivrognerie fait naître, dans les tempéraments bilieux, les obstructions du foie, la cirrhose, des jaunisses g raves.
L’homme au tempérament nerveux est jeté, par l’ivresse, dans un état de surexcitation qui le conduit aux actes les plus insensés et les plus bizarres. L’ivrognerie aura de la tendance à engendrer chez lui l’aliénation mentale, l’épilepsie et le délire tremblant.
Le tempérament lymphatique semble d’abord moins souffrir que les autres des excès bachiques : le fait est certain pour un état d’ivresse passagère. Les sujets pâles, indolents, scrofuleux, lymphatiques, ont besoin des spiritueux pour corriger ce qu’il y a de mou dans leur constitution ; mais cette immunité n’est qu’apparente, ou de courte durée, lorsque le sujet lymphatique tombe dans l’ivrognerie. En effet, sa fibre délicate, soumise un peu longtemps à l’action irritante de l’alcool, s’altère plus rapidement que la fibre résistante des tempéraments vigoureux. C’est chez eux que j’ai vu le plus souvent l’alcoolisme faire éclater des maladies graves de la muqueuse digestive, ainsi que des maladies de peau très-étendues et très-rebelles.
§ III. Hérédité.
La tendance à tomber dans l’ivrognerie se transmet de père en fils comme toutes les dispositions natu- Bérgeret, Boissons 1 3
relies. Les sujets qui ont reçu le jour d’un alcôoliste doivent donc se tenir sévèrement sur leurs gardes pour neutraliser, par des efforts soutenus, le penchant héréditaire. J’ai vu des exemples nombreux de cette influence du sang.
Observation CXX. Le malade à qui j’ai fait la ponction de la poitrine, pour une hvdropisie résultant de l’alcoolisme, avait un frère qu’on a trouvé pendu dans sa chambre et qui était ivrogne comme lui : leur père était mort jeune pour avoir trop cultivé la table.
Observation CXXI. J’ai raconté l’histoire d’un malheureux jeune homme qui s’est brûlé la cervelle après avoir gagné la vérole dans un lupanar où il s’était laissé entraîner au milieu de l’égarement causé par l’ivresse, et avait transmis son mal à sa maîtresse : son frère, alcoolâtre comme iui, était marié et sans enfants : consulté sur les causes qui pouvaient entraîner la stérilité de la femme (les deux époux désiraient vivement avoir de la postérité), je ne trouvai rien dans ses organes qui pût s’opposer à la conception, et je soupçonnai que l’ivrognerie incurable du mari pouvait être la cause de l’infécondité de leur union. — Je ne tardai pas à voir mes soupçons se changer en certitude. L’ivrogne étant mort, sa veuve épousa un homme tempérant et eut promptement un enfant. Ces deux victimes de l’alcoolisme avaient reçu le jour d’un père que l’ivrognerie a tué avant l’âge de 30 ans.
J’ai observé un exemple vraiment effrayant de l’influence de l’hérédité dans une famille dont l’alcoolisme a moissonné presque tous les membres d’une façon plus ou moins tragique.