CLIMATS, SAISON, TEMPÉRATURE
l’homme à réagir contre l’atmosphère humide, glaciale qui l’entoure une grande partie de l’année, et lui permet d’opposer à la rigueur du climat une production de chaleur animale plus active, de même que- dans les pays' marécageux, il détermine une réaction énergique contre les effluves: Mais ces excès finissent toujours par conduire aux mêmes résultats que sous un ciel clément.
, La ration’d’un Russe malade en 1815 aurait grisé un fort de la halle, et celle des Anglais eût rassasié un limousin (i), et cependant on a calculé que cent mille Russes succombaient chaque année aux suites de l’alcoolisme.
Durant la funeste campagne que lés Français ont faite en Russie, en 1812, lorsqu’un hiverd’une rigueur excessive vint répandre la mort parmi nos soldats, on remarqua que ceux qui s’alcoolisèrent pour réagir contre le froid succombaient presque tous : ils tombaient dans les neiges, en proie à un engourdissement insurmontable.
Je veux terminer ces considérations sur l’influence des climats par une remarque dont on comprendra l’importance, c’est que l’alcooliste débute toujours , dans la voie des excès bachiques, par la boisson la plus répandue dans la contrée qu’il habite, la bière dans le Nord, le vin dans le Midi, mais qu’il finit à peu près constamment par l’eau-de-vie, son palais devenant à la longue presque insensible à l’impression des boissons les moins alcoolisées.
(1) BrillatrSavarin, Physiol. du goût, Méd. XII,
On a dit qu’en général l’ivresse du Français était gaie, celle de l’Anglais méditative, celle de l’Allemand brutale, tandis que le sauvage ivre était sans cesse transporté d’une sorte de fureur. Ces remarques sont plutôt ingénieuses que vraies.
Saisons. — ôn peut appliquer aux saisons et aux variations de température ce que je viens de dife des climats.
Température. — Si le vin est plus utile dans les pays septentrionaux que dans les régions tropicales, il est aussi plus hygiénique en hiver qu’en été.
Rien n’est plus capable que le froid de favoriser et d’aggraver les phénomènes de l'ivresse. L’alcool ne peut sortir du corps aussi facilement par la transpiration et par l’exhalation pulmonaire des buveurs qui, dans le lieu chaud où ils se livraient à leurs libations, ne présentaient que les symptômes du premier degré de l’ivresse, et qui tombent rapidement dans le deuxième degré lorsqu’en sortant du cabaret, ils sont saisis par un froid vif, qui emprisonne l’alcool dans leurs veines.
M. A. Tardieu a vu un grand nombre d’exemples d’individus qui, en hiver, sortant des cabarets en état d’ivresse, succombaient inopinément à peu de distance, au milieu de cette torpeur que la volonté la plus ferme est impuissante à surmonter.
Les religieux du mont Saint-Bernard, dont le monastère est au milieu des neiges éternelles, et qui y recueillent fréquemment des voyageurs engourdis par le froid, ne dislribuentà ceux-ci que du café.