EPILOGUE
Si ma tête n'a pas encor de cheveux gris, Si, du soir au matin, de l'aube au crépuscule, Parfois, dans nos banquets où l'ivresse circule, Je brise et fais jaillir la bouteille aux lambris]!
Si, parmi les éclats de rires et les cris, Je vous provoque à boire, et jamais ne recule, Dût mon verre, pareil à la coupe d'Hercule, Tenir autant de vin qu'un Centaure en eût pris :
Mon front seul est joyeux ! mon cœur est vide et sombre! Amis, hélas ! je suis comme ces vieilles tours Dont le lierre et les fleurs festonnent les contours !
Au dehors, vert feuillage, et guirlandes sans nombre; Mais au dedans, ruine et voûtes pleines d'ombre Où vont s'entrechoquant les ailes des vautours!
Le remords.
L'an dernier, je rencontrais, fort souvent et partout, un jeune homme aux joues roses et vermeilles, à l'éblouissante carnation ; il pouvait avoir une trentaine d'années. Ce personnage, dont l'embonpoint mirifi-
que annonçait la paix de l'âme, avait des dents superbes et souriait toujours, comme ces bouches de cire qu'on voit encadrées chez les dentistes. Le voluptueux Othon ne portait pas une chevelure plus bouclée, plus luisante, plus baignée de parfums. Mais ce qui frappait tout d'abord dans ce beau jeune homme gros et gras , c'était la blancheur de sa main fine et potelée, tout enrichie de bagues qui n'étaient jamais deux jours de suite les mêmes. Autant que j'avais pu le remarquer, les turquoises appartenaient au lundi, l'émeraude au jour suivant, la topaze au mercredi , et le reste de la semaine avait en partage le rubis, l'améthyste et le diamant.
Vers sept heures du soir, j'étais presque toujaurs sûr d'apercevoir mon homme sortant du caié de Paris, un curedent à la bouche et dans une jubilation merveilleuse.
Je voulais absolument savoir quel était ce